Grands prématurés: les troubles spécifiques à repérer au plus vite

Dernière mise à jour 05/05/14 | Article
Grands prématurés: les troubles spécifiques à repérer au plus vite
Les enfants nés très prématurément (moins de 32 semaines de gestation) peuvent présenter des troubles affectant motricité, apprentissage et comportement. Une prise en charge précoce et spécifique est cruciale pour améliorer leur devenir.

Parfois les parents doivent faire face à l’arrivée d’un bébé né avant l’heure, et dont la survie ne tient d’abord qu’à un fil. Ces dernières années, les progrès de la prise en charge obstétricale et des soins intensifs prodigués en néonatalogie ont permis un accroissement des chances de survie de ces enfants nés avant terme. Mais la prématurité (naissance avant 37 semaines de gestation) reste associée à un risque accru de pathologies précoces et à des complications à long terme.

Les grands prématurés, enfants nés avant 32 semaines de gestation*, sont les plus à risque: entre 30 et 50% d’entre eux présentent des troubles pouvant avoir des conséquences sur leur scolarité, leur formation et leur vie d’adultes.

Les facultés motrices, le développement cognitif et l’évolution du comportement sont trois axes sur lesquels se mobilisent l’évaluation développementale et la prise en charge médicale.

Troubles moteurs

En ce qui concerne les atteintes au niveau des facultés motrices, 35% des enfants de moins de 1500 g à la naissance sont victimes de troubles moteurs transitoires, se dissipant après la première année. A noter une autre pathologie particulièrement répandue: le trouble d’acquisition de la coordination. Ce trouble affecte la motricité globale, la motricité fine, l’équilibre et les aspects visuo-moteurs de l’enfant. Elle interfère sur les performances scolaires, les activités de la vie quotidienne, ainsi que la socialisation. Sa mise en lumière précoce est donc essentielle.

La forme la plus sévère et invalidante de ces troubles moteurs est la paralysie cérébrale, causée par des lésions des voies motrices. Associée souvent à des troubles cognitifs ou sensoriels, la paralysie cérébrale se retrouve chez 15% des enfants nés entre 23 et 27 semaines de gestation (SG), 6% de ceux nés entre 28 et 31 SG, contre 0,1% pour les enfants nés à terme (39 SG).

Refus face aux puzzles, jeux de construction, dessin

Le développement cognitif des enfants nés très prématurément est lui aussi suivi de près. Il est évalué par la mesure du quotient intellectuel (QI). De larges études ont permis de montrer la relation entre âge gestationnel, poids de naissance, infections chez le nouveau-né, dépendance prolongée à l’oxygène, milieu social défavorisé et QI.

Si un retard mental est constaté chez 21% des enfants nés avant 25 semaines de gestation (contre 3% des enfants nés à terme), une majorité d’enfants prématurés présente un QI dans la norme à l’âge scolaire. Malgré cela, ils rencontrent deux à dix fois plus fréquemment des troubles spécifiques, touchant le langage, la logique, les mathématiques. L’analyse visuo-spatiale est également souvent perturbée, ce qui se manifeste très tôt dans le choix des jeux de l’enfant, qui refuse puzzles, jeux de construction et surtout dessin. En l’absence de prise en charge, ces difficultés peuvent avoir des répercussions scolaires dans tous les domaines, avec un impact majeur sur les résultats et l’estime de soi.

Causes multifactorielles

Les enfants et adolescents prématurés sont exposés à un risque élevé de difficultés comportementales. Parmi elles: les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA-H), les difficultés sociales et les troubles psychiatriques. L’étude française Epipage a suivi 1000 enfants de trois ans, nés à moins de 33 semaines de gestation, et un groupe d’enfants du même âge, nés à terme. Ses résultats? Les enfants grands prématurés avaient significativement plus de troubles du comportement: 20% vs 9% pour le trouble global du comportement, 20% vs 11% pour l’hyperactivité, 15% vs 10% pour les troubles émotionnels, 14% vs 7% pour les troubles relationnels avec les pairs, et 15% vs 11% pour les troubles du comportement social. Ces mêmes manifestations étaient retrouvées à l’âge de cinq ans.

L’origine de ces troubles est souvent multifactorielle: immaturité cérébrale, lésions cérébrales spécifiques, instabilité physiologique, séparation maternelle lors d’un long séjour à l’hôpital, etc. D’autres facteurs environnementaux, tels que le niveau socio-économique, l’environnement familial, l’anxiété parentale ou la dépression maternelle, influent sur le développement ultérieur des enfants prématurés.

Au vu de ces prédispositions, la prise en charge revêt un caractère déterminant pour l’enfant et son avenir personnel, professionnel et social. Passés les soins vitaux des premières semaines, la sortie de l’hôpital s’organise donc autour d’un suivi neuro-développemental spécialisé, par le biais de physiothérapie, suivi à domicile jusqu’à l’entrée à l’école, ergothérapie, orthophonie et éventuelle prise en charge pédopsychiatrique.

Face à ce qui est aujourd’hui un véritable problème de santé publique, des études de cohortes nationales (Swiss Neonatal Network and Follow-Up Group, Epipage en France, EPIcure au Royaume-Uni, etc.) se mettent en place pour sans cesse mieux connaître et prendre en charge les enfants prématurés.

* 1% des naissances en Suisse en 2010.

Référence

Adapté de «Devenir et prise en charge des enfants grands prématurés», Dr Myriam Bickle Graz, Dr Christopher Newman, Lausanne, Dr Cristina Borradori-Tolsa, Genève, in Revue médicale suisse, 2014;10:450-3. En collaboration avec les auteurs.

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