L’alimentation de la femme enceinte influe sur les futures défenses immunitaires du bébé

Dernière mise à jour 27/10/16 | Article
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Le microbiote fait une nouvelle fois la Une: des médecins américains montrent aujourd'hui qu'une alimentation très grasse chez la future mère affaiblirait le microbiote intestinal de son bébé et influencerait ses futures défenses immunitaires.

On comprend chaque jour un peu mieux le rôle que peut jouer le microbiote, cette colonie de 90 000 milliards de bactéries peuplant surtout notre intestin mais aussi la peau, les gencives, les narines ou le nez. Ce microbiote joue de multiples rôles dans l'organisme, qu'il s'agisse de la prévention de certaines maladies graves comme le diabète, du pilotage de notre système de défense contre les maladies, ou encore de sa capacité de pilotage de divers mécanismes cérébraux.

Sachant le rôle critique que peut jouer ce microbiote dans le développement de l'organisme, il a paru intéressant à un groupe de médecins américains du Baylor College of Medicine de Houston (Texas) d'étudier l'éventuelle influence de l'alimentation d'une femme enceinte sur le microbiote de son futur enfant. On sait en effet aujourd'hui que l'environnement in utero n'est pas stérile comme on le pensait naguère, et qu'une partie du microbiote est déjà présente dans le placenta ainsi que dans le liquide amniotique.

Les chercheurs texans ont donc décidé de suivre près de 160 femmes enceintes et d'étudier les micro-organismes portés par leur progéniture dès leur naissance, afin de voir dans quelle mesure ce que mangeaient les futures mères, durant leur grossesse et pendant l'allaitement, allait influencer la qualité du microbiote de leurs bébés. Mieux: s'inspirant d'une étude qu'ils avaient eux-mêmes menée sur un modèle de primates, ils ont choisi de concentrer spécifiquement leur investigation sur la densité calorique et le contenu en graisses des aliments ingérés par les mamans.

Un questionnaire très fouillé

C'est ainsi que les chercheurs ont tout d'abord sélectionné un groupe de 81 femmes enceintes, représentatif de la population générale, dans le but de suivre leur alimentation dès le 3e trimestre de la grossesse et jusqu'à quelques semaines après l'accouchement. Parallèlement, 82 autres «paires» mère-enfant, de caractéristiques identiques au premier groupe, allaient constituer un groupe de référence. Ainsi, compte tenu de 2 abandons et de 4 accouchements qui ont finalement eu lieu ailleurs, les chercheurs ont disposé pour leur étude d'une cohorte de 157 mères-enfants.

Ces 157 femmes enceintes ont dû répondre, en présence de l'un des investigateurs, à un questionnaire extrêmement fouillé d'une trentaine de chapitres concernant la composition de leur alimentation et la fréquence à laquelle elles consommaient tel ou tel aliment. Cela allait de la présence éventuelle d'un régime spécial à la plus ou moins grande consommation de lait ou de produits laitiers dans leur alimentation quotidienne, en passant par la place du café, des jus de fruits, des sodas, des céréales, ou encore de divers plats de pommes de terre. La présence plus ou moins importante de fruits et de légumes n'était pas oubliée, pas plus que celle des pâtes, du riz, de la viande, ou encore du fromage.

Bref: les investigateurs disposaient à la fin d'une connaissance assez poussée de l'alimentation de ces futures mères, et de la quantité de matières grasses ingérées. Ils ont alors choisi de constituer deux groupes suffisamment distincts, avec les mères se situant aux deux extrêmes de la consommation de graisses. Réunissant 13 mères chacun, ces deux groupes (nourriture peu ou très grasse) allaient permettre de tirer des conclusions sur l'impact de l'alimentation durant la grossesse.

Des bactéries majeures

En ce qui concerne le microbiote des nouveau-nés, les chercheurs ont procédé, 24 à 48 heures après l'accouchement, au prélèvement des premières selles (méconium) du nourrisson, opération qui allait être renouvelée après 4 à 6 semaines. Ces échantillons allaient donner lieu à une analyse poussée, grâce à un profilage ADN destiné à identifier les diverses espèces de bactéries qui les composaient, et donc indirectement à déterminer leur qualité.

Ainsi, en passant en revue les 103 espèces de bactéries différentes retrouvées dans au moins 10% des échantillons analysés, les chercheurs ont été frappés de constater que l'abondance relative de plusieurs espèces semblait être directement corrélée à une alimentation plus ou moins grasse des futures mères. Et plus exactement qu'un régime très riche en graisse de la mère se traduisait, dans le microbiote du nourrisson, par une concentration plus élevée d'Entérocoques et par une pauvreté notable en Bactéroides. Dans le prélèvement effectué à 6 semaines, c'étaient surtout quatre espèces de bactéries qui présentaient des abondances significativement différentes, mais seule la concentration très faible en Bactéroides pouvait être sérieusement corrélée à une alimentation très grasse de la mère.

Avis aux futures mères

Et c'est bien là l'enseignement majeur de cette étude, publiée dans la revue Genome Medicine: dans la mesure où ces bactéries Bactéroides jouent un rôle déterminant, une réduction sensible de leur concentration chez le nouveau-né peut avoir durablement des conséquences néfastes pour le développement de son système immunitaire. Les polysaccharides fabriqués par ces bactéries stimulent en effet la production de cytokines anti-inflammatoires, et contribuent à assurer une bonne immunité au niveau de la muqueuse gastrique. En outre, comme ces Bactéroides participent directement à l'extraction de l'énergie disponible dans l'intestin, leur raréfaction peut entraver le rapide développement de l'enfant.

Il est donc capital –écrivent en conclusion les auteurs de l'étude– que les futures mères adoptent, même avant leur grossesse, de saines habitudes alimentaires si elles veulent assurer à leur progéniture des bénéfices à long terme.

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Références

Derrick M. Chu et al. Genome Medicine 2016 8:77, “The early infant gut microbiome varies in association with a maternal high-fat diet”.

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