Alimentation végétarienne chez l’enfant, une bonne idée?

Dernière mise à jour 28/05/18 | Article
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Devenir végétarien ou végétalien séduit de plus en plus. En Suisse, on compte près de 3% de végétariens. Ce mode alimentaire est-il adapté aux enfants? Conseils et réponses d’une spécialiste du CHUV.

Tendances

La réflexion autour de l’exclusion ou non des produits animaux dans l’alimentation mène à différents types de régime. Définitions:

Végétarien – Les végétariens ne mangent ni viande ni poisson. Les ovo-lacto végétariens, comme on les appelle aussi, maintiennent donc les œufs, le lait et les produits laitiers ainsi que le miel dans leur alimentation. L’idée étant que la consommation de produits animaux est tolérée lorsqu’il n’y a pas abattage de ces derniers. Seul le fait de manger de la chaire animale est refusé. Les ovo-végétariens suppriment de leur côté le lait et les produits laitiers, en plus de la viande et du poisson. Les lacto-végétariens continuent quant à eux de manger des produits laitiers, mais excluent les œufs.

Végétalien – Les végétaliens renoncent à tout produit de source animale dans leur alimentation, soit ni viande, ni poisson, ni produits laitiers, ni œufs, ni miel.

Végan – Les végans vont plus loin dans leur philosophie en renonçant à tout produit issu du monde animal, qu’il s’agisse d’alimentation ou d’objets de la vie courante (cuir, soie, laine, etc.).

Flexitarien – Les flexitariens adoptent le régime végétarien, mais s’octroient occasionnellement de la viande et du poisson.

Pour bien grandir, il faut manger de tout. Qui n’a jamais entendu ce précepte? Aujourd’hui, les modes d’alimentation ne cessent de se décliner en différentes tendances, excluant tour à tour tel ou tel aliment. Pour ce qui est de la viande, selon les chiffres de la Société suisse de la nutrition, près de 3% de la population serait végétarienne en Suisse. Parmi eux, une personne sur dix serait végétalienne (voir définitions). Dégoût de la viande, protection des animaux, principes écologiques, éducation, les motivations peuvent être nombreuses. Quoi qu’il en soit, les choix alimentaires avec restrictions ne sont pas anodins. En particulier durant l’enfance, où les besoins nutritifs et énergétiques sont nettement plus élevés qu’à d’autres périodes de la vie. Durant la première année de vie par exemple, la taille du bébé double tandis que son poids triple!

Faut-il dès lors s’inquiéter si son enfant boude la viande et le poisson? Et, si on est soi-même végétarien, peut-on proposer sans risque ce régime à sa progéniture? Pour Nicoletta Bianchi, diététicienne spécialisée en pédiatrie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), «une alimentation végétarienne bien conduite peut représenter un bon équilibre chez l’enfant, pour autant que tous ses besoins soient couverts. Pour en être sûr, un contrôle régulier des apports en fer et en oméga 3 notamment est préconisé».

Le végétalisme en question

Une alimentation végétarienne peu diversifiée peut entraîner des carences nutritionnelles, avec des conséquences potentielles sur le développement et la croissance. Mais le tableau des éventuelles carences est nettement plus important en cas de végétalisme, lorsque tout aliment provenant de l’animal est banni de l’assiette de l’enfant. Pour la spécialiste, contrairement au végétarisme, le végétalisme est clairement une alimentation à risque chez l’enfant, «qui doit pouvoir être en mesure d’atteindre tout son potentiel de croissance de taille et de développement intellectuel». Par ailleurs, ce mode alimentaire nécessite l’apport de compléments alimentaires, «alors qu’une alimentation de base est susceptible de fournir tous les nutriments dont on a besoin», affirme Nicoletta Bianchi.

Fer et vitamine B12

La carence en fer est particulièrement redoutée: «La survenue d’une anémie entre 0 et 3 ans conduit à une perte irréparable de 10 points de quotient intellectuel», illustre la diététicienne. Souvent liée au manque de fer, une carence en zinc –qu’on retrouve dans la viande et les produits carnés– peut aussi être problématique. Cet oligo-élément est impliqué dans la synthèse des protéines et est un cofacteur des réactions chimiques au sein des cellules. Un déficit peut entraîner un retard de croissance et du développement sexuel ainsi que des problèmes cutanés, notamment. Les oméga 3, qu’on retrouve en grande quantité dans les poissons gras, participent quant à eux au développement du cerveau et de la rétine. Outre la vitamine D et le calcium, tous deux nécessaires pour les os, il faut veiller également à un apport suffisant en vitamine B12, dont la viande, les produits laitiers et les œufs sont riches. Un déficit de vitamine B12 est très néfaste pour le système neurologique, avec un risque de symptômes durables comme des troubles cognitifs, de l’équilibre et de la coordination fine. La femme enceinte doit à cet égard être particulièrement vigilante, puisqu’elle transmet à son enfant un stock de base, utile pour sa première année de vie.

Quels que soient les choix alimentaires, une consultation auprès du pédiatre et/ou d’une diététicienne diplômée est recommandée pour s’assurer que les besoins de l’enfant sont couverts. Mais aussi pour obtenir des conseils nutritionnels ciblés.

Le Label-V

Pour aider les consommateurs à identifier les produits végétariens dans les étals des supermarchés, l’Union végétarienne européenne a créé le Label-V européen. Celui-ci garantit l’absence de tout produit d’abattage dans les produits estampillés. Il interdit également des ingrédients tels que la gélatine, la présure de veau naturelle, le sain doux et autres additifs alimentaires d’origine animale. Le label classe également les produits dans quatre catégories (ovo-lacto végétariens, ovo- ou lacto-végétariens, et vegans).

Les restaurants ont aussi la possibilité de recourir à ce label dans la carte des mets. Un établissement certifié doit proposer au moins un menu végétarien complet différent chaque jour (plat du jour) ainsi que deux autres plats végétariens répondant aux critères du label.

Label ou pas, il faut garder à l’esprit qu’un régime végétarien est d’autant plus sain et bénéfique pour la santé –éduction du risque de maladies cardiovasculaires– qu’il se compose de végétaux (fruits et légumes) sous leur forme la plus brute et de céréales les plus complètes possibles. Car après transformation industrielle, ces aliments perdent leurs qualités nutritionnelles, sont plus riches en sel, en sucre et en graisse, et donc moins bons pour la santé!

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 25/04/2018.

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