Antiparkinsoniens et effets secondaires

Dernière mise à jour 27/11/13 | Article
Antiparkinsoniens et effets secondaires
Addictions au jeu et au sexe, achats compulsifs, perversions: les effets secondaires de la nouvelle génération de médicaments antiparkinsoniens seraient dévastateurs. C’est du moins le message que tente de faire passer «Folies sur ordonnance», un documentaire diffusé le 22 août dernier sur la Radio Télévision Suisse.

L’utilisation des antiparkinsoniens est-elle vraiment problématique? Ce n’est pas l’avis du Pr Pierre Pollak, médecin chef du service de neurologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui les juge comme absolument essentiels dans le traitement de la maladie de Parkinson.

Les antiparkinsoniens sont des molécules qui agissent sur un système particulier du corps humain, le système dopaminergique. Hormone du désir et de la récompense, la dopamine peut, si son dosage est trop élevé, mener aux pires excès. Utiliser ces médicaments demande donc une vigilance particulière. Surtout lorsqu’il s’agit d’une classe particulière: les agonistes dopaminergiques. Jusqu’en 2005, les compagnies pharmaceutiques ignoraient, du moins c’est ce qu’elles nous demandent de croire, que ces médicaments étaient susceptibles de générer des effets tels qu’addiction au jeu, hypersexualité, exhibitionnisme, achats compulsifs et autres perversions analogues.

Nous savons maintenant que jusqu’à 17% des patients traités par «agonistes dopaminergiques» sont sujets à des troubles graves du comportement, un pourcentage plutôt alarmant. Folies sur ordonnance décrit par exemple le combat d’un homme désespéré, Didier Jambart, contre la compagnie pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK), producteur du Requip, un de ces agonistes. Victime d’une addiction au jeu et au sexe, ce père de famille aurait accompli de multiples tentatives de suicide lors de son traitement qui dura approximativement deux ans. Tout comme son neurologue, il ignorait les origines de son mal, ce type d’effets secondaires ne figurant pas sur la notice. Mais, comme le rappelle le Pr Pollack, «si ces médicaments étaient retirées du marché, ce serait une catastrophe,leurs bienfaits surpassant de loin les effets secondaires qu’ils sont susceptibles d’induire.»

La maladie de Parkinson se manifeste par une destruction progressive de la dopamine. Quelles en sont les conséquences?

Pierre Pollack:La dopamine agit sur notre système moteur et cognitif. C’est elle qui assure, par exemple, la fluidité de la pensée et qui permet de marcher sans réfléchir. La dopamine agit dans tous les domaines qui touchent au comportement et aux émotions. C’est elle qui suscite la motivation et donne envie de faire des choses. Les personnes atteintes de la maladie de Parkinson souffrent d’apathie, justement parce qu’elles manquent de dopamine. Trop peu de dopamine engendre l’apathie, l’envie de rester dans son fauteuil sans rien faire. Trop de dopamine engendre l’hyperactivité. Un trop plein de cette substance entraîne ainsi des troubles du contrôle de l’impulsion.

Imitant les effets de la dopamine, les agonistes dopaminergiques s’avèrent extrêmement utiles dans le traitement de la maladie de Parkinson. Ils peuvent néanmoins engendrer de multiples effets indésirables. Quels sont les principaux?

Contrairement à d’autres types de médicaments utilisés dans le traitement de cette maladie, comme la «L-DOPA» qui agit davantage sur le mouvement, les agonistes dopaminergiques sont particulièrement actifs dans le domaine du comportement. L’administration de ces médicaments est généralement bien ressentie par les patients. Elle leur redonne l’envie de vivre, de bouger et de faire des choses. Certains effets sont même extrêmement positifs: l’augmentation de la créativité par exemple. Nous avons des patients qui sont devenus de grands artistes ! Il existe néanmoins toute une série d’effets indésirables qui peuvent, dans quelques cas, mettre la vie personnelle des malades en danger. Parmi eux, les troubles comportementaux comme les achats compulsifs, le jeu pathologique et les déviations sexuelles. Une autre série d’effets secondaires, bien plus fréquents que les troubles comportementaux et dont on parle curieusement moins, sont les hallucinations et la psychose. 50% des personnes traitées par agonistes dopaminergiques font l’expérience d’hallucinations. Ces derniers effets ont cependant toujours été inscrits sur la notice. Ces substances sont donc des médicaments très utiles mais leur prescription doit être maitrisée, à la fois par le corps médical et par les personnes elles-mêmes.

Comment se fait-il que les troubles comportementaux comme l’hypersexualité et le jeu pathologique soient restés inconnus du public jusqu’en 2005?

Depuis que nous utilisons de la dopamine, nous savons que ces effets sont possibles. Avant l’arrivée des agonistes dopaminergiques, il y a une quinzaine d’années, ces effets restaient néanmoins exceptionnels. Les premiers rapports de cas sont apparus dans les années 2000, mais ils concernaient des cas isolés. Nous ne savions pas qu’ils pouvaient être aussi fréquents. Il y a maintenant des procès en cours pour savoir quand exactement la fréquence des ces effets a été connue des compagnies pharmaceutiques. Ce qu’il faut savoir, c’est que lorsqu’un effet indésirable apparaît, il y a d’abord des cas isolés qui sont rapportés. Il s’écoule toujours un certain délai pour vérifier cette nocivité et que l’effet en question apparaisse sur la notice. La psychose et les hallucinations ont toujours figuré dans la notice des médicaments dopaminergiques mais il vrai qu’il n’y avait pas, au départ, les mots hypersexualité et jeu pathologique. A présent, tous les neurologues connaissent ces effets. Avant de prescrire ce médicament, ils ont donc le devoir de se renseigner sur le tempérament de base de la personne. Si la personne roule à 200 km/h, fait du saut à l’élastique pour avoir des sensations fortes et change de partenaire sexuel très fréquemment, je pense que prescrire un agoniste dopaminergique serait presque contre-indiquée. Si la personne est en revanche plutôt apathique et que son comportement semble réfléchi, il y a peu de risques qu’elle développe des troubles graves du comportement.

Dans tous les cas, un patient qui va recevoir ce médicament doit être au courant de tous les effets qu’il peut engendrer. Le médicament va normaliser son état, il va retrouver la joie de vivre, l’envie de faire des choses. Mais il doit aussi savoir que si son comportement change, cela peut avoir un lien avec son traitement.

Qu’avez-vous pensé du documentaire Folies sur ordonnance, diffusé par Temps Présent en aout 2013?

Il est complètement biaisé. Lorsqu’on regarde ce documentaire, on a l’impression que ces médicaments fichent la vie en l’air. Ils ont pris des cas absolument extrêmes avec des personnes qui possédaient sûrement déjà un terrain favorable à développer ce type de troubles comportementaux. De manière générale, ces médicaments sont extrêmement bien perçus par les patients. Le problème vient d’ailleurs très souvent des patients qui se sentent si bien avec ce médicament qu’ils refusent de diminuer le dosage!

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