Le coup de foudre génétique existe-t-il?

Dernière mise à jour 30/09/15 | Article
Le coup de foudre génétique existe-t-il?
De plus en plus de frères et sœurs, élevés séparément, font connaissance à l’âge adulte. Il en résulte une fois sur deux un coup de foudre irrépressible. On parle d’«attraction sexuelle génétique».

Ils décrivent une attraction irrésistible l’un pour l’autre; odeur, voix, façon d’être, tout les entraîne dans un amour total. Les frères et sœurs, et parfois aussi parents et enfants, qui se découvrent à l’âge adulte et tombent amoureux parlent aussi d’un «choc de familiarité», d’effet miroir. Il ne s’agit pas véritablement d’inceste, puisque la relation implique deux adultes consentants, une situation que le Conseil fédéral souhaiterait d’ailleurs dépénaliser. Petit à petit, le tabou sur ces relations se lève, les gens parlent. Dans l’émission de «Temps présent» du 2 février 2012, les témoignages montrent à quel point ces amours peuvent s’avérer douloureuses. Un film d’animation des studios Ghibli, La Colline aux coquelicots, traite également le sujet. Pour évoquer ce phénomène, on parle d’«attraction sexuelle génétique». De quoi s’agit-il? Explication d’Ariane Giacobino, médecin adjointe au service de médecine génétique des Hôpitaux universitaires de Genève.

Dans un cas sur deux, les frères et sœurs qui font connaissance à l’âge adulte éprouvent une attraction sexuelle irrésistible pour des raisons génétiques (ASG), selon la seule étude sur le sujet1. Comment expliquer cela?

Ariane Giacobino: Il n’y a pas de nouvelle étude sur l’ASG. Par contre, un groupe anglais a étudié l’attirance intra-familiale entre filles et garçons, par le biais de la reconnaissance faciale2. Ce travail montre que les filles, élevées avec des frères, étaient attirées plus tard par des hommes qui ne leur ressemblaient pas, et évitaient le «modèle» de leur enfance. Alors que celles qui n’avaient pas de frère recherchaient un compagnon dont le visage était proche du leur. Par contre, les deux groupes avaient tendance à faire plus confiance aux personnes qui leur ressemblaient physiquement. Cela montre que deux dimensions sont en jeux: l’attirance amoureuse et l’attirance sociale. Nous avons, naturellement, un sentiment d’empathie envers ce qui nous ressemble. Il existe d’ailleurs un réseau social pour les personnes apparentées génétiquement3.

Etre élevée avec un frère nous «vaccinerait» contre ce modèle. Par contre en le découvrant à l’âge adulte on se reconnaîtrait en lui. C’est le piège de Narcisse?

Il peut peut-être y avoir une confusion entre l’attirance sociale et amoureuse. Une autre étude montre que certains récepteurs à la dopamine, un neurotransmetteur, jouent un rôle social. Ce qui aurait pour effet, selon les personnes, à les pousser à s’associer à qui leur ressemble, ou au contraire, à leur opposé. Ces réactions sont donc très variables d’un individu à l’autre.

Du point de vue de l’évolution, cela fait sens d’être attiré socialement par nos parents pour renforcer le «clan». Par contre, en ce qui concerne la reproduction, ne vaut-il pas mieux avoir des gènes complémentaires?

Du point de vue génétique, il est très désavantageux de se reproduire entre frères et sœurs. Dans ces cas, les enfants ont une chance sur deux de souffrir d’anomalies sévères, cela descend à 6-8% chez les cousins germains, puis le risque se dilue très vite pour arriver aux 3% de la population générale.

Peut-on expliquer l’ASG par une imprégnation à la naissance?

On parle effectivement d’imprinting. Mais, à nouveau, c’est très variable. L’étude de Claus Wedekind à Lausanne a, par exemple, montré que des femmes auxquelles on faisait sentir un tee-shirt masculin étaient attirées par celui de l’homme qui leur était le plus opposé génétiquement. Mais d’autres travaux ont montré le contraire.

Le manque d’étude sur l’ASG traduit-il le tabou qui entoure cette problématique?

Je pense surtout que l’on commence seulement à prendre conscience de ce phénomène. Depuis, en fait, qu’il est devenu plus facile aux enfants adoptés et à ceux issus du don de sperme de retrouver leurs origines. Mais des études vont certainement suivre car le nombre de cas ne peut qu’augmenter au regard de la pénurie de sperme. Il devient en effet possible, dans certains pays, qu’un seul donneur ait de nombreux enfants.

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Pour en savoir plus:

www.geneticsexualattraction.com/

1. Maurice Grunberg, University College London, 1992.

2. PNAS, 12 juillet 2011.

3. www.facebook.com/people/genotype

 

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Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

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