Le zona ou quand le virus de la varicelle se manifeste à nouveau

Dernière mise à jour 09/06/15 | Article
Le zona ou quand le virus de la varicelle se manifeste à nouveau
Cette maladie neurocutanée peut apparaître à tout âge, avec une tendance accrue chez les sujets âgés. Souvent douloureuse, l’affection a parfois de graves conséquences.

De quoi on parle?

Alors que «Solar Impulse 2» faisait escale en Chine, André Borschberg, l’un de ses pilotes, a dû revenir en Suisse quelques jours pour consulter ses médecins. Il souffrait de migraines puis d’un zona. Cet intermède médical n’a pas retardé le périple de l’avion solaire. Le 21 avril, il a quitté Chong-qing pour rallier Nankin dans l’est de la Chine. Bertrand Piccard était aux commandes.

Des plaques rouges parsemées de bouquets de vésicules sur la moitié du thorax ou du visage. Des sensations de picotements et de brûlures ou des douleurs qui peuvent être très intenses. Ces signes ne trompent pas: c’est le zona.

Cette maladie est due à un virus, le varicella zoster virus (VZV), le même que celui qui provoque la varicelle chez les enfants. Car une fois l’infection infantile guérie, le virus ne disparaît pas pour autant de l’organisme. Il gagne les ganglions situés à la racine des nerfs et il se fait discret. Mais chez environ 20% des individus qui ont eu la varicelle, il se manifeste à nouveau bien des années plus tard. Il se multiplie alors et migre le long des fibres nerveuses jusque dans la peau qu’elles innervent. C’est alors qu’apparaît le zona.

Le zona

L’âge, facteur de risque

Qu’est-ce qui pousse le VZV à se réveiller? «Le principal facteur de risque est l’âge», souligne Olivier Gaide, responsable de l’unité d’onco-dermatologie et de dermatologie interventionnelle du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Au fil des ans, «l’immunité que nous avons acquise contre le virus diminue lentement et il arrive un moment où il se réactive». C’est ce qui explique que cette maladie neurocutanée peut se manifester à tout âge, mais qu’elle touche surtout les plus de 50 ans.

Pour refaire surface, l’agent pathogène tire aussi parti du fait que le système immunitaire de son hôte est affaibli. Ce qui peut survenir à la suite d’un cancer, de l’utilisation de médicaments immunosuppresseurs ou d’infections, par le VIH notamment. Quant au stress psychologique, très souvent incriminé, il ne semble pas jouer un rôle important dans le déclenchement du zona. En tout cas, «la pratique clinique ne le suggère pas».

Des douleurs intenses

L’apparition des éruptions cutanées s’accompagne généralement de sensations de piqûres et de brûlures et, chez les plus jeunes, de démangeaisons. Quelques jours plus tard, les petites cloques sèchent et forment des croûtes qui finissent par tomber. Chez les personnes immunocompétentes –c’est-à-dire qui ont un système de défense en bon état de fonctionnement– la maladie est le plus souvent bénigne et guérit spontanément.

Mais le zona peut s’accompagner de surinfections au streptocoque ou au staphylocoque. Surtout, il arrive aussi qu’il provoque des douleurs «parfois extrêmement intenses», d’après le médecin du CHUV. Celles-ci peuvent persister, pendant des semaines voire des années après la disparition des lésions sur la peau. On parle alors de douleurs «postzostériennes». En outre, dans les rares cas où le zona touche l’œil, «il peut conduire à une infection de la cornée qui est redoutée». C’est dire que l’affection est capable d’entraîner de sévères conséquences. «En termes de qualité de vie, ces névralgies postzostériennes peuvent avoir un impact négatif similaire à celui de l’insuffisance cardiaque congestive, du diabète et de la dépression», écrivent des spécialistes d’immunologie du CHUV dans laRevue médicale suisse.

Le traitement doit être précoce

La prise en charge de l’affection neurocutanée passe par l’application d’antiseptiques locaux «qui évitent les surinfections», précise Olivier Gaide. Les médecins disposent aussi de médicaments antiviraux «qui, eux, ont un effet positif sur la maladie et sur la douleur si on les prescrit précocement. Au-delà de 72 heures après le début de l’éruption, il est trop tard.»

Bien sûr, mieux vaudrait prévenir. A priori, la meilleure solution serait de se faire vacciner contre la varicelle, puisque l’agent pathogène responsable de cette infection est la cause de tous les maux. Mais ce n’est pas si simple. Le virus contenu dans le vaccin contre la varicelle «est vivant et il peut aussi aller se cacher dans les ganglions nerveux, puis ressortir des décennies plus tard», précise le spécialiste du CHUV. En revanche, lorsqu’un adulte est en contact avec des personnes qui ont la varicelle –et donc son virus– «tout se passe comme s’il recevait une sorte de vaccin naturel. D’ailleurs, les dermatologues et les pédiatres sont, parmi les médecins, ceux qui ont le moins de zona.»

Il existe aussi un vaccin spécialement conçu pour protéger du zona, le Zostavax®, qui est disponible en Suisse sans pour autant être recommandé par les autorités compétentes. En attendant les conclusions d’un groupe de travail qui se penche actuellement sur la question (lire encadré), rien n’empêche les plus de 50 ans d’avoir recours à ce vaccin qui a «peu d’effets secondaires» selon Olivier Gaide. Pour un coût modeste, il permet de se prémunir contre une maladie qui peut être très douloureuse.

Faut-il recommander la vaccination contre le zona?

On vaccine bien les enfants contre la varicelle. Pourquoi ne pas faire de même pour prémunir du zona les personnes âgées ou celles dont les défenses immunitaires sont faibles? Il existe en effet un vaccin contre cette maladie, le Zostavax®. Comme celui qui est utilisé contre les maladies infantiles, il renferme une souche atténuée du virus de la varicelle, mais il est «surdosé», précise François Spertini, médecin-chef au service d’immunologie et d’allergie du CHUV. Disponible en Suisse depuis 2008, ce vaccin n’est pas officiellement recommandé aux sujets à risques, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis, ainsi que dans plusieurs pays européens. Cependant, la situation pourrait changer, car un groupe de travail, coordonné par François Spertini, est en train d’étudier la question.

A en croire les conclusions de deux larges études (l’une portant sur plus de 22 000 personnes, l’autre sur 38 000), ce vaccin est «assez efficace», selon le spécialiste d’immunologie du CHUV. Il diminuerait d’environ 60% le risque de développer la maladie et de «50 à 60% ses principales manifestations», notamment la sévérité et la durée des douleurs neuropathiques» (liées à une atteinte des nerfs). D’après une analyse pharmaco-économique réalisée en 2011, si l’on vaccinait 20% de la population âgée de 70 à 79 ans, on réduirait de 3412 le nombre de cas de zona et de 1460 celui de douleurs «postzostériennes» – celles qui persistent après la maladie. «Bien qu’elle ait des limitations, cette étude suggère que le rapport coût-bénéfice d’une telle vaccination serait favorable en Suisse», commente François Spertini.

Tous ces arguments plaident pour qu’une vaccination antizona soit préconisée aux plus de 65 ans. D’autant qu’elle «est généralement bien tolérée et que ses effets secondaires les plus fréquents restent localisés au site d’injection». On en saura plus quand les experts rendront leur rapport, le 23 juin prochain.

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Le Matin Dimanche

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