Faut-il reconsidérer la contraception?

Dernière mise à jour 02/06/12 | Questions/Réponses
Faut-il reconsidérer la contraception?
Trois millions de grossesses indésirées aux Etats-Unis, 1,2 million d’avortements… Une étude montre que les contraceptifs à longue durée –stérilets, implants hormonaux– s’avèrent beaucoup plus efficaces que la pilule. Quelles implications pour les femmes en Suisse?

Aux Etats-Unis, une grossesse sur deux n’est pas désirée! Une incidence beaucoup plus élevée que dans les autres pays industrialisés. Le phénomène est particulièrement préoccupant chez les adolescentes. Toutes classes d’âge confondues, 50% des cas sont imputables à une mauvaise observance de la contraception. La grande majorité des femmes se fie à la pilule. Pourtant, une étude prospective parue dans le New England Journal of Medicine1 montre que les contraceptifs à longue durée –stérilets, implants hormonaux– s’avèrent beaucoup plus efficaces. Des méthodes peu utilisées et que l’on préfère éviter chez les jeunes. Faut-il revoir notre façon d’envisager la contraception? L’avis de Dorothea Wunder, médecin-cheffe de l’unité de médecine de la reproduction et d’endocrinologie gynécologique au CHUV.

Trois millions de grossesses indésirées aux Etats-Unis, 1,2 million d’avortements… Les chiffres sont-ils aussi impressionnants en Suisse?

Dorothea Wunder: Non, le taux de grossesses non désirées en Suisse est particulièrement bas: 6,8 cas pour mille femmes par an. En comparaison européenne, il y a 20,8 cas pour mille en Suède et dix-sept pour mille en Grande-Bretagne.

L’étude américaine sur l’efficacité de la contraception à longue durée présente-t-elle un intérêt pour les femmes en Suisse?

Oui, car elle nous oblige à reconsidérer notre manière de concevoir la contraception. Cette étude montre clairement que l’on peut diminuer de moitié le risque de grossesse non désirée en optant pour un contraceptif à longue durée. L’effet est encore plus marqué chez les moins de 21 ans. Lorsqu’il faut penser à prendre sa pilule, à changer son anneau contraceptif, son patch ou même à renouveler une injection hormonale, il y a des oublis. En particulier dans les populations à risque, comme les très jeunes femmes et les personnes de milieux défavorisés.

Le stérilet n’est-il pas déconseillé aux jeunes?

Cette méthode repose sur un dispositif intra-utérin, ayant une double action contraceptive. Le stérilet agissant à la fois contre les spermatozoïdes et, s’il y a malgré tout fécondation, contre la nidification de l’ovule fécondé. La réticence des médecins à poser un stérilet chez de jeunes femmes est liée à la crainte d’une infection des trompes, qui pourrait éventuellement aboutir à une stérilité. Toutefois, une lecture attentive de la littérature montre que ces craintes ne sont pas fondées. Pour autant que le stérilet soit bien posé, et que l’on prenne certaines précautions évidentes. Comme de ne pas le poser pendant une infection, ou encore trop rapidement après un accouchement.

Et les implants hormonaux, sont-ils sans danger?

Il s’agit de bâtonnets hormonaux placés sous la peau. L’effet dure trois ans. Comme ces hormones circulent en permanence dans tout le corps, il peut y avoir des effets secondaires; prise de poids, état dépressif. Il faut faire une incision dans la peau pour placer l’implant et pour le retirer. Parfois, le retrait s’avère difficile, tant l’implant s’est collé aux tissus, et il faut l’enlever en salle d’opération. Pour ma part, je trouve ce système beaucoup plus invasif que le stérilet, qui, lui, est très facile à retirer en tout temps.

Les dernières générations de pilules contraceptives ont suscité la polémique. Est-ce la fin de cette méthode?

La pilule reste le premier moyen de contraception. Celles qui contiennent de la drospirénone (type Yasmin) augmentent en effet le risque de thrombose artérielle et veineuse par rapport à celles qui contiennent du lévonorgestrel (Microgynon). Mais chez les femmes de moins de 35 ans, sans cofacteurs comme le tabagisme, le diabète ou d’autres maladies, le risque absolu est très faible. Pour celles qui souffrent d’un syndrome prémenstruel et désirent une contraception, cette pilule constitue une excellente solution. C’est très individuel. Dans ce contexte, il est intéressant de reconsidérer la contraception sur la longue durée.

___________

1. NEJM, May 24, 2012. www.nejm.org

  

    

Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

A LIRE AUSSI

Chlamydia
Sexe oral: un plaisir qui n'est pas sans conséquences

Sexe oral: un plaisir qui n'est pas sans conséquences

Plaisir sexuel très apprécié par beaucoup d’hommes, la fellation pratiquée sans préservatif peut toutefois...
Lire la suite
Pilule d'urgence
Contraceptif d'urgence

La pilule d’urgence en dix questions

Autrefois connue sous le nom de «pilule du lendemain», la contraception d’urgence permet, si elle est...
Lire la suite
Pilule contraceptive
Mon premier rendez-vous chez le gynécologue

Mon premier rendez-vous chez le gynécologue

Il suscite de nombreuses questions, craintes et fantasmes auprès des adolescentes. Le premier rendez-vous...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet

Un autre choix que la pilule?

Inventaire et conseils autour des moyens de contraception longtemps éclipsés par la pilule.
pillule contraceptive

Tu prends la pilule?

S’il existe de nombreuses méthodes contraceptives, il existe aussi une variété de pilules. En définitive, pourquoi choisir la pilule aujourd’hui et laquelle ?
Les promesses de l’implant contraceptif électronique

Les promesses de l’implant contraceptif électronique

Soutenue par la Fondation Bill et Melinda Gates, la start-up américaine MicroCHIPS a mis au point un dispositif contraceptif implantable. Développé pour être utilisé pendant seize ans, il peut également être activé et désactivé facilement grâce à une télécommande.
Videos sur le meme sujet

Désirs d'enfants: la difficile conception

Parfois, avoir un enfant s'avère impossible. Cette émission se penche sur les couples qui souffrent de ne pas pouvoir procréer.

Cancer du sein: dépister pour mieux soigner

Cancer le plus fréquent chez la femme, surtout après 50 ans, le cancer du sein touche les femmes dans leur intégrité et a une connotation particulière. L'antidote nous aide à faire la lumière sur cette maladie.

Le retour de la syphilis et autres infections sexuellement transmissibles

Depuis quelques temps, on assisite à une recrudescence des Infections Sexuellement Transmissibles (IST), dont la syphilis. Le point sur cette tendance.