Cœurs malades: exercice physique ou médicaments?

Dernière mise à jour 17/10/13 | Article
Cœurs malades: exercice physique ou médicaments?
Comparer différentes prises en charge des personnes souffrant d’insuffisance cardiaque peut conduire à des conclusions surprenantes. Les voici.

Médecins et chercheurs découvrent chaque jour de nouveaux bénéfices à l’exercice physique. Il s’agit le plus souvent de bénéfices préventifs concernant des personnes en bonne santé. Mais les personnes malades peuvent aussi en bénéficier. Une démonstration de poids en est aujourd’hui fournie par deux chercheurs travaillant dans trois institutions prestigieuses (London School of Economics and Political Science, Harvard Medical School, Université de Stanford). Ils viennent de publier leurs résultats dans le British Medical Journal.(1)

Mobiliser son corps

Huseyin Naciet John P. A. Ioannidisont comparé, chez des insuffisants cardiaques, les effets respectifs de l’exercice physique et des traitements médicamenteux. Ils aboutissent à la conclusion que le premier peut constituer à lui seul une véritable thérapeutique. Et quand bien même les deux approches ne sont pas exclusives l’une de l’autre, la mobilisation du corps devrait être plus fréquemment suggérée et proposée chez ces malades.

Les chercheurs sont arrivés ce résultant en combinant les données de méta-analyses existantes concernant les effets (sur les taux de mortalité) de l’activité ou exercice physique vs les thérapies médicamenteuses.

Quatre maladies

Au total, les auteurs de ce travail ont pu mener leurs recherches sur seize méta-analyses réunissant 339274 personnes. Quatre maladies étaient concernées: maladie coronarienne, accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque ainsi qu’état de pré-diabète. Après avoir procédé à diverses analyses sur l’ensemble des données ils n’ont identifié aucune véritable différence (statistiquement détectable) entre l'exercice physique et les médicaments sur les résultats de mortalité.

Dans certains cas de figure l’activité physique s’avère même être significativement plus efficace pour réduire le risque de mortalité. Il apparaît ainsi, parfois, d’une meilleure efficacité que les médicaments anticoagulants ou antiplaquettaires. Ces résultats doivent être pris avec la prudence qui s’impose. Entra autres réflexions, les chercheurs estiment que cet aspect de la prise en charge n’est pas assez étudié au vu de son importance en termes de santé publique et d’économie. Ils suggèrent qu’à l’avenir les responsables des essais cliniques prévoient, lorsque c’est éthique et possible, un groupe «exercice physique» en plus du groupe «placebo» et du groupe expérimentant un médicament.

Gagnant-gagnant

Autre observation, d’une grande importance pratique: pour de nombreuses maladies chroniques, c’est la combinaison des deux approches (exercice physique et médicament) qui est généralement l’option thérapeutique la plus efficace. En gardant en mémoire le fait que les médicaments peuvent permettre de reprendre la pratique de l’exercice et, à l’inverse, que l’exercice permet de réduire les doses de médicaments et donc les risques des effets secondaires. Il existe une formule pour de telles situations: la formule «gagnant-gagnant».

Après 90 ans

On ajoutera, allant dans le même sens, cette toute récente étude de l’Université de Navarre publiée dans la revue de l’American Aging Association(2) démontrant que même après 90 ans il est possible d’obtenir une amélioration de la masse, de la force et de la puissance musculaires – et globalement une amélioration de la qualité de vie.

Il s’agissait là d’un programme d’exercice de douze semaines, auquel ont participé onze personnes âgées de 91 à 96 ans. Leurs performances ont été comparées à treize personnes témoins (ne suivant pas le programme d’activité physique) du même âge. Les exercices avaient été conçus spécialement pour le grand âge, combinant musculation et travail de l'équilibre.

Les responsables ont vite observé chez les participants une augmentation de la vitesse de marche, une plus grande capacité à quitter leur fauteuil, une amélioration de l’équilibre, une réduction significative de l'incidence des chutes et une amélioration significative de la force musculaire et de la masse musculaire dans les membres inférieurs.

Pas de fatalité

C’est dire l’importance qu’il faudrait accorder à la mise en œuvre de tels programmes d'exercice chez les personnes de grand âge. Ils contribueraient à prévenir certains des effets les plus délétères du vieillissement chez les personnes âgées vulnérables. Ils concourraient aussi à améliorer leur qualité de vie et les relations avec autrui. On sait qu’avec le vieillissement les fonctions neuromusculaires, cardiovasculaires et respiratoires diminuent progressivement, ce qui conduit à un risque accru de fragilité. Ce n’est pas une absolue fatalité: il est possible de lutter contre l'inactivité physique qui entraîne immanquablement une fonte de la masse musculaire et une diminution des capacités fonctionnelles.

(1) L’intégralité de cette étude (rédigée en anglais) est disponible ici.

(2) Un résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.

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