Nouveautés en médecine intégrative

Dernière mise à jour 27/06/22 | Article
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Du Taï-Chi pour préserver ses facultés cognitives, une prise en charge globale contre les maux de dos, de l’hypnose avec une anesthésie générale… Des données récentes indiquent une plus-value réelle de ces approches complémentaires dans ces situations. Tour d’horizon.

L’éventail des approches thérapeutiques complémentaires ne cesse de s’élargir. Les données scientifiques les concernant, aussi. La Revue médicale suisse (RMS) s’est intéressée aux dernières nouveautés en médecine intégrative. Pour mémoire, cette dernière repose sur l’intégration, au sein de la médecine conventionnelle, des médecines complémentaires basées sur la science et la prise en compte de la personne dans toutes ses dimensions. Dans quelles situations médicales et pour quels patients ces approches complémentaires peuvent-elles apporter un bénéfice? Voici quelques exemples.

Une approche globale contre les maux de dos

Dans 85% des cas, les douleurs dorsolombaires n’ont pas de cause identifiée. Souvent, chez les personnes qui en souffrent, un cercle vicieux de peur et d’évitement face au mouvement et à la douleur elle-même s’installe. Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) proposent de travailler sur ces pensées, mais elles ne sont pas toujours acceptées par les patients. Une thérapie de modulation de la douleur combine l’éducation thérapeutique et des approches de TCC à de la méditation de pleine conscience orientée sur la douleur. Mais pour quels résultats? Des chercheurs américains ont évalué les effets de cette approche globale qui comprend huit séances individuelles et vise à passer d’un mode de pensée axé sur le «danger» à un mode centré sur la «sécurité», afin de ne plus répondre à la fausse alarme de douleur et de peur envoyée par le cerveau. Après un mois, 73% des patients ayant reçu la thérapie intégrative ne rapportaient quasiment plus de douleurs, contre 20% dans le groupe placebo et 10% dans le groupe contrôle (traitement habituel). Des effets qui se sont maintenus jusqu’à un an. De plus, grâce à des techniques d’imagerie fonctionnelle, les chercheurs ont pu montrer que les patients ayant bénéficié de la thérapie intégrative jouissaient également d’une meilleure capacité de régulation de la douleur au niveau du cerveau.

Hypnose et anesthésie

Après une anesthésie, le réveil peut être inconfortable. Différentes études montrent les bénéfices de l’hypnose sur la douleur lorsqu’elle est pratiquée autour de l’intervention chirurgicale. C’est le cas notamment d’une étude randomisée et contrôlée, impliquant plus de 350 patients ayant subi une chirurgie mineure à moyenne (entre 1 à 3 heures d’anesthésie générale) et dont les résultats ont été publiés dans le British Medical Journal* en 2020. Imaginez plutôt: des patients sous anesthésie, un casque audio sur les oreilles diffusant pendant toute la durée de l’intervention chirurgicale des suggestions hypnotiques positives en termes d’analgésie, de déroulement opératoire favorable et de confiance. Il en ressort que, grâce à ces suggestions, moins d’opiacés ont été administrés après l’intervention tandis que les scores de douleur ont baissé de 25%.

Le Taï-Chi, bon pour la tête?

Le Taï-Chi est un art martial traditionnel chinois qui nécessite mémoire, coordination et orientation spatiale pour l’exécution lente, mais constante, d’une suite de mouvements. Cette approche psychocorporelle allie des mouvements du corps, de la méditation et une respiration consciente. Quelle est son efficacité sur la fonction cognitive? Une récente méta-analyse semble montrer que le Taï-Chi serait bénéfique pour la cognition globale et la fonction exécutive chez les personnes avec troubles cognitifs légers à partir de 45 ans. Néanmoins, ces résultats doivent être pris avec précaution. En effet, comme le relèvent les auteurs de la recherche en question, les méthodes des études sources, notamment concernant le protocole, manquent de transparence et de précision. Malgré tout, les auteurs estiment que le Taï-Chi est un outil possible pour améliorer les troubles cognitifs chez l’adulte et encouragent sa pratique. Cette activité, qui mêle des aspects corporels, sensoriels et intellectuels, a en effet l’avantage d’être physiquement douce, non invasive, de ne nécessiter aucun matériel et d’être accessible à tous.

Que penser de ces différentes études?

«Ces études nous motivent à porter une attention particulière au facteur humain dans notre manière d’être et de communiquer au quotidien, et nous encouragent à intégrer des approches thérapeutiques complémentaires validées tout en gardant un esprit critique», conclut le Pr Pierre-Yves Rodondi, directeur de l’Institut de médecine de famille à l’Université de Fribourg et premier auteur de cette revue scientifique de la RMS.

_________

*Nowak H, Zech N, Asmussen S, et al. Effect of Therapeutic Suggestions during General Anaesthesia on Postoperative Pain and Opioid Use: Multicentre Randomised Controlled Trial. BMJ 2020; 371:m4284.

Adapté de Rodondi PY, Fernandez A, Dubois J, et al. Médecine intégrative, littérature scientifique en 2021. Rev Med Suisse 2022; 18:40-4.

Paru dans Planète Santé magazine N° 45 – Juin 2022

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