La dépression périnatale, beaucoup plus qu’un baby blues

Dernière mise à jour 16/04/14 | Article
La dépression périnatale, beaucoup plus qu’un baby blues
Une dépression autour de la naissance, c’est fréquent. Et si dur à admettre! Le traitement de ce mal est efficace, mais trop de dépressions périnatales ne sont jamais soignées.

Avoir un bébé met le psychisme à rude épreuve. Les femmes peuvent connaître des dépressions durant la grossesse, dites prénatales. Elles peuvent aussi souffrir de dépression jusqu’à un an après la naissance de l’enfant, une dépression dite postnatale ou du post-partum. Les spécialistes englobent ces deux types dans la grande catégorie des dépressions périnatales, soit qui surviennent autour de la naissance.

Si le grand public connaît aujourd’hui mieux cette problématique, elle n’en demeure pas moins source d’énormément de souffrance et de honte. «La question n’est pas soldée», souligne Chantal Razurel, docteur en psychologie et professeure à la Haute Ecole de Santé de Genève. «Les normes sociales sont si fortes en matière de naissance que reconnaître son état dépressif et l’accepter est très difficile pour les femmes.» Les explications du Dr Manuella Epiney, gynécologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et du Dr Nathalie Nanzer, psychiatre au service de guidance infantile des HUG.

La dépression périnatale est-elle fréquente?

Oui. «On estime que 20% des femmes sont touchées par une dépression au cours de leur grossesse et 15% après la naissance de leur enfant», relève le Dr Epiney. Ces proportions s’entendent toutes gravités confondues, que l’affection soit bénigne ou sévère. «Après la naissance, la proportion de dépressions graves est estimée entre 3 et 12%», complète la spécialiste. «Une dépression périnatale sur deux n’est jamais diagnostiquée», regrette de son côté le Dr Nanzer.

Qui touche-t-elle?

Une dépression périnatale peut frapper toute femme qui devient mère. Le risque est cependant accru:

  • si l’on a déjà connu une dépression;
  • si des personnes de sa famille ont déjà connu une dépression;
  • si l’accouchement est vécu comme un traumatisme;
  • s’il y a eu une longue séparation avec l’enfant à la naissance (en cas d’hospitalisation ou de prématurité par exemple);
  • si l’on ne bénéficie pas d’un(e) partenaire de vie ou que la relation avec ce(tte) partenaire est de mauvaise qualité;
  • si le tempérament de l’enfant est difficile.

La dépression périnatale diffère-t-elle de la dépression classique?

La difficulté à être avec son enfant est propre à la dépression périnatale. «Il y a une difficulté à assumer son rôle de mère, un manque d’intérêt pour le bébé et peu de plaisir dans les soins de l’enfant, l’impression de ne pas faire face, explique le Dr Epiney. Cela engendre beaucoup de honte et de culpabilité… On se sent même coupable d’en parler.»

Les autres symptômes de la dépression périnatale sont ceux de la dépression «classique»: troubles du sommeil, fatigue, tristesse, désintérêt face à la vie, repli sur soi et crises de larmes.

C’est un baby blues?

Non. «Le baby blues est très commun, explique le Dr Epiney. Ce moment où les émotions sont à fleur de peau survient entre le troisième et le cinquième jour après l’accouchement et constitue presque une réaction physiologique. Mais cela dure un ou deux jours et passe avec du soutien.»

Comment soigner la dépression périnatale?

En premier lieu, n’hésitez pas à évoquer une tristesse ou un mal-être à votre sage-femme ou à votre médecin. Des mesures, par exemple la présence accrue d’une sage-femme après l’accouchement, peuvent être mises en place.

Le traitement d’une dépression périnatale consiste en une psychothérapie. Si l’on a traversé deux semaines de symptômes dépressifs et que l’on a l’impression de ne pas s’en sortir, il faut aller voir un spécialiste – pédopsychiatre ou psychiatre –, recommande le Dr Nanzer. Le premier se concentrera sur le lien entre la mère et l’enfant, alors que le second considérera plutôt la personne dans sa globalité. Dans un cas comme dans l’autre, des médicaments antidépresseurs peuvent être prescrits, mais pas systématiquement.

A Genève, il existe une approche spécifique de la dépression périnatale, souligne encore la pédopsychiatre. «Nous sommes partis des thérapies mères-bébés et nous en avons extrait les éléments qui concernent le parent et la parentalité. Nous essayons de comprendre ce qui, à la naissance, s’est réveillé de l’histoire personnelle du parent et notamment de son enfance.»

Les résultats sont bons. Prise au plus tôt, une dépression périnatale peut se régler en quelques séances de psychothérapie, selon le Dr Nanzer.

Comment dépiste-t-on cette maladie?

Mal dormir, être fatigué et dépassé par les événements, c’est normal à la naissance d’un enfant. Autant dire qu’identifier une dépression postnatale n’est pas évident. Sans compter que «les femmes touchées n’ont pas l’impression d’être déprimées, note le Dr Nanzer. Elles pensent plutôt être de mauvaises mères et ont terriblement honte. On croit à tort que l’on devient automatiquement parent en accouchant. Cette notion fausse est extrêmement répandue, dans toutes les couches de la société.»

L’alerte vient donc rarement de la personne touchée elle-même. Elle émane parfois de son entourage observant des symptômes de dépression (cf. plus haut). Mais ce sont les sages-femmes à domicile et les pédiatres qui dépistent le plus fréquemment une dépression postnatale, explique le Dr Epiney. Des consultations fréquentes peuvent les alerter, de même qu’un enfant dont les troubles (du sommeil, alimentaires, pleurs incoercibles, etc.) manifestent que le parent ne va pas bien.

Une prévention est-elle possible?

Des entretiens avant la naissance, menés par des sages-femmes, sont précieux pour sensibiliser les futures mères aux vulnérabilités psychiques qui entourent une naissance. Un tel entretien est dispensé gratuitement à Genève à la maternité et au planning familial. Durant une heure, il offre un espace de parole ouvert et neutre où partager préoccupations, interrogations et émotions autour du processus de «devenir mère».

Une reconnaissance par les professionnels est d’ailleurs cardinale. «Nous aussi, nous voudrions idéaliser cette période de la maternité, reconnaît le Dr Nanzer. Le mal à admettre la difficulté de devenir parent émane des attentes de la société, mais aussi des propres attentes de la mère ou future mère. Lorsque, en tant que professionnels, nous disons “non, ce n’est pas évident de devenir parent”, ces femmes se relâchent d’un coup et commencent à parler à autrui de leurs difficultés. Pour cela, les entretiens prénataux sont précieux.»

L’enfant en subit-il des conséquences?

La dépression périnatale n'est pas sans effet sur les enfants, explique le Dr Nanzer. Si elle est prénatale, elle peut avoir des répercussions avec un risque augmenté de retard de croissance du fœtus ou d’accouchement prématuré.

Une dépression postnatale peut influer, elle, sur la qualité de la relation entre la mère et l’enfant. En réaction, certains enfants développent une dépression, d’autres s’agitent, connaissent des coliques ou des troubles alimentaires ou du sommeil. «Cela peut devenir plus grave, insiste la pédopsychiatre, et conduire à des troubles du développement émotionnel ou cognitif. Par tous les moyens, l’enfant essaye d’exprimer qu’il lui manque quelque chose.»

Autant de raisons pour chercher de l’aide auprès d’un professionnel de santé si l’on soupçonne une telle dépression.

Et le stress dans tout ça?

Comment se passera l'accouchement? Et la douleur? Fera-t-on face, une fois l’enfant né? L’allaitement se déroulera-t-il sans anicroches? Et comment gérer son rythme de «sommeil» quand on est parent d’un nouveau-né? Autant d’inquiétudes, autant de stress.

C’est peut-être une évidence: la naissance entraîne une nécessité d’adaptation importante et peut à ce titre provoquer un grand désarroi, note Chantal Razurel, sage-femme, docteur en psychologie et professeure à la Haute Ecole de Santé de Genève. Pourtant, dans la société, cet événement est synonyme de joie et de bonheur et laisse peu de place au stress que peuvent ressentir les mères. La chercheuse a étudié ce stress et arrive à la conclusion qu’il est ressenti par toutes les mères, même sans qu’il y ait des facteurs de risque psychologique et même dans le cas d’un accouchement qui se passe bien.

Or, un stress important augmente le risque de dépression. Afin de réduire ce facteur (et par ricochet de diminuer le risque de dépression), la chercheuse a développé un entretien psychoéducatif prenant place après la naissance. «Nous travaillons sur les perceptions: comment la mère ressent-elle l’arrivée de l’enfant par rapport à ce qu’elle imaginait? Et par rapport aux normes sociales? Nous amenons alors des éléments de connaissances qui s’intègrent aux représentations des mères et qui leur permettent de changer leur vision de la situation pour qu’elle soit moins menaçante. Cet outil permet d’amener la mère à réajuster sa manière de réagir aux multiples sollicitations de cette période de manière plus fonctionnelle.»

Mais comme le rajoute Chantal Razurel, pour certaines femmes, la question ne se pose pas, elles s’adaptent sans problème aux différentes situations liées à la naissance. Mais ce qui importe, c’est de «permettre aux mères de s’exprimer sur leurs difficultés en leur tendant des perches».

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