Le «coup de vieux» existe vraiment

Dernière mise à jour 07/12/20 | Article
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Vous avez le sentiment d’avoir pris un «coup de vieux»? C’est possible… Une récente étude tend à démontrer que la vieillesse n’a rien de linéaire et que certains âges de la vie seraient particulièrement propices à nous faire vieillir. Explications.

34, 60 et 78 ans. Voici les trois périodes charnières de la vie. Du moins selon une étude[1] de la Stanford University School of Medicine publiée dans la revue Nature Medicine. Les chercheurs ont analysé les aspects du vieillissement afin de mettre en évidence des perspectives sur l’apparition de maladies liées à l’âge. Pour cela, ils ont observé de près les protéines plasmatiques (partie liquide du sang) de plus de 4000 individus âgés de 18 à 95 ans et relevé les différentes altérations de ces protéines. Résultat, des vagues de changements ont été mises en évidence au cours de trois décennies en particulier: la quatrième, la septième et la huitième. «Nous savons depuis longtemps que la mesure de certaines protéines dans le sang peut vous donner des informations sur l'état de santé d'une personne – les lipoprotéines pour la santé cardiovasculaire, par exemple, a déclaré Tony Wyss-Coray, professeur de neurologie et de sciences neurologiques ayant participé à l’étude. Mais nous ne savions pas qu’une grande partie d’entre elles subissent de brusques changements de concentration à certains âges.»

Le vieillissement physiologique ne se déroulerait donc pas de façon uniforme mais plutôt selon un processus hétérogène comprenant trois paliers distincts à 34, 60 et 78 ans. «Vers 80 ans, on passe clairement un seuil, de robuste à vulnérable», ajoute le Pr Christophe Büla, chef du Service de gériatrie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

À ces moments spécifiques, les niveaux de nombreuses protéines, constants jusqu’alors, subissent soudain une augmentation ou une diminution importante. Sur la simple observation de ces niveaux chez les individus de leur panel, les chercheurs ont ainsi pu prédire leur âge dans une fourchette de trois ans. En outre, sur la base de cette observation, un âge estimé inférieur à l’âge réel était corrélé à un meilleur état de santé.

Si elle doit être complétée par des travaux supplémentaires, cette étude pourrait néanmoins ouvrir la voie à une nouvelle approche du vieillissement. L’identification de «signatures» biologiques permettrait en effet d’anticiper un diagnostic ou de mettre en place une prise en charge précoce dans le cas de certaines pathologies neurodégénératives ou cardiovasculaires.«Il n’a cependant pas été démontré véritablement, dans les processus pathologiques qui amènent les gens à décliner, de paliers spécifiques et universels, tempère le Pr Büla. Le vieillissement ne touche pas tout le monde de la même façon, plusieurs facteurs entrant en jeu.»

Ces facteurs qui accélèrent le vieillissement

Le vieillissement est en effet un processus complexe et multifactoriel. Il est dû en partie à l’accumulation de radicaux libres qui altèrent l’organisme, ou encore à l’usure des tissus. C’est le lot de chacun d’entre nous : le vieillissement est impossible à contrecarrer. En l’absence de pilule miracle ou de fontaine de jouvence, prendre soin de son hygiène de vie est le seul moyen de retarder les signes de l’âge. En effet, la sédentarité, la malnutrition, une mauvaise hydratation, la consommation d’alcool et de tabac ou encore la dépression semblent accélérer le vieillissement.

Hommes et femmes inégaux

Autre facteur en jeu: le sexe. En effet, femmes et hommes sont ici inégaux. «Même si l’écart tend à se réduire, les femmes vivent en moyenne 4-5 ans de plus que les hommes, explique le Pr Büla. La contrepartie, c’est qu’elles passent plus de temps en dépendance, et ont davantage de maladies.» On observe donc un vieillissement différentiel selon les sexes, un déséquilibre qui ne s’explique pas toujours. L’explication tient probablement en partie à l’hygiène de vie mais aussi à l’action des hormones, notamment les œstrogènes qui semblent protéger les femmes jusqu’à la ménopause.

Rester «jeune» dans sa tête?

Âge biologique ou âge «ressenti», auquel s’identifier? Chacun vieillit à son rythme et le corps est parfois en décalage avec l’esprit. Certains octogénaires sont ainsi en bien meilleure forme cognitive et mentale que des personnes de 50 ans. Alors certes, les virages des dizaines sont compliqués à passer d’un point de vue psychologique pour la plupart d’entre nous, mais les paliers de vieillissement ne sont pas uniquement liés aux mécanismes cellulaires. L’aspect psychologique joue un grand rôle dans le déclin. Les relations sociales, la stimulation cérébrale ou encore le bien-être psychologique contribuent à diminuer le risque de développer certaines maladies.

«On sait qu’un trait de personnalité optimiste est associé à une longévité plus importante», ajoute le Pr Christophe Büla, chef du Service de gériatrie au CHUV. Une étude menée sur une cohorte de personnes âgées de 65 ans et plus a en effet montré qu’à difficultés physiques égales, les optimistes restaient plus actifs que les pessimistes… Il existe donc des liens évidents entre somatique et psychique. «Mais est-ce la survenue de pathologies qui entraîne un impact psychologique ou l’inverse ? Difficile de le dire», conclut le spécialiste. En attendant, si on ne peut contrôler le vieillissement de nos cellules, essayons au moins de « rester jeune » dans notre tête!

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[1] Lehallier B, Gate D, Schaum N, et al. Undulating changes in human plasma proteome profiles across the lifespan. Nat Med 2019;25(12):1843-50. doi : 10.1038/s41591-019-0673-2.
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Paru dans Planète Santé magazine N° 38 – Octobre 2020

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