Placenta praevia et accreta: deux situations à risque

Dernière mise à jour 12/06/19 | Article
Les anomalies du placenta sont des complications rares mais potentiellement graves pour la santé de la mère et de son enfant. Les explications d’une spécialiste.

Durant neuf mois, le placenta assure les échanges entre la mère et l’enfant et permet au fœtus de recevoir l’oxygène et les nutriments nécessaires à son développement. Lorsque tout va bien, il s’implante dans le corps de l’utérus, sur la couche interne de l’endomètre, et est expulsé après la naissance du bébé. Seulement parfois, sa localisation ou la profondeur de son implantation posent problème et sont source de complications pour la mère et l’enfant. Les placentas praevia et accreta sont deux exemples d’anomalies placentaires. Un diagnostic précoce et une prise en charge pluridisciplinaire sont indispensables pour sécuriser l’accouchement et éviter des conséquences maternelles et néonatales graves. Mais de quoi s’agit-il exactement?

Placenta praevia

Lors de l’ultrason de contrôle du début de grossesse, on remarque chez certaines femmes que le placenta est inséré bas dans l’utérus. A ce stade, pas de quoi s’alarmer. En effet, dans la plupart des cas, le placenta remonte au fur et à mesure que la grossesse avance, libérant ainsi le col de l’utérus. Dans certaines situations toutefois, il reste dans la partie inférieure de l’utérus, recouvrant partiellement ou complètement le col. On parle alors de placenta praevia. Un tel scénario est à prendre au sérieux en raison du risque hémorragique, au cours de la grossesse et lors de l’accouchement, et des complications materno-fœtales qui en résultent. Ainsi placé, le placenta empêche le passage du bébé par voie vaginale, ce qui nécessite le recours à la césarienne.

Plusieurs facteurs de risque peuvent être évoqués. Toute intervention sur l’utérus peut occasionner des lésions et entraîner une telle anomalie. En effet, les antécédents de césarienne, mais aussi les traitements de fertilité (en particulier la fécondation in vitro ou FIV), une interruption volontaire de grossesse ou l’ablation de fibromes endocavitaires augmentent les risques de placenta praevia. Le tabagisme serait aussi en cause. Un placenta bas, associé à la présence de ces facteurs de risque et à la survenue de saignements (en deuxième partie de grossesse surtout), doit alerter et entraîner une vigilance médicale accrue. Lors des contrôles, des ultrasons permettront de vérifier le positionnement du placenta, de mettre en place les mesures nécessaires (réduction de l’activité physique par exemple) et de déterminer le moment de l’accouchement. Si les saignements sont importants, la césarienne devra être programmée plus tôt (à savoir qu’un accouchement prématuré est plus à risque pour l’enfant). L’intervention d’une équipe pluridisciplinaire bien préparée (médication pour juguler les saignements, réserve de sang en vue d’éventuelles transfusions, etc.) est indispensable pour minimiser les dangers pour la mère et le bébé.

Placenta accreta

Plus rarement, le placenta s’implante si profondément dans l’utérus qu’il se détache difficilement ou pas du tout après la naissance du bébé. Là aussi, les équipes médicales ont un grand rôle à jouer dans la détection (ultrasons, IRM) de cette anomalie appelée placenta accreta et dans l’évaluation de sa sévérité (touche la vessie, traverse la paroi utérine, par exemple). «Le pire est de s’en apercevoir au moment de l’accouchement», déclare la professeure Begoña Martinez de Tejada, médecin-cheffe du Service d’obstétrique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). La présence d’un placenta praevia, un utérus cicatriciel (césarienne, myomectomies, curetages, etc.) ou d’autres facteurs de risque (FIV, malformations utérines, etc.) augmentent l’incidence de placenta accreta. Là aussi, les risques d’accouchement prématuré et d’hémorragie sont élevés. «Le placenta est un organe très vascularisé. Si on essaie de le détacher de l’utérus, on expose la femme à des risques d’hémorragie importants», déclare la spécialiste. L’accouchement se fait alors toujours par césarienne. Aussi, on pratique le plus souvent une hystérectomie (ablation de l’utérus) au moment de la césarienne ou quelques semaines plus tard pour préserver la santé de la mère.

Un traitement conservateur, qui consiste à laisser le placenta et à attendre de voir s’il se résorbe tout seul (processus qui peut prendre jusqu’à neuf mois), est possible, mais avec un risque d’infection, d’hémorragie sévère et même de décès. «On peut aussi décider de n’enlever que la partie de l’utérus où le placenta est accroché, mais seulement chez certaines patientes très sélectionnées», conclut la spécialiste.

Prévention

Si les placentas praevia et accreta sont des complications rares, elles sont toutefois en augmentation ces dernières années (1/250 accouchements pour le placenta praevia et 1/500-730 pour le placenta accreta).

Les antécédents de césarienne sont un des facteurs de risque connus de ces anomalies placentaires. Le message est clair: «Il faudrait éviter le plus possible la première césarienne, surtout s’il n’y a aucune indication médicale, afin de minimiser les risques sur les grossesses futures», déclare la Pre Begoña Martinez de Tejada, médecin-cheffe du Service d’obstétrique des HUG. Position du bébé en siège, grossesse gémellaire, antécédent de césarienne, bébé trop gros, etc. Dans ces situations, une discussion avec le médecin est indispensable pour évaluer les risques et déterminer si l’accouchement par voie basse est néanmoins possible.

_______

Paru dans Planète Santé magazine N° 34 - Juin 2019

A LIRE AUSSI

Interruption de grossesse (IVG)
Avortement: la méthode médicamenteuse est la plus recommandée

Avortement: la méthode médicamenteuse est la plus recommandée

Les femmes voulant mettre un terme à une grossesse non désirée ont deux méthodes à disposition jusqu’à...
Lire la suite
Accouchement
accouchement_declencher_attendre

Accouchement: faut-il le déclencher ou l’attendre?

Parfois indispensable pour préserver la santé de la mère et de l’enfant, le déclenchement de l’accouchement...
Lire la suite
Interruption de grossesse (IVG)
Interruption volontaire de grossesse: la loi suisse respecte la liberté de décision de la femme

Interruption volontaire de grossesse: la loi suisse respecte la liberté de décision de la femme

La Suisse a légalisé l’avortement en 2002. Depuis, une femme enceinte malgré elle peut librement décider...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
accouchement_quete_position_ideale

Accouchement: à la quête de la position idéale

Une équipe du CHUV et de l’EPFL tente de déterminer la position optimale pour donner naissance. De nombreux progrès peuvent encore être réalisés, selon les spécialistes.
PULS_don_membrane

Des patchs de membrane amniotique pour réparer les cornées

Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), les femmes enceintes chez qui une césarienne a été planifiée pourront intégrer un programme de don de membrane amniotique.
accouchement_declencher_attendre

Accouchement: faut-il le déclencher ou l’attendre?

Parfois indispensable pour préserver la santé de la mère et de l’enfant, le déclenchement de l’accouchement est une intervention courante. Toutes les circonstances ne le justifient pourtant pas.
Videos sur le meme sujet

Accoucher sans violences

Mettre son enfant au monde à l’hôpital est présenté comme la solution la plus sûre, et pourtant une femme sur trois se dit traumatisée au lendemain de son accouchement. Aujourd’hui, les femmes osent prendre la parole et revendiquent la maîtrise de ce moment inoubliable.

Un robot accoucheur plus vrai que nature

Un robot qui accouche d’un bébé-robot… c’est l’aventure un peu surréaliste à laquelle vous fait assister Anne Baecher.

Césariennes : la Suisse championne du bistouri

En matière d’accouchement, la Suisse est championne du bistouri.