Pourquoi certains bébés hurlent-ils sans fin?

Dernière mise à jour 25/02/12 | Questions/Réponses
Pourquoi certains bébés hurlent-ils sans fin?
Les cris des nourrissons inconsolables sont souvent imputés aux coliques. Mais qu’est-ce qu’une colique? Autrefois, on l’attribuait aux maux de ventre. Aujourd’hui la piste neurobiologique est privilégiée.

Un nourrisson qui hurle sans fin et se tortille dans les bras de ses parents désemparés. En général, on parle de colique pour expliquer l’éprouvant phénomène. Le bébé aurait «mal au ventre» d’où ses cris. En fait, ce domaine reste très mystérieux. Une étude réalisée par des neurologues de l’Université de San Francisco1 propose la piste de la migraine. Selon ce travail, les bébés de mamans ayant des migraines ont 2,5 fois plus de chance de souffrir de coliques. Il faudrait donc les traiter en recréant un univers plus feutré. L’enjeu est d’importance car les nourrissons sujets aux coliques sont plus souvent victimes du syndrome du bébé secoué que les autres. Que sait-on de ces fameuses coliques? Explications de Russia Ha-Vinh Leuchter, cheffe de clinique scientifique dans le service du développement et de la croissance des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Qu’entend-on par «colique» du nourrisson?

Russia Ha-Vinh Leuchter: On parle de colique lorsqu’un nourrisson en bonne santé pleure énormément en dehors des moments de faim, en particulier le soir. A force de pleurer, ces bébés avalent de l’air, ont des gaz et se tortillent. D’où notre sentiment qu’il s’agit d’un problème gastro-intestinal. C’est un phénomène qui apparaît vers la troisième semaine de vie et disparaît vers trois-quatre mois. Une période courte donc mais qui paraît interminable sur le moment.

Pourrait-on expliquer ces cris par une sensibilité plus grande des bébés dont la mère est sujette aux migraines?

Cela va dans le sens de recherches sur les pleurs du nourrisson que nous menons actuellement aux HUG sous la direction de la professeure Petra Hüppi. Nous pensons que ce phénomène est lié à la maturation de structures neurobiologiques qui permettent notamment de gérer le cycle jour/nuit. Avec l’intervention de la mélatonine notamment, qui joue aussi un rôle dans la sensation de douleur. Cela rend tout à fait plausible l’idée d’une sensibilité plus grande des bébés de familles où il y a des migraineux. Cette hypothèse ne signifie pas que ces crises de colique soient pathologiques. Nous considérons plutôt qu’il s’agit d’une étape du développement, durant laquelle certains bébés s’expriment simplement plus que d’autres.

Dans le cas des coliques, les pleurs du bébé n’ont donc rien à voir avec son régime alimentaire?

Non, or les femmes qui allaitent pensent souvent que ces coliques sont en relation avec leur alimentation. Cette hypothèse est fausse et culpabilisante. Elle peut pousser les mamans à cesser d’allaiter ou à changer le lait qu’elles donnent à leur bébé. Les coliques sont plutôt un état d’hyper-éveil, au moment justement où le bébé devrait entrer dans le sommeil. Mais il n’y arrive pas. Ces crises se résolvent d’ailleurs par l’endormissement.

Est-ce une bonne idée de diminuer les stimuli auxquels sont soumis les nouveau-nés?

Il faut essayer, chaque bébé est différent. Certains profitent d’être emmaillotés, d’être à l’abri d’une forte lumière ou du bruit. Pour d’autres, cela n’a aucun effet. Pour certains encore, les tours en voiture s’avèrent miraculeux. Mais pour le vrai enfant à coliques, il n’y a que le temps qui fasse effet, et finalement cela passe vite.

Les pleurs dus aux coliques sont-ils la cause de violence contre les bébés?

Parfois, oui. Les pleurs augmentent le rythme cardiaque de la mère qui est mobilisée pour réagir, la survie de l’humanité en dépend probablement. Mais lorsque ni le père ni la mère n’arrivent à calmer le bébé, les parents ont un sentiment d’incapacité, de détresse, qui peut les mener à secouer l’enfant. Il vaut mieux laisser le bébé en sécurité dans son lit, aller dans une autre pièce et revenir lorsque l’on est calmé. Les parents ne doivent pas non plus hésiter à demander de l’aide à leur entourage car «il faut un village pour élever un enfant», selon le proverbe africain.

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Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

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