Attention, votre mauvais caractère peut vous rendre malade

Dernière mise à jour 06/05/21 | Article
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Être de mauvais poil n'est bon ni pour le moral, ni pour l'entourage. Mais de récentes études démontrent aussi le lien entre un sale caractère et les maladies cardiovasculaires, voire même la longévité.

Les principaux facteurs de risque des maladies cardiovasculaires

  • L’hypertension artérielle: une pression artérielle trop élevée et non traitée expose à des risques cardiovasculaires plus graves.
  • Le diabète: agir sur son diabète permet de réduire le risque d'événements cardiovasculaires.
  • Le tabagisme: la consommation de tabac augmente la mortalité et les événements cardiovasculaires.
  • Le cholestérol: diminuer son taux de mauvais cholestérol aide à prévenir les risques cardiovasculaires.
  • Le stress: intense ou chronique, il peut favoriser l’hypertension artérielle ou l’infarctus. Il peut également entraîner des altérations de la fonction cérébrale et cognitive, y compris une accélération du vieillissement cognitif.
  • La sédentarité: faire 5000 pas par jour ou pratiquer une activité physique plusieurs fois par semaine permet de diminuer le risque cardiovasculaire et de préserver la bonne santé de son cœur.
  • L’excès de poids: la graisse abdominale, en particulier, augmente le risque de crise cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral (AVC).

C’est une étude qui pourra peut-être vous convaincre de garder votre calme, surtout si vous êtes déjà concerné par une maladie cardiovasculaire. Des chercheurs américains ont suivi durant deux ans plus de 2000 personnes ayant des antécédents de maladies coronariennes (c’est-à-dire touchant les artères entourant le cœur). Ce panel, composé majoritairement d’hommes âgés de plus de 65 ans, a été réparti dans différentes catégories déterminées par le caractère, après que les sujets aient rempli un questionnaire pour décrire leurs sentiments au cours des semaines précédentes. À partir de ces données, les chercheurs ont attribué un «score d’hostilité» à chacun des cobayes, mesurant leur tendance à avoir différents comportements: agressivité, irritabilité, interactions négatives, impatience, cynisme… Indépendamment d’autres facteurs de comorbidité comme l’hypertension artérielle et le tabagisme, il apparaît d’après les résultats parus dans l’European Journal of Cardiovascular Nursing que ces traits de caractère sont corrélés à un risque de mortalité légèrement plus élevé dans les deux ans suivant un syndrome coronarien aigu.

Agir sur les facteurs de risque

Pour expliquer une telle influence du caractère sur la santé, plusieurs pistes sont à creuser. Parmi elles, l’activation du système de stress, plus fréquente chez les individus présentant un comportement agressif. «Le rôle des hormones du stress, adrénaline et cortisol, est impliqué dans la dégradation du système cardiovasculaire, explique Miguel Duarte, chef de clinique au sein de l’Unité du trouble de régulation émotionnelle (TRE) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Les problèmes de dysrégulation émotionnelle qui caractérisent certains comportements agressifs peuvent donc être associés à une augmentation des signes inflammatoires.»

Les choses se passeraient au niveau du cortex préfrontal, une région du cerveau jouant un rôle dans le mécanisme de stress ou, au contraire, dans la capacité à garder son sang-froid. «Des études neurobiologiques ont pu montrer qu’une mauvaise régulation dans ce cortex préfrontal pouvait être associée à un comportement agressif et entraîner une altération du système cardiovasculaire», explique Carmen Sandi, professeure en neurosciences à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), avant d’ajouter que «des conséquences sur la santé en général, notamment au niveau du système immunitaire, peuvent également survenir».

Prendre soin de son cœur

Une autre explication est à chercher du côté des facteurs exogènes. Les personnes qui possèdent un caractère négatif ou un comportement agressif sont généralement moins engagées dans une démarche de prévention des risques cardiovasculaires, comme une modification de leur mode de vie. Au-delà des paramètres non modifiables (âge, sexe, antécédents familiaux), la plupart des facteurs de risque cardiovasculaires peuvent en effet être évités en adoptant une bonne hygiène de vie: tabagisme, diabète, hypertension artérielle, excès de cholestérol, surpoids, sédentarité.

Peut-être devrait-on ajouter à cette liste un changement de comportement vis-à-vis des autres. «On sait depuis plusieurs années maintenant que les comportements négatifs et agressifs sont liés aux maladies cardiovasculaires, explique la Pre Sandi. Aux recommandations concernant l’alimentation, l’arrêt du tabac et l’activité physique devraient peut-être s’ajouter celles de la gestion des comportements hostiles.»

Un mécanisme neurobiologique à l’origine de l’agressivité?

Et si notre comportement agressif ou violent envers les autres résultait d’un mécanisme cérébral? C’est la conclusion des travaux d’une équipe de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Leurs recherches, dans un premier temps menées sur des souris manifestant des symptômes de troubles psychiatriques impliquant un comportement agressif, ont permis d’identifier comme élément-clé du développement de l’agression une déficience d'un récepteur neuronal dans l'amygdale. «On a constaté des modifications synaptiques dans les neurones de l’amygdale de ces souris, explique la Pre Carmen Sandi, qui a dirigé l’étude. On est en train de mieux comprendre l’impact biologique de l’agressivité. La prochaine étape sera de déterminer si ces résultats peuvent constituer la base d’un traitement de l'agressivité dans plusieurs troubles psychiatriques, comme la schizophrénie, l’autisme et les troubles bipolaires.»

  

Des méthodes pour canaliser l'agressivité

De toutes les émotions, la colère est peut-être l’une des plus difficiles à gérer. Lorsque l’émotion arrive trop vite, trop intensément et engendre une difficulté à la réguler, on parle de trouble de dysrégulation émotionnelle. Au sein de l’Unité du trouble de régulation émotionnelle (TRE) des Hôpitaux universitaires de Genève, deux axes thérapeutiques sont privilégiés pour accompagner les patients. La thérapie basée sur la mentalisation se concentre ainsi sur la capacité à réfléchir pendant l’activation émotionnelle. Car, en effet, «plus la personne est émotionnellement activée, moins elle est capable d’analyser ce qui se passe dans son esprit et dans l’esprit de l’autre, explique Miguel Duarte, chef de clinique dans l’Unité TRE. Elle n’est plus dans l’observation mais dans une sorte d’urgence d’action pour pouvoir sortir de son état émotionnel». Une autre alternative est la thérapie comportementale dialectique (TCD), qui associe des stratégies d’acceptation et de capacité de régulation à des exercices de pleine conscience. Par ces thérapies, le patient apprend non pas à étouffer cette émotion, mais à la gérer lorsqu’elle se présente. «Le problème ce n’est pas tant de ressentir la colère, mais de l’exprimer de manière disproportionnée, conclut Miguel Duarte. Paradoxalement, plus on est dans l’observation des émotions, de leur contexte, de leurs origines et des besoins qu’elles signalent, moins intenses elles sont.»

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Paru dans Le Matin Dimanche le 02/05/2021.

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