Les enjeux du diagnostic préimplantatoire

Dernière mise à jour 11/12/12 | Article
Les enjeux du diagnostic préimplantatoire
Totalement interdit en Suisse, le diagnostic préimplantatoire (DPI) pourrait y être autorisé dans un futur proche, mais avec d’importantes restrictions.

De nombreux couples ont recours à la fécondation in vitro. Lorsqu’ils sont porteurs de maladies génétiques connues, comme la mucoviscidose, ils aimeraient éviter de transmettre cette maladie à leur enfant. Ils voudraient pouvoir effectuer les tests nécessaires au tout début du développement de l’embryon en laboratoire (in vitro), lorsqu’il ne compte encore que cinq cellules, pour ensuite déterminer s’il doit être implanté ou non – ce qu’on appelle le diagnostic préimplantatoire ou DPI. Or, ces investigations sont interdites en Suisse, alors même qu’elles sont possibles dans de nombreux pays qui nous entourent, à l’exception de l’Autriche et de l’Italie.

Une alternative lourde

Pour les couples concernés, l’alternative est lourde, risquée, et psychologiquement éprouvante: en effet, ils doivent alors recourir à un diagnostic prénatal, qui consiste en un prélèvement in utero, après dix à 22 semaines de grossesse, selon la technique employée. Ces interventions, relativement invasives, peuvent provoquer une fausse-couche dans un cas sur cent. Si elles révèlent que le fœtus est atteint d’une maladie grave, la femme devra alors décider si elle veut avorter. Aujourd’hui en Suisse, on peut effectuer une très vaste gamme de dépistages sur le fœtus in utero, et avorter le cas échéant. Cette liberté contraste avec l’interdiction absolue de tester l’embryon de quelques cellules en laboratoire!

Cette situation absurde, qui prévaut aussi en Italie, a amené la Cour européenne des droits de l’homme à en dénoncer l’incohérence. Elle a en effet donné raison à un couple italien, dont la femme et l’homme étaient porteurs sains de la mucoviscidose. Après la naissance d’une fille atteinte de mucoviscidose, puis un avortement décidé après un diagnostic prénatal (in utero), le couple voulait recourir à la procréation médicalement assistée, puis à un diagnostic préimplantatoire in vitro, pour éviter à nouveau ces expériences douloureuses. Face à l’interdiction italienne du DPI, ils ont saisi la Cour de Strasbourg et, à l’unanimité des juges saisis, obtenu gain de cause. Pour la Cour, il est illogique d’admettre la destruction d’une vie à un stade tardif, à savoir le fœtus in utero, avec toutes les conséquences émotionnelles et médicales pour la mère (et le père) – et de l’interdire à un stade très précoce, celui de l’embryon in vitro.

La Suisse revoit son jugement

«Le diagnostic préimplantatoire est interdit en Suisse, alors même qu’il est possible dans de nombreux pays européens.»

Depuis 2004, la Suisse a entrepris de réviser le droit en la matière. L’arrêt de la Cour de Strasbourg ne peut que l’inciter à aller de l’avant. Les dernières propositions du Conseil fédéral, qui datent de juin 2011, prévoient d’autoriser le diagnostic préimplantatoire, mais à des conditions plutôt restrictives. Ainsi, il ne sera admis que pour écarter «le risque de transmission d’une prédisposition à une maladie grave, qui se déclare avant l’âge de 50 ans, et pour laquelle il n’existe aucune thérapie efficace et appropriée». De plus, le couple devra affirmer ne pas être en mesure d’assumer la naissance d’un enfant atteint d’une telle maladie.

Pourquoi de telles restrictions? Il s’agit d’empêcher le recours au diagnostic préimplantatoire pour détecter des maladies jugées moins graves, des maladies non-héréditaires comme la trisomie 21, ou encore, ce qui se comprend mieux, pour sélectionner le sexe de l’enfant, la couleur de ses yeux, voire son QI...

Ces restrictions du projet de loi amènent toutefois à s’interroger sur l’incohérence déjà dénoncée par la Cour européenne des droits de l’homme: pourquoi pourrait-on diagnostiquer par DPI la mucoviscidose, mais pas la trisomie 21? Et par conséquent, pourquoi obliger une femme à attendre plusieurs semaines de grossesse, avec l’angoisse qu’on imagine, pour obtenir ce résultat par diagnostic prénatal, et le cas échéant, avorter?

Cette préférence pour la destruction d’un fœtus de plusieurs semaines dans le corps de la femme, plutôt que celle d’un embryon de quelques jours en laboratoire, paraît paradoxale. En 2010, en Suisse, 2 000 embryons ont été détruits faute de pouvoir être implantés; la même année, il y a eu plus de 11000 interruptions de grossesse.

Source

Un article paru dans la Jusletter.

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