Sexualité: l’orgasme (féminin) par le bout du nez

Dernière mise à jour 21/11/12 | Article
Sexualité: l’orgasme (féminin) par le bout du nez
Un «Viagra pour dames» fait actuellement l’objet d’un essai clinique de phase II. On teste sur des volontaires une dose de testostérone qui doit être inhalée cent vingt minutes avant l’acte. Et agir durant six heures de rang. Mais encore?

Qu’il soit un cap, un roc ou une péninsule on consomme généralement assez peu de chose par l’entremise de son appendice nasal. Quelques médications de faible envergure en période hivernale sans doute; nettement plus rarement des substances que prisent certains mais dont la loi interdit l’usage et que la morale réprouve. La situation va peut-être bientôt évoluer. Plusieurs titres de la presse anglo-saxonne viennent de faire état d’un essai clinique concernant une nouvelle spécialité pharmaceutique a priori destinée aux femmes ayant des difficultés plus ou moins prononcées pour atteindre le stade de l’orgasme. Le produit est destiné à l’inhalation. Il ferait effet durant une période de six heures et devrait être auto-administré deux heures avant les prolégomènes. Sans surprise ni originalité le Tefina (c’est son futur nom commercial) a été qualifié de «Viagra féminin». Et voici une entreprise qui, après bien d’autres tentatives, nous conduit tous et toutes à réfléchir aux points communs (et aux différences) entre les dysfonctionnements sexuels masculins et les féminins.

Un produit à base de testostérone

La nouvelle spécialité pharmaceutique expérimentale en cours d’expertise est élaborée par la société canadienne Trimel Pharmaceuticals. Cette dernière a développé une nouvelle technique permettant de délivrer à l’intérieur de l’organisme certains produits médicamenteux déposés sous forme de gel sur les faces internes de la cloison nasale. En l’occurrence, il s’agit aujourd’hui d’un gel à base de testostérone. Passant dans le flux sanguin, la testostérone aurait (schématiquement) pour effet une « augmentation du désir sexuel » et une «augmentation du flux sanguin vers les organes génitaux», sans que l’on puisse ici préciser qui est l’œuf et qui sont les poules. L’une des promotrices de l’essai (Susan Davis, Monash University, Australie) a expliqué que son équipe avait déjà démontré que chez les femmes nourrissant (souffrant) de faibles appétits sexuels l’administration de testostérone, hormone mâle, était de nature à stimuler les excitations propices au désir mais aussi à améliorer leurs capacités à atteindre le stade orgasmique.

Une des idées expliquant cette approche est que la diminution des taux sanguins d'androgènes avec l’âge joue sur  l'humeur, la densité minérale du squelette, la répartition des graisses du corps mais a également des effets centraux et périphériques sur la fonction sexuelle; un phénomène pour partie inversé par l’apport de l’hormone testostérone.

Quand l’acte sexuel devient corvée

Susan Davis est actuellement en charge d’une étude de phase II menées en Australie et d’autres essais cliniques seraient également programmés aux États-Unis et au Canada. Pour Susan Davis, Tefina serait «tout particulièrement utile pour les femmes qui disent que le sexe est devenu plus une corvée qu'une expérience agréable». Il en irait de même selon elle pour les femmes qui ont des rapports sexuels avec leurs partenaires dans la seule optique de «maintenir une relation harmonieuse» alors même que ces rapports ne suscitent chez elles aucun intérêt réel.
Plusieurs observateurs estiment que cette nouvelle approche thérapeutique pourrait générer de substantiels profits sans pour autant résoudre les problèmes sous-jacents à la diminution de la libido féminine. On explique fréquemment, dans les milieux de la sexologie, que les relations sexuelles ont généralement pour effet de déstresser les hommes qui s’y adonnent alors que les femmes ont précisément besoin d’être déstressées pour s’y lancer au mieux. On dira ici, au choix que la Nature est bien faite ou, au contraire, qu’il y a là un vice originel qui complique la vie à tous et à toutes.

Pour ce qui est de l’apport de la testostérone dans le champ de la stimulation de la libido féminine, Tefina ne sera pas seule. Il lui faudra également compter avec Intrinsa qui dans les premières années de ce siècle avait vu le géant américain Procter & Gamble tenter d’occuper le créneau dans la foulée triomphale du Viagra et des autres «érectiles». Intrinsa était proposé sous forme de timbres transdermiques. Aux dernières nouvelles les ventes demeureraient confidentielles. Tout se passe comme si la diminution de la libido féminine (théorisée sous la formule «Hypoactive sexual desire disorder» ou HSDD) ne parvenait pas à percer. Ce qui ne veut certes pas dire que ce désir hypo-actif n’existe pas. Mais, plus simplement, qu’il fait peut-être moins souffrir que ce que pensent volontiers les sexologues et Big Pharma réunis.

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