La rythmique ou les avantages du multitâches

Dernière mise à jour 19/11/20 | Article
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Bouger, danser, chanter en même temps… la rythmique selon Jaques Dalcroze a fait ses preuves dans la prévention des chutes chez les seniors. Reportage.

Ils ont entre 60 et 87 ans. Tous les vendredis, à la maison de quartier de Chailly sur les hauts de Lausanne, une dizaine de seniors se retrouve pour faire de la rythmique, version Jaques Dalcroze, du nom du musicien et pédagogue genevois. Pour certains, la rythmique est un souvenir d’enfance, la discipline étant enseignée dans les classes primaires de certains cantons. Pour d’autres, c’est une découverte sur le tard.

Marylise, 80 ans: «J’avais envie de bouger»

«J’avais fait de la rythmique lorsque j’étais enfant. Un jour, j’ai vu une annonce pour ce cours dans le journal et je suis venue voir par curiosité. J’avais envie de bouger et de découvrir quelque chose. Au début, je l’avoue, j’étais un peu sceptique, car je trouvais que c’était simplet. J’ai tout de même continué, car je sentais qu’il y avait quelque chose à prendre. Les exercices de coordination en particulier n’ont l’air de rien, mais ils ne sont pas faciles du tout. La rythmique permet plus de fantaisie que la gymnastique, c’est plus créatif. Sur le plan physique, je pense que cela m’a renforcée et je me tiens plus droite. Une alchimie fantastique s’est créée dès le début dans le groupe, je me suis fait des amis.»

Charlotte, 77 ans: «C’est une activité très stimulante»

«J’avais fait de la rythmique en son temps et cela faisait longtemps que je voulais en refaire. Je manque beaucoup d’attention. Or, au niveau de la mémoire, c’est une activité très stimulante. On a un objet qui perturbe dans nos mains, on bouge en même temps et on ajoute à cela du chant, c’est multitâche. Cela force à être ici et maintenant et à se concentrer sur ce qu’on est en train de faire. Quand je fais de la rythmique, je ne pense pas à ma liste de courses! J’inclus ce que j’apprends ici dans mon quotidien. Pour entraîner mon équilibre, je me brosse les dents sur un pied, puis sur l’autre. J’aime la dynamique de cette méthode et je suis convaincue de ses bienfaits.»

Depuis quelques années en effet, elle est proposée aux seniors pour prévenir le risque de chute. «Avec l’âge, on a de plus en plus de fragilités et on fait de moins en moins de tâches en même temps», explique Arielle Zaugg, enseignante de rythmique à l’Ecole de musique de Lausanne. Le risque de tomber augmente alors de façon exponentielle: un tiers des 65 ans et plus chute au moins une fois par an en raison de la diminution des réserves attentionnelles. Dans un cas sur dix, la chute nécessite soit une consultation, soit une hospitalisation – pour cause de fractures, plaies, hématomes, etc. –, voire aboutit à un décès dans le pire des cas. Selon le Bureau de prévention des accidents (BPA), elle est en effet la première cause de décès par accident domestique chez les aînés.

Une heure par semaine

Les chutes peuvent par ailleurs entraîner un isolement psychosocial ou être un motif de placement. Une étude conduite en 2011 par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) a démontré qu’une heure de rythmique par semaine durant six mois réduisait de 50 % le risque de chute chez les seniors. «Des chiffres qui la placent en tête des activités physiques permettant de préserver l’équilibre», commente le Dr Andrea Trombetti, médecin adjoint agrégé aux services des maladies osseuses et de gériatrie des HUG. Certaines assurances maladie complémentaires remboursent partiellement ces cours. Car la rythmique, en plus de renforcer les habiletés motrices, aide à coordonner les différentes parties de son corps et entraîne notre capacité à faire plusieurs gestes en même temps. «C’est justement cet aspect multitâche qui aide à la prévention des chutes», commente Arielle Zaugg. Tantôt ce sont les bras qui sont sollicités, tantôt ce sont les jambes: on fait quelques pas, on y associe des mouvements, on en ajoute, on mémorise les paroles d’une chanson ou les pas d’une chorégraphie tout en faisant attention aux autres. Directive parfois, la méthode laisse aussi la place à l’expression libre, à l’imagination et au plaisir de bouger dans l’espace.

Dans une atmosphère enjouée, on se lance des balles, on se déplace, on chantonne au son du piano et parfois au rythme des percussions. La musique est intimement liée au mouvement, explique Arielle Zaugg: «Loin d’être un bruit de fond, elle nous donne des impulsions, des énergies. C’est un point d’ancrage qui suscite en nous des réactions.» Les exercices, d’apparence enfantine, exigent en réalité beaucoup de concentration. Ils se déclinent et se complexifient toujours plus, mais restent accessibles à toute personne autonome, dès 60 ans, sans prérequis musical. Les incompréhensions suscitent des échanges et les ratés déclenchent des rires. Le tout, dans la convivialité et le respect des aptitudes de chacun.

Infos pratiques

  • Vous avez envie de vous mettre à la rythmique ? Pour trouver un cours, rendez-vous sur le site internet : www.rythmique.ch/newSite/rythmique-seniors/
  • Très active dans la recherche sur les risques de chute, l’équipe du Dr Andrea Trombetti, médecin adjoint agrégé aux services des maladies osseuses et de gériatrie des Hôpitaux universitaires de Genève, recrute des participants pour des études. Plus d’informations au 022 305 63 28 28 (répondeur) ou melany.hars@hcuge.ch.

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Paru dans Générations, Hors-série «Se soigner autrement – Gros plan sur la médecine intégrative», Octobre 2019.

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