Démence: l’importance de la personnalité

Dernière mise à jour 27/01/12 | Article
Des personnes
On estime que le nombre d’individus touchés par une démence doublera tous les 20 ans pour s’élever en 2040 à plus de 80 millions de personnes dans le monde entier.

L’augmentation importante du nombre de personnes âgées dans le monde s’accompagne d’une croissance de patients atteints de troubles cognitifs légers ou de démences. Celles-ci se caractérisent par une altération progressive des fonctions cognitives, fréquemment associées à ce qu’on appelle les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence, tels qu’agitation, agressivité, apathie, syndromes affectifs et psychotiques. Ces symptômes constituent un problème majeur pour le patient, les proches et les soignants. 

La personnalité préalable à la maladie

Connaître les traits de personnalité préalables à la maladie (donc prémorbides) d’un patient atteint de manifestations cliniques des démences est important. En effet, ces caractéristiques forgent la façon avec laquelle l’individu fera face aux difficultés engendrées par la démence. Ainsi, une tendance au névrosisme (éprouver facilement et fréquemment des émotions négatives) pourrait avoir un impact sur le déclin cognitif. Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence jouant un rôle essentiel dans la souffrance des patients et de leurs proches, une meilleure compréhension de leurs liens avec les caractéristiques de personnalité prémorbide aidera à orienter la prise en charge.

Les traits de personnalité d’un sujet, et à plus forte raison les troubles de la personnalité, touchent l’entourage de ce sujet. Bien souvent, ces particularités de la personnalité ont eu, durant des années et en amont de la démence, des répercussions sur l’entourage dont il convient de tenir compte dans la prise en charge.

La maladie d’Alzheimer

Les modifications de la personnalité semblent fréquentes chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer   ou d’une autre démence. Elles sont influencées par la sévérité de l’atteinte cognitive ou fonctionnelle plutôt que par l’âge, le sexe ou l’éducation. Cependant, on ne sait pas vraiment si ces changements constituent des modifications de la structure fondamentale de la personnalité, définissant ainsi une nouvelle personnalité. Probablement, les hospitalisations en psychiatrie de patients déments sont souvent liées à des troubles de personnalité prémorbides.

Certaines études menées auprès de patients atteints de la maladie d’Alzheimer soutiennent que les syndromes psychiatriques prémorbides peuvent représenter un facteur de risque pour un déclin cognitif ultérieur. Un degré élevé de névrosisme semble plus commun parmi les patients atteints de  la maladie d’Alzheimer. Cela suggère donc que ceux-ci peuvent être considérés comme des facteurs de risque pour le développement d’un Alzheimer. L’association entre névrosisme élevé et démence, si elle était confirmée, pourrait constituer une thématique d’intérêt importante. Surtout que le névrosisme élevé, avec sa propension au stress, s’accompagne d’une vulnérabilité accrue à la dépression. Ce lien, certes résumé de façon simpliste et stipulé également pour la dépression, pourrait faire du névrosisme prémorbide un facteur de risque pour le développement d’une maladie d’Alzheimer à l’âge plus avancé.

Rupture de l’équilibre psychique

Certaines manifestations cliniques de la démence ont vraisemblablement un lien direct avec la personnalité prémorbide du patient et la rupture d’un équilibre psychique et comportemental antérieur prédispose à la crise et à la décompensation sous forme de symptômes comportementaux et psychologiques de la démence. L’expérience clinique en témoigne au quotidien alors que les études scientifiques à ce sujet sont récentes et encore rares.

Les traits de la personnalité ont des implications relationnelles et conditionnent souvent des codépendances s’installant à l’intérieur du couple avant la survenue de la démence. Par conséquent, la proposition d’une prise en charge – qui soit acceptée tant par le patient que par ses proches – doit prendre en compte l’histoire de la personnalité et ses répercussions sur l’entourage. Le traitement des symptômes comportementaux et psychologiques de la démence permet de soulager la souffrance des personnes atteintes, d’alléger le fardeau des familles et de diminuer les dépenses à charge de la collectivité. Ce traitement peut s’avérer complexe, à plus forte raison lorsque le patient souffre d’un trouble prémorbide de la personnalité.

L’amélioration de la compréhension des caractéristiques de la personnalité prémorbide en tant que possibles déterminantes des symptômes comportementaux et psychologiques de la démence et du déclin cognitif permettra d’améliorer le traitement des personnes atteintes de démence ou de ses stades précurseurs et d’alléger ainsi la souffrance des malades et de leurs proches.

Adapté de «Personnalité et démence: une nouvelle perspective», Alessia Donati, Pr Armin von Gunten Consultation de la mémoire Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé, Département de psychiatrie – CHUV et Université de Lausanne; Cornelia Pocnet, Pr Jérôme Rossier, Institut de psychologie, Université de Lausanne, in Revue médicale suisse 2010;6:759-61.

Cette contribution a été soutenue financièrement par le Fonds national suisse (SNF 3200B0-122263) – requérant principal: Pr Armin von Gunten – ainsi que par l’Association Alzheimer suisse – requérants principaux: Pr Jérôme Rossier et Pr Armin von Gunten.

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