Troubles de la déglutition chez la personne âgée

Dernière mise à jour 23/02/12 | Article
Repas de personnes âgées
Manger est l’un des seuls actes de notre vie quotidienne qui lie à la fois nécessité vitale et plaisir. Il est donc important de prendre soin des troubles de la déglutition chez les personnes âgées. Pour leur survie et leur bien-être.

Les troubles de la déglutition (ou dysphagie) sont fréquents  chez la personne âgée et peuvent représenter une menace vitale. Ils ont pour conséquences une dégradation progressive des capacités de déplacement et des défenses immunitaires, ainsi qu’une baisse générale de la qualité de vie. Leur dépistage est à la portée de chaque praticien. Avec comme objectifs de sécuriser la déglutition, minimiser les risques de bronchoaspiration et enrayer une perte pondérale progressive.

Le vieillissement de la déglutition (ou presbyphagie) est un problème réel de santé publique. La  dénutrition que ces troubles  entraînent touche en moyenne 5 à 10% des personnes âgées vivant  à domicile et 30 à 60% de celles résidant en institution. Il est encore  peu perceptible à 65 ans  mais il devient  important dès  80 ans,  surtout, lors de maladies neurodégénératives, de traitements oncologiques ou après des accidents. Jusqu’à cet âge avancé, les anomalies de la déglutition sont le plus souvent bien tolérées, peu ou pas symptomatiques. Une étude  radiologique, réalisée  auprès de 56 personnes ayant  un  âge moyen de 83 ans  sans  plainte dysphagique, a révélé que seuls 16% d’entre elles avaient une déglutition strictement normale.

Les effets de l’âge

 Les mécanismes mis en jeu lors de la déglutition s’altèrent avec l’âge. Ils correspondent à un vieillissement à la fois mécanique  et neurologique. Entre 60 et 70 ans, on estime la fonte musculaire de 25 à 30% de son volume initial et la perte de force de 30 à 40%. Ce phénomène est individuel et dépend de l’entretien  musculaire et des activités du sujet. En outre, 25% environ des personnes âgées se plaignent d’une bouche trop sèche. Le flux salivaire est diminué par la plupart des médicaments (antihistaminiques, antihypertenseurs, diurétiques, antidépresseurs). 60% des personnes de plus de 65 ans sont  édentées et portent des prothèses plutôt anciennes, usées et mal adaptées. L’efficacité de la mastication reste bonne si la dentition est intacte. Elle diminue de 30 à 75% lors du port de prothèses dentaires. Ces dernières altèrent les sensations gustatives et la sensibilité buccale. Enfin, la perte du goût  du sujet âgé est liée à la diminution du nombre de papilles gustatives et à la baisse de la sensibilité des récepteurs sensitifs.  La perception du sucré est la première altérée, puis celle du salé et des saveurs acides. Le sujet se plaint d’une bouche amère et modifie ses préférences alimentaires (recherche d’aliments plus sucrés). L’odorat, qui intervient pour 80% dans notre perception des flaveurs, se dégrade systématiquement dès l’âge de 65 ans.

Dépistage  et traitement de la dysphagie

En vieillissant, les troubles de la déglutition se manifestent  par des symptômes souvent vagues, dépendant de facteurs  environnementaux.  Il est fréquent  qu’ils  restent non-diagnostiqués durant plusieurs années, le sujet compensant sa gêne par une modification progressive, insensible, de son alimentation et de sa posture. Ils deviennent brutalement évidents à l’occasion de complications. Ce sont principalement les patients souffrant de pathologies neurologiques dégénératives, d’affections cancéreuses ou ayant subi une cassure de leur rythme de vie (accident, intervention chirurgicale, deuil) qui sont concernés.

Le médecin généraliste peut proposer des soins simples à mettre en place. Comme le maintien d’une bonne hygiène buccale, avec brossage des dents puis rinçage buccal soigneux, à plusieurs reprises, afin de diminuer la charge bactérienne salivaire et son rôle pathogène dans les surinfections bronchiques ; la position assise, redressée, du sujet pour toute prise de boisson ou d’aliment; des liquides rendus onctueux par l’adjonction d’une poudre épaississante afin d’être déglutis lentement, gorgée après gorgée, et servis dans un verre évasé, évitant le redressement mentonnier. Ou encore des aliments découpés, émincés ou mixés en fonction du déficit masticatoire, rendus plus homogènes et onctueux par adjonction de sauce. La réadaptation  des prothèses  dentaires est souvent nécessaire.

Si ces mesures restent insuffisantes, diététicienne, ergothérapeute et logopédiste interviennent pour évaluer et adapter les apports alimentaires, l’installation du sujet et ses gestes d’alimentation. La physiothérapie respiratoire permet d’améliorer le drainage bronchique et d’entraîner une toux plus efficace. Une hydratation ou une alimentation  complémentaire par sonde doit parfois être envisagée. Une alimentation récréative peut le plus souvent être maintenue permettant de préserver un certain plaisir de manger. Chez la personne âgée, les limites éthiques d’une nutrition par sonde sont  discutées de cas  en cas. Elles commandent de ne pas s’acharner, mais aussi  de ne pas négliger une dénutrition progressive.

Référence

Adapté de «Troubles de la déglutition de la personne âgée», Dr Valérie Schweizer, Unité de phoniatrie et de logopédie Service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale, CHUV, Lausanne in Revue médicale suisse 2010;6:1859-62, en collaboration avec les auteurs.

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