7 réflexes pour bien mémoriser

Dernière mise à jour 10/11/16 | Article
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Plus une information est familière et associée à une émotion, plus elle aura de chances de se faufiler dans les rouages de notre mémoire. Mais ce n’est pas là la seule façon de garantir l’ancrage d’une information.

1. Une répétition sans faille

Parmi les stratégies imparables pour favoriser le processus de mémorisation: la répétition. Son efficacité redoutable provient directement de la façon dont les souvenirs s’inscrivent en nous. Petit rappel: dans notre cerveau, tout fait qui se mue en souvenir se présente sous la forme d’un circuit de neurones, qu’un premier passage aura tracé. Lorsque le fait est répété, l’activation des mêmes neurones impliqués se produit selon ce même trajet. Or, comme un chemin en pleine nature, plus il aura été emprunté, plus il sera aisé de le retrouver. Mais, pour être efficace, la stratégie de répétition requiert deux conditions. La première: la répétition doit se faire à l’identique, selon le même contexte, le même enchaînement de mots ou de chiffres, afin que le trajet neuronal soit le même. La seconde: aucune erreur ne doit s’y glisser. Incorrecte, l’information deviendrait instable et inconsistante d’une répétition à l’autre, et n’aurait que peu de chances d’être mémorisée. Pire: toute erreur glissée à cette étape du travail risquerait de se fixer durablement (c’est d’ailleurs ainsi que l’on s’y prend pour générer de «faux souvenirs»). Numéro de compte, poème, liste d’invités: quelle que soit la partition à retenir, il est donc essentiel d’éliminer toute approximation en cours d’apprentissage, en effectuant une vérification systématique des informations récitées.

2. L’agencement logique

Le fait de pouvoir structurer et ainsi simplifier la masse d’informations à retenir est un autre facteur de réussite. Face à tout cours ou à un autre ensemble dense à mémoriser, la première chose à faire est d’en saisir la logique et d’articuler la structure en fonction des points principaux. L’organisation qui en découle permettra de repartir les éléments à mémoriser, avant d’entamer l’exercice de répétition. La structuration des informations, plutôt que des listes interminables d’éléments sans aucun lien entre eux, est donc fondamentale. Ces structures de soutien peuvent être de tous ordres et répondent à l’univers mental de chacun.

3. Un jeu d’association

La mémorisation est facilitée quand la notion à assimiler s’entoure d’éléments déjà connus. Ainsi, lors de l’apprentissage, accoler des anecdotes personnelles, images ou autre connaissances, va décupler le message et, à terme, renforcer le souvenir. Alors, place aux indices. Par exemple, imaginons devoir retenir l’identité de cinq de nos voisins. Se contenter de penser à leurs noms, éventuellement d’en observer les voyelles ou les consonnes ressemblantes, ne va pas être d’une grande utilité. En revanche, associer à chaque nom les traits physiques de la personne, sa profession, ou tout autre élément personnel, sera d’une grande aide. Ainsi, Monsieur Menard ne sera plus uniquement identifié par un nom en six lettres, mais sera aussi un sexagénaire roux, antiquaire, père de quatre enfants, vivant au quatrième étage, porte de gauche. Loin d’être anecdotique, ce travail d’enrichissement va correspondre dans les circuits de la mémoire à un encodage en profondeur. Résultat: lorsqu’il faudra retrouver l’information, davantage d’éléments seront repérables et les premiers trouvés auront toutes les chances d’amener les autres.

4. Les sens en alerte

Autre clé de la réussite pour apprendre une notion nouvelle: le codage multiple. Si le processus de mémorisation à long terme se concentre surtout au niveau de l’hippocampe, tout se joue d’abord dans les aires du cerveau impliquées dans les perceptions liées à cette information. Or, plus ces zones sont nombreuses, plus le souvenir sera dense et solide. Alors, lire a voix haute, écrire, inventer une gestuelle dans l’espace, tout est possible, et profitable! En la matière, chacun sa recette: certains se promèneront dans la pièce en chantonnant leur texte, quand d’autres agrémenteront de dessins leurs notes pour mieux les retenir.

5. La motivation comme moteur

Rien de tel que de soupirer à son bureau, la tête effondrée sur une main et un stylo coincé entre les dents, pour endormir notre mémoire. Qu’il s’agisse de retenir un passage de Macbeth, tout un one man show ou une partition musicale, la motivation est un catalyseur essentiel. Satisfaction face à la performance accomplie, promesse d’une note exceptionnelle ou applaudissements d’un public, autant de facteurs qui vont être déterminants pour décupler les forces cérébrales en jeu dans le processus de mémorisation.

6. La promenade mentale

L’hippocampe n’est pas uniquement notre «enregistreur en chef», il est aussi notre GPS. En effet, il nous permet aussi bien une navigation mentale, quand nous nous imaginons, par exemple, nous promener dans un lieu connu, que la maîtrise de nos déplacements. Cette découverte a valu, en 2014, le Prix Nobel de médecine a J. O’Keefe, E. et M.-B. Moser. Doubler l’apprentissage d’une «course d’orientation» mentale est donc un plus indéniable. En stimulant les circuits de mémorisation et de navigation qui se trouvent au même endroit dans l’hippocampe, la méthode s’avère particulièrement efficace. Cicéron, contemporain de Jules César, parlait de «méthode des loci» (ou lieux): chaque point à évoquer dans un discours se trouvait dans une pièce de sa maison. Utilisée de façon spectaculaire par des surdoués de la mémoire, cette méthode consiste à associer des éléments à retenir à des parties préalablement définies d’un lieu connu. Ainsi, face à une liste de courses, par exemple, il s’agira de placer mentalement tomates, yaourts et autres paquets de pâtes respectivement sur le meuble de l’entrée, dans la cuisine et sur votre commode. Arrivé au supermarché, vous n’aurez plus qu’à pousser votre chariot en vous promenant en même temps virtuellement dans votre appartement, et attraper les ingrédients, au fil de la visite des rayons. Vous verrez, avec un peu d’entraînement, ça marche!

7. Des recettes personnelles

Certains «trucs» mnémotechniques plairont aux uns, pas aux autres. Il s’agit de réfléchir à ce que l’on a à retenir: en quoi ces éléments se rattachent-ils à ce que nous connaissons? Quelles sont les images que ces éléments nous évoquent, sur le plan personnel ou de nos savoirs? Des facteurs plus tangibles ou sensoriels peuvent aussi aider. Certains réviseront en récrivant leurs notes. D’autres visualiseront la page à apprendre grâce à des détails accessoires, mais parfois très utiles: graphisme, rapports spatiaux entre figures et texte. D’autres encore seront aidés par la récitation à une autre personne. La familiarité de chacun avec ses propres «objets mentaux» peut fournir un support à un ensemble d’informations à apprendre, comme pour la «méthode des loci» (lire point 6), ou encore associer un répertoire archirépété comme la suite des chiffres de 0 a 9 et une liste de dix noms à mémoriser, l’image de chaque chiffre se présentant comme l’étiquette à laquelle est attaché chaque nom.

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Paru dans Générations, Hors-série «Tout savoir sur notre mémoire», Novembre 2016.

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