Pacemaker au rapport: six questions sur la télémédecine dans la stimulation cardiaque

Dernière mise à jour 01/02/12 | Article
Electrocardiogramme
Mon cardiologue peut examiner mon cœur à distance grâce à la télémédecine. En effet, si je suis muni d’un stimulateur cardiaque (pacemaker) ou d’un défibrillateur implantable équipé pour la télémédecine, ce dispositif peut lui transmettre des données sans même que je m’en rende compte. Six questions pour mieux comprendre cette nouveauté.

Télémédecine et pacemaker, dites-vous?

Oui, désormais les stimulateurs cardiaques et les défibrillateurs implantables peuvent être équipés de fonctions de télémédecine. Le patient possède chez lui un petit moniteur (imaginez le format d’un téléphone fixe) qui communique de manière automatique avec le pacemaker. Les stimulateurs cardiaques modernes sont en effet «intelligents» et peuvent surveiller de nombreux paramètres, notamment la présence d’événements comme une arythmie ou un problème technique de l’appareil. Ces données sont transmises au moniteur, celui-ci les transfère ensuite par téléphone vers les serveurs du fabricant du pacemaker.

Mais le cardiologue doit donc crouler sous les données?

Non, le stimulateur distingue les mesures standard qu’il prend de celles qui dénotent un risque significatif pour le patient. Dans ce cas, le cardiologue reçoit une alerte par email, fax ou sms. Il peut ensuite accéder par internet aux données relatives à l’alerte, les analyser et appeler le patient si nécessaire pour déterminer une action. C’est d’ailleurs le cardiologue qui, selon la situation de son patient, configure les situations qui donneront lieu à une alerte.

On peut rapporter ce processus à la maintenance aérienne. Il y a dans les avions modernes des contrôles automatiques. En cas de défaillance, l’appareil envoie automatiquement un message à l'aéroport. La bonne personne y préparera la pièce à changer sans forcément même que le pilote ait été prévenu d’un défaut mineur.

Et quand les données ne sont pas urgentes, qu’en fait-on?

Dans ce cas, le cardiologue consulte régulièrement les données fournies par le pacemaker du patient, mais pas en direct. Il peut notamment consulter l’état de la batterie, l’historique précis des stimulations, voire disposer, à distance, d’un électrocardiogramme (ECG) fourni par l’appareil.

Ce contrôle régulier représente un surcroît de travail pour le médecin par rapport à des examens toujours en présence du patient. Il permet peut-être cependant d’éviter des événements indésirables comme un choc inapproprié causé par un défibrillateur implantable. Un bénéfice est aussi présent pour le patient qui devra se soumettre à des contrôles moins fréquents. Par exemple, quand la pile du pacemaker est proche de l’épuisement, les porteurs doivent être vus régulièrement. La télémédecine permet d’éviter ces déplacements, l’appareil communiquant systématiquement son degré de charge.

Au-delà de la commodité, cette utilisation de la télémédecine a-t-elle une utilité clinique prouvée?

Il n’y a pour le moment pas de données scientifiques solides montrant moins d’hospitalisations et de décès avec l’option télémédecine. De nombreuses études sont néanmoins en cours, dont une européenne initiée par les Hôpitaux universitaires de Genève. Elles essaient de prouver que le pronostic des patients est amélioré avec ce système et que les séjours à l’hôpital sont moins nombreux. Des premiers résultats d’études sont encourageants.

Quels risques comporte cette technologie?

La télémédecine dans cette application pose d’abord un problème légal. Il est important d’établir les responsabilités respectives du patient, du fabricant et du médecin.

La sécurité des données est ensuite un enjeu crucial, puisque les données médicales du patient mesurées par son stimulateur sont entreposées sur le serveur du fabricant. A priori, ces informations ne représentent pas, dans la plupart des cas, un intérêt économique pour un pirate informatique. Le plus grand soin doit cependant être pris par les fabricants pour les sécuriser. Et, pour leur part, les institutions peuvent protéger la vie privée de leurs patients en anonymisant leurs données, c.-à.-d. que le fabricant ne possède pas le nom du patient.

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