La problématique de l’alcool en EMS

Dernière mise à jour 15/02/12 | Article
Tire-bouchon d'un couteau suisse
En Suisse, 20% des résidents à l’entrée en EMS souffrent d’un problème d’alcool.

Les médecins de famille diagnostiquent moins de 50% d’abus de substances, y compris l’alcool, chez leurs patients ambulatoires et moins de 20% chez les patients hospitalisés. A l’entrée en EMS ou lors d’un séjour hospitalier, les signes de cette prise d’alcool ne sont donc pas toujours bien identifiés, les signes cliniques se confondant avec les autres pathologies du patient. Certains de ces patients, soutenus par le personnel de l’EMS, diminuent spontanément leur consommation quand d’autres continuent et posent alors des problèmes en institution.

Les personnes âgées en EMS continuent à consommer de l’alcool, parfois de manière excessive. En Suisse, 20% des résidents à l’entrée en EMS souffrent d’un problème d’alcool. Par rapport aux résidents EMS sans problème d’alcool, l’âge moyen de ces personnes est plus bas, le besoin d’aide pour les activités de la vie quotidienne moindre, mais les difficultés relationnelles plus importantes.

Les patients et leurs familles sont fréquemment dans une grande détresse et l’EMS représente parfois le dernier recours, imposé certaines fois par les autorités. Cette détresse peut se traduire par des mouvements d’agressivité.

Dès l’admission, il est indispensable de négocier avec les personnes qui ont un comportement à risque par rapport à l’alcool un mandat autour duquel s’articulera le séjour en EMS. Ce travail est la première étape pour entendre les besoins, les attentes et demandes du résident, ainsi que pour déterminer ceux des familles, des proches ou du tuteur, et pour intégrer les «traumatismes» qu’ont parfois laissés d’anciens patients dépendants au sein des équipes. Seul ce mandat clair permettra de mettre en place un projet de soins et un projet d’accompagnement. Les EMS ont chacun leur propre histoire et leur propre fonctionnement. Ainsi, chaque établissement doit définir ses propres limites selon ses «fondations historiques». Un rôle central des soignants concerne la prévention primaire et secondaire. La réduction de la consommation doit donc être un moteur fort de l’action, d’autant plus que l’arrêt ou la réduction significative de la prise d’alcool peut permettre une récupération partielle ou complète des capacités altérées, en particulier cognitives.

L’EMS peut être vu comme une superposition de plusieurs territoires qui appartiennent à une ou plusieurs personnes: le territoire privé du résident, le territoire de la vie communautaire, le territoire des soins et de prévention de la santé, les territoires du service de la logistique, du médecin, de la direction et de l’aumônier. L’alcool touche simultanément plusieurs de ces territoires. L’équipe multidisciplinaire, le médecin ainsi que la direction doivent alors, selon la situation clinique, se déterminer sur la hiérarchisation des territoires afin d’appréhender le problème de la boisson. Cette hiérarchie doit être partagée et respectée par toute l’équipe. C’est le fil rouge de toutes les interventions auprès du patient, de sa famille ou de ses proches, qui peuvent aller vers une abstention thérapeutique ou tendre vers une attitude plus incisive.

Référence

Adapté de «Entourage des patients âgés avec une pathologie mentale», Dr Martine Desbaillets, Service de psychiatrie et psychothérapie de la personne âgée, CHC – Clinique St-Amé,  St-Maurice ; Dr Karsten Ebbing, Unité de liaison de psychiatrie de l’âge avancé, Drs Marie-Claude Kohler et Armin von Gunten, Consultation de la mémoire, Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé Département de psychiatrie, CHUV et Université de Lausanne; Dr Umberto Giardini, Service de psychiatrie gériatrique, HUG; Dr Isabella Justiniano, Service de psychiatrie et psychothérapie de la personne âgée – IPVR, Monthey; Dr Mbaki Mayemba, Clinique psychiatrique de Bellelay Services psychiatriques du Jura bernois,  Bienne, in Revue Médicale Suisse 2010; 6: 770-3, en collaboration avec les auteurs.

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