Sexualité: le plaisir féminin sur le devant de la scène

Dernière mise à jour 15/11/19 | Article
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Le plaisir des femmes est encore un sujet nébuleux mais, petit à petit, les voix s’élèvent et la science avance… coup de projecteur sur l’épanouissement sexuel au féminin.

Le plaisir: entre mythes et réalités

Le désir masculin est plus fort que celui de la femme.

Faux C’est un mythe encore très répandu, mais l’homme n’a pas de besoins «naturellement plus forts». Ce qui est vrai, c’est qu’en général, le niveau de désir sexuel de l’homme est plus constant, qu’il soit célibataire ou en couple. Chez la femme, le désir peut varier davantage selon les circonstances. Il peut, par exemple, presque disparaître en l’absence d’un partenaire sans créer de manque, puis exploser quand elle rencontre quelqu’un.

Mieux vaut un pénis large que long.

Vrai Comme le vagin ne mesure que 12 centimètres de long en moyenne, un pénis n’a pas besoin d’une longueur importante pour remplir sa fonction. En étant trop grand, il peut même provoquer des douleurs. Pour le plaisir des femmes, il est donc en général préférable d’avoir un partenaire avec un membre large, permettant une meilleure stimulation des parois vaginales.

L’excitation atténue le dégoût.

Vrai Le sexe a longtemps été considéré comme «sale». De nombreuses pratiques sont encore, parfois, qualifiées de repoussantes, dégradantes ou dégoûtantes. Pourtant, il semble que ces jugements émis à froid ne correspondent pas forcément aux sensations à chaud. Des études montrent que sous l’effet de l’excitation sexuelle, le dégoût s’atténue aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

L’orgasme simultané est le plaisir ultime à atteindre.

Faux Un couple peut atteindre l’orgasme simultané, et c’est certes une expérience de plaisir très intense. Mais il ne faut pas pour autant en faire un but en soi. Sinon, cette quête risque de provoquer un stress inutile et contre-productif qui peut empêcher les deux partenaires d’atteindre la jouissance.

Grand oublié de la recherche scientifique pendant des siècles, le plaisir des femmes a longtemps été relégué au second plan, voire ignoré. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que des chercheurs se sont véritablement penchés sur la question. Aujourd’hui, la parole tend à se libérer. «Les femmes revendiquent l’équité de leurs droits et donc également le choix de la sexualité qu’elles souhaitent avoir», remarque Magdalena Burba, psychologue spécialiste en sexologie à Lausanne.

Si la science en la matière a désormais fait des progrès, de nombreux mythes, fausses croyances et inconnues subsistent. Les facteurs qui influencent le désir d’une femme sont multiples et parfois encore quelque peu mystérieux. «Les hormones jouent incontestablement un rôle, même s’il est parfois difficile d’établir exactement lequel, relève Sandra Fornage, gynécologue et spécialiste en médecine sexuelle à Morges. Mais énormément d’autres paramètres entrent en ligne de compte. Entre autres, les facteurs relationnels, le fait d’être en confiance et d’arriver à se laisser aller, ainsi que les expériences personnelles qui forgent notre rapport à la sexualité.»

L’importance du fantasme

Phénomène subtil et complexe, l’orgasme féminin est multiple. Bien souvent, il est le résultat d’un mariage entre un état d’excitation mental et une stimulation physique. Bien sûr, le clitoris joue un rôle très important. Mais il n’est pas seul! «Le cerveau est le plus grand organe sexuel, relève Magdalena Burba. Grâce aux fantasmes, on peut faire monter le plaisir et le désir. Certaines femmes peuvent par exemple atteindre l’orgasme simplement par stimulation des tétons.»

Le point G, cette fameuse zone située dans le vagin qui permettrait d’atteindre un plaisir intense, a lui aussi nourri un certain nombre de mythes. Mais existe-t-il vraiment? «Les dernières recherches montrent qu’il existe une zone, entre la paroi du vagin et l’urètre, particulièrement bien vascularisée, explique la Dre Fornage. Chez certaines femmes, sa stimulation peut mener à l’orgasme.»

Halte à la course à la jouissance

Aussi agréable soit-il, l’orgasme n’est pourtant pas une fin en soi. C’est une manifestation physique, mais il est possible de ressentir énormément de plaisir sans y accéder. Dans l’imaginaire collectif, il correspond à une sorte de feu d’artifice, le sommet de la sexualité. «La société actuelle nous pousse à la performance, regrette Magdalena Burba. Mais il est très important de ne pas basculer dans une tyrannie du plaisir et en devenir esclave.» En effet, une sorte de pression de la réussite plane souvent sur les relations sexuelles et peut avoir des effets délétères. Pourtant, «la sexualité n’est pas une norme, ajoute la Dre Sandra Fornage. Certaines personnes peuvent être tout à fait épanouies sexuellement sans orgasmes multiples, voire sans orgasmes du tout.» Chacun et chacune est donc libre de mener des explorations personnelles, afin de repérer ce qui lui fait du bien.

Les rapports sexuels sont malheureusement souvent présentés uniquement comme une pénétration qui devrait mener à l’orgasme, si possible simultanément. Mais c’est une vision réductrice. Il est rare en effet d’y accéder et cela engendre souvent de la pression au sein du couple. Aussi, il est important de se rappeler que d’autres formes de sexualité existent. Les caresses, la stimulation de zones érogènes ailleurs sur le corps ou le partage de fantasmes à l’oral sont tant de pratiques qui peuvent être toutes aussi épanouissantes.

Témoignages

Noélie*, 25 ans: «Je n’osais pas expliquer aux hommes comment me toucher»

«J’ai commencé à me masturber tôt, dès l’âge de 7 ans environ. À cette époque, bien sûr, je ne savais pas mettre des mots sur ce que je faisais. Mais me caresser me faisait du bien, alors je le faisais régulièrement lorsque j’étais seule dans ma chambre. Je n’ai jamais ressenti de culpabilité, cela me semblait naturel.

Vers 14 ans, lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux garçons, j’ai senti que le désir pour quelqu’un et ces sensations agréables pouvaient être associés. Au fil de mes explorations solitaires, j’ai fini par découvrir l’orgasme. Une explosion de sensations délicieuses. Pourtant, lors de mes rapports sexuels avec les hommes, je n’arrivais pas à retrouver ce plaisir. Je n’osais pas leur dire comment me toucher, j’avais peur de les vexer ou d’instaurer un malaise.

Par la suite, j’ai eu des relations amoureuses avec des femmes et c’était très différent. J’ai eu l’impression de découvrir «le vrai sexe». Forcément, puisque leur corps était semblable au mien, elles savaient comment me faire du bien. Et puis, cette fois, j’avais de vrais sentiments. Ça aide! Aujourd’hui, j’ai à nouveau des rapports sexuels avec des hommes, mais c’est différent.

J’apprends à verbaliser, à leur expliquer ce que j’aime. L’important reste de bien connaître son propre corps pour mettre des mots sur ses envies et guider son partenaire. Et puis cela peut paraître étrange, mais je viens tout juste de réaliser que les hommes aussi peuvent avoir du plaisir sans éjaculer. Je crois que cela m’a un peu réconciliée avec eux.»

    

Clément*, 48 ans: «J’avais une image “sage” des filles»

«J’ai longtemps eu un rapport un peu compliqué avec le plaisir féminin. Ma première copine qualifiait beaucoup d’actes sexuels de “dégradants”, ne se masturbait jamais et était plutôt mal à l’aise lorsque nous parlions de sexualité. Du coup, je n’ai jamais tellement osé parler de mes fantasmes. J’avais toujours peur de la brusquer, de la choquer.

Lors de mes relations suivantes, un schéma semblable s’est répété. J’avais une image “sage” des filles et, au fond de moi, toujours la peur de passer pour quelqu’un d’irrespectueux en parlant de mes désirs sexuels.

Il y a quelques années, pourtant, j’ai rencontré une femme qui a complètement changé mon regard. Très à l’aise avec son corps, elle m’a parlé franchement et m’a rapidement fait part de ses envies. Ensemble, nous avons pu explorer plein d’aspects de la sexualité. Elle m’a appris beaucoup de choses, notamment comment la faire jouir. J’ai trouvé formidable qu’elle prenne le temps de m’expliquer ce qu’elle aimait. Jusqu’ici, je n’osais pas vraiment parler pendant les rapports sexuels par exemple, et encore moins utiliser des mots crus.

Avec elle, j’ai petit à petit appris à me libérer, à mettre des mots sur les sensations et à oser lui poser des questions. Je suis désormais fasciné par l’orgasme féminin. Il me paraît si profond, subtile et multiple…»

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*Prénoms d’emprunt.

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Paru dans le hors-série « Votre santé », Le Nouvelliste/La Côte, Novembre 2019.

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