L’endurance intensive: mauvaise pour la pompe!

Dernière mise à jour 20/01/12 | Article
Le coeur
Le sport, c’est bon pour la santé, en particulier pour la prévention des maladies cardio-vasculaires. L’adage est bien connu et sans cesse martelé, mais mérite d’être nuancé. Car certains sports peuvent aussi avoir des effets délétères sur le corps.

La pratique d’une activité d’endurance telle que le cyclisme, le marathon ou le ski de fond, de manière intensive et à long terme, pourrait provoquer des dommages sur la pompe cardiaque. De récentes études présentent en effet l’endurance comme un facteur de risque pour la fibrillation auriculaire.

La fibrillation auriculaire est la forme la plus fréquente d’arythmie cardiaque, une affection sévère, liée à une mortalité élevée. Habituellement, ce trouble survient chez le sujet âgé, en association avec des causes cardiaques, telles que l’hypertension artérielle, les vulvulopathies, l’insuffisance cardiaque, la maladie coronarienne etc., ou encore à des affections comme l’hyperthyroïdie, les infections aiguës ou l’embolie pulmonaire. Mais il arrive aussi que des patients de moins de 60 ans, qui ne présentent aucune anomalie cardiaque, soient touchés par ce trouble, qui se traduit principalement par des palpitations et une difficulté respiratoire. La fibrillation auriculaire sur cœur sain, dite idiopathique (ou en anglais lone AF), touche 2 à 10% de la population générale seulement.

Preuves à l’appui

Une première étude, menée à la fin des années nonante, a évalué la présence cette affection chez plus de deux cents coureurs d’orientation, d’une moyenne d’âge de 48 ans. Les coureurs ont été suivis pendant pas moins de dix ans. Au terme de cette période, il s’est avéré que douze d’entre eux présentaient une fibrillation auriculaire idiopathique (soit 5.3%), tandis que deux cas seulement ont été diagnostiqués dans le groupe contrôle (soit 0.9%) - des personnes en bonne santé qui ne pratiquaient pas la course d’orientation. Autre observation, le premier épisode d’arythmie est apparu, en moyenne, après 36 ans d’entraînement. Aux yeux des chercheurs, cette incidence est étonnamment élevée pour des sujets d’âge moyen n’étant pas particulièrement prédisposés à cette forme d’arythmie cardiaque. Plus probant encore, une analyse rétrospective sur des patients touchés par une lone AF a permis de relever que 63% d’entre eux pratiquaient une activité sportive régulière, à raison de plus de trois heures par semaine, alors qu’ils n’étaient que 15% chez des personnes sédentaires.

Cyclisme ou golf

Une autre recherche a comparé l’état de santé d’une soixantaine d’anciens cyclistes professionnels, ayant tous participé au moins une fois au Tour de Suisse entre 1955 et 1975, à des golfeurs qui n’avaient jamais participé à une telle compétition d’endurance. Tous étaient âgés de 66 ans en moyenne. Comme attendu par les scientifiques, les cyclistes avaient une fréquence cardiaque plus basse au repos. Fait plus intéressant encore, 10% d’entre eux présentaient une fibrillation auriculaire, surtout chez les cyclistes les plus entraînés, contre 0% chez les golfeurs ! La pratique du vélo à une intensité élevée a elle aussi des effets sur l’anatomie des coureurs les plus confirmés, puisque leur ventricule et oreillette gauches se sont avérés plus grands.

Dans une autre étude, ces chercheurs ont abouti à des conclusions identiques, en relevant par ailleurs que des facteurs indépendants, tels que la taille du patient et la grandeur de l’oreillette gauche (augmentée) prédisposaient à de plus fréquents épisodes de fibrillation auriculaire. L’intensité de la pratique sportive joue aussi un grand rôle, au même titre que le sexe, puisque les hommes entre 40 et 50 ans, après plusieurs décennies de pratique sportive soutenue et régulière, y sont davantage exposés.

Adaptation physiologique à l’effort

Les mécanismes physiologiques à l’origine de ce problème demeurent encore aujourd’hui largement inconnus. Certes, on sait que dans la population générale, que l’on soit ou non sportif, la dilatation de l’oreillette gauche prédit la survenue d’une lone FA. On sait aussi qu’un effort physique important augmente fortement les paramètres comme le débit cardiaque et la tension artérielle. A terme, le sport intensif entraîne donc une adaptation physiologique et anatomique, qui peut elle-même avoir des répercussions pathologiques, comme la survenue d’une fibrillation auriculaire, entre autres. Plusieurs travaux suggèrent de leur côté que des variations du système nerveux autonome pourraient être impliqués dans l’apparition et le maintien de ce trouble cardiaque.

Solutions thérapeutiques

Les symptômes accompagnant cette arythmie altèrent bien évidemment la qualité de vie des athlètes, au même titre que leurs performances sportives. Mais pour y faire face, l’arrêt ou la diminution du sport à un degré élevé sera malgré tout conseillé, en première intention. Si l'ablation par radiofréquence - servant à brûler les tissus responsables de la genèse de la fibrillation auriculaire - sera certainement à l’avenir le traitement de choix, car il permet une reprise de l’activité physique, pour l’heure, il n’y a pas de prise en charge type pour ce problème. En attendant, la réponse thérapeutique doit être adaptée à chaque individu en fonction de son âge, du type de fibrillation auriculaire et de l’acceptation quant à la prise de médicament quotidienne.

A LIRE AUSSI

Hypertension
Quand les reins fonctionnent mal

Quand les reins fonctionnent mal

L’insuffisance rénale chronique est une maladie grave, trop souvent ignorée des patients eux-mêmes car,...
Lire la suite
Hypertension
effets_hypertension_oeil

Les effets de l’hypertension artérielle sur l’œil

L’hypertension artérielle présente de nombreuses comorbidités, dont des atteintes ophtalmologiques. Observables...
Lire la suite
Hypertension
Les maladies du cœur

Les maladies du cœur

Les affections du système cardiovasculaire ne se limitent malheureusement pas au trop célèbre infarctus....
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
La concertation médicale pour mieux traiter les anomalies vasculaires

La concertation médicale pour mieux traiter les anomalies vasculaires

Les anomalies vasculaires sont des affections rares présentes dès la naissance. Elles sont dues à la prolifération anormale des cellules situées sur la paroi interne des vaisseaux (tumeurs vasculaires) ou à une altération structurelle des vaisseaux sanguins (malformations vasculaires). La concertation des professionnels de santé est gage d’une prise en charge réussie des patients présentant ces affections congénitales rares qui ne se manifestent parfois qu’à l’âge adulte.
Cardiologie: vers des stents biodégradables?

Cardiologie: vers des stents biodégradables?

Indispensables à court terme, ces implants permettant de garder ouverts les vaisseaux du cœur posent problème après un certain temps. La solution viendrait-elle de prothèses pouvant être résorbées par l’organisme?
Puls_defi_sportif_infarctus

Défi sportif après un infarctus

Une quarantaine de patients, victimes pour la plupart d’un infarctus du myocarde, s’est fixé un objectif de taille: effectuer à pied les 31 km du parcours de Sierre-Zinal. Un bel exemple de motivation.
Videos sur le meme sujet

Zoom sur les risques cardiovasculaires liés à la consommation de drogues

Charlie Dupiot se penche sur les risques sur la santé de la consommation de cocaïne, de cannabis et d'amphétamine. Un projet de recherche français amène cette réponse: leur absorption augmenterait le risque d’infarctus et de troubles du rythme cardiaque.

Quand le cœur flanche, greffe ou machine?

En Suisse, 150'000 personnes souffrent d’insuffisance cardiaque, un nombre qui va exploser ces prochaines années. Comment soigner ce mal et à quel prix? 36.9° fait le point, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la première greffe cardiaque.

Le bruit favorise les maladies cardiovasculaires et le diabète

L’étude SiRENE est un consortium suisse d’étude interdisciplinaire qui enquête sur les effets à court et à long terme des nuisances liées au bruit sur la population suisse.
Maladies sur le meme sujet
Stethoscope oscultant un coeur

Insuffisance cardiaque

Quand le cœur a de la peine à se remplir ou à expulser le sang, il n'arrive plus à assurer un débit sanguin suffisant. On parle d'insuffisance cardiaque.

veines

Insuffisance veineuse chronique

L'insuffisance veineuse est un trouble de la circulation dans les veines des jambes. Elle provoque des varices, un gonflement des jambes (œdème) et parfois des thromboses.

l'hypotension

Hypotension

L’hypotension est une pression artérielle plus basse que la normale. Les personnes réagissent très différemment à une tension basse : les unes en souffriront quotidiennement alors que d’autres ne remarqueront rien.

Symptômes sur le meme sujet
Des varices

Œdème des MI

J’ai les deux chevilles enflées

Douleur thorax

J'ai mal dans la poitrine