Les cœurs des personnes stressées sont plus sensibles que la moyenne

Dernière mise à jour 08/07/13 | Article
Les cœurs des personnes stressées sont plus sensibles que la moyenne
Les personnes stressées qui pensent que le stress n’est pas une bonne chose ont raison: elles ont deux fois plus de risque que la moyenne de faire une crise cardiaque.

Le stress n’est pas une notion simple à définir.Ce terme nous vient de l’anglais où il renvoie à un effort d’une particulière intensité. Mais ce terme anglais viendrait lui-même de deux mots du vieux français:destresse(contrainte, affliction, détresse) etestrece(étroitesse, oppression). Le stress, qui pour compliquer les choses est à la fois l’agression et la réponse à cette même agression, peut rapidement devenir une situation très négative.

Angoisse, manifestations cutanées…

Une étude vient d’apporter de nouvelles lumières.1 Ces derniers temps plusieurs études ont montré à quel point le stress pouvait avoir des effets négatifs sur l’organisme: le dérèglement chronique de certaines fonctions pouvait conduire à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, d’hypertension artérielle, voire de diabète de type 2. Cette «affection» est reconnue aujourd’hui comme pouvant générer de nombreux problèmes de santé. Face à des situations jugées stressantes et pour laquelle aucune solution ne peut être trouvée, plusieurs symptômes physiques, émotionnels, comportementaux peuvent apparaître, comme une angoisse, des difficultés de concentration, des manifestations cutanées, etc.

Des chercheurs de l’Institut national français de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont voulu aller plus loin. Ils ont travaillé en collaboration avec des spécialistes finlandais et anglais.

Fonctionnaires britanniques

Dirigé par Hermann Nabi («Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations» - Inserm) le groupe a mené un travail auprès de 7268 hommes et femmes de plus de 18 ans. Les chercheurs ont travaillé à partir de la cohorte Withehall II. Constituée en 1985, cette dernière est formée de plusieurs milliers de fonctionnaires britanniques. Elle contribue de façon majeure à la recherche en épidémiologie sociale et elle est considérée à l’échelon international comme l’une des principales sources de connaissance scientifique sur les déterminants sociaux de la santé. Elle a notamment déjà montré que les modifications physiologiques associées au stress peuvent avoir un effet néfaste sur la santé.

Ce travail a ici permis d’établir que les personnes qui croient que le stress affecte leur santé de manière importante ou excessive ont un risque multiplié par deux de souffrir d'une crise cardiaque, par rapport à celles qui ne le considèrent pas ainsi. Cet excès de risque demeure après correction des possibles biais (biologiques, psychologiques ou comportementaux) qui pourraient statistiquement influer ce résultat.

Pression artérielle, indice de masse corporelle

On a demandé aux participants dans quelle mesure ils estimaient que le stress ou les différentes formes de pression qu'ils pouvaient subir avaient une incidence sur leur santé. Ils pouvaient au choix répondre: «pas du tout», «peu», «moyennement», «beaucoup» ou «extrêmement». Les chercheurs ont ensuite classé les réponses en trois groupes: «pas du tout», «légèrement ou modérément» et «beaucoup ou extrêmement». Les participants ont également été interrogés sur leur perception du niveau de stress, ainsi que sur d'autres facteurs de style de vie qui pourraient influer sur leur état de santé, comme le tabagisme, la consommation d'alcool, l'alimentation et les niveaux d'activité physique. Différentes informations ont également été recueillies: médicales (pression artérielle, glycémie à jeun, indice de masse corporelle) et socio-économiques.

352 attaques cardiaques

Un suivi durant dix-huit ans a pu être effectué, au cours duquel 352 attaques cardiaques ou décès à la suite d'un infarctus du myocarde ont pu être recensés. «Cette analyse nous a permis de tenir compte des différences individuelles dans la réponse au stress», explique le Dr Nabi. L'association que nous avons observée entre la perception qu'a un individu de l'impact du stress sur sa santé et le risque de crise cardiaque était indépendante des facteurs biologiques, des comportements à risque et d'autres facteurs psychologiques.» Pour ce chercheur ce travail permet de conclure que la perception qu’ont les personnes de l'impact du stress sur leur santé a de grandes chances d'être juste.

Tenir compte des plaintes des stressé(e)s

C’est là une conclusion importante qui devrait, en toute logique, avoir de notables conséquences. «Le message principal est que les plaintes des patient(e)s concernant l'impact du stress sur leur santé ne devraient pas être ignorées par les médecins, estime le Dr Nabi. Ces plaintes peuvent en effet indiquer un risque accru de développer une maladie coronarienne ou d'en mourir. Les futures études de stress devraient inclure les perceptions des patients sur l’impact du stress sur leur santé».  

A l’avenir on peut imaginer que des essais cliniques permettront de déterminer si le risque de maladie peut être réduit en augmentant l’attention clinique portée à celles et ceux qui se plaignent d’un effet du stress sur leur santé. Hier on aurait pu estimer qu’une telle approche était quelque peu superflue. Tel n’est plus le cas aujourd’hui: les personnes qui «s’écoutent» ont à l’évidence de bonnes raisons de le faire. Reste à leur conseiller les différentes techniques qui permettent de composer avec les effets négatifs du stress, comme certaines techniques de relaxation, les activités physiques voire, dans le cas graves, l’aide de médicaments.

 

1. Cette étude vient d’être publiée dans la revue European Heart Journal. On en trouvera ici un résumé (en anglais).

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