Zika et sexualité : les possibilités de transmission augmentent

Dernière mise à jour 28/07/16 | Article
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Brexit, tuerie de Nice, coup d’état avorté en Turquie, la presse généraliste ne s’est guère intéressée au premier cas de transmission sexuelle du virus Zika d’une femme à un homme. Il vient d’être identifié à New York et toutes les précisions ont été données par The New York Times. Quant aux détails virologiques, ils ont été exposés dans un rapport publié vendredi 15 juillet par les Centers for Disease Control and Prevention et les autorités sanitaires de New York.

Faut-il être surpris? Sans doute pas. Comment imaginer que cette transmission ne puisse être qu’unilatérale? Prévisible, le cas n’en est pas moins un fait majeur. C’est le dernier rebondissement dans la surveillance de cette épidémie virale qui continue à surprendre et à déjouer les prévisions des meilleurs experts. Mais c’est un rebondissement de taille. Il laisse clairement entendre que via des transmissions sexuelles (dont la fréquence reste à établir) cette épidémie (déjà bien atypique) pourrait se propager plus largement, au-delà des pays où le virus sévit sur un mode endémique. Last but not least, cette information survient à la veille de l’ouverture des Jeux Olympiques de Rio, les premiers JO d’été organisés en Amérique du Sud où l’épidémie de Zika sévit avec une particulière intensité.

Sexuel versus vectoriel

Sur ce thème d’actualité, Slate.fr nous apprend que 450 000 préservatifs seront donnés à Rio, soit 42 par athlète pour deux semaines de compétition, ce qui fait les choux gras de la presse. Auparavant, c’étaient les JO de Londres, en 2012, qui détenaient le record, avec 150 000 capotes distribuées. «Le Comité international olympique ne veut visiblement pas se retrouver à court de protection, comme ce fut le cas à Sydney en 2000, où les 70 000 préservatifs prévus n’avaient pas suffi et où 20 000 avait dû être distribués en cours de compétition», rappelle Slate.fr. Bien évidemment, Zika est dans le paysage, certains athlètes ayant décliné l’invitation à participer du fait de la présence redoutée du virus.

Que savait-on jusqu’à présent sur la dimension sexuelle de cette épidémie? Pour les autorités sanitaires françaises ce mode de transmission est «probablement négligeable» par rapport à la transmission vectorielle. Plus précisément, ces mêmes autorités estimaient il y a quelques semaines que sur la base des données scientifiques disponibles, cette transmission était probable, «même si à ce jour, ces données sont trop peu nombreuses pour évaluer son importance réelle dans la transmission du virus».

Embryofoetopathies

En France, le travail a été mené par le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Il é été actualisé à la fin juin 2016. L’objectif officiel majeur des recommandations émises par cette institution est de prévenir la survenue d’embryofoetopathies consécutive à une infection de la mère par le virus Zika, contracté pendant la grossesse.

Jusqu’alors, la première observation publiée d’une transmission hétérosexuelle du virus Zika datait de 2008 et concernait un couple américain1. Le mari avait contracté l’infection au Sénégal, son épouse ayant déclaré la maladie neuf jours après le retour de celui-ci. Le seul facteur de transmission retrouvé alors était l’existence de relations sexuelles avec son époux dans les jours qui ont suivi son retour. Le virus Zika n’a pas été recherché dans le sperme. Le diagnostic a été sérologique chez les deux patients. Un autre cas avait été signalé en janvier 2016 au Texas, chez une patiente dont le partenaire sexuel revenait d’un voyage au Venezuela.

Une autre question importante concerne la présence du virus dans le sperme. «La seule observation publiée à ce jour2 de l’existence de virus infectieux dans le sperme concerne un patient de Tahiti en 2013», précisait le HCSP. Une hématospermie était apparue deux semaines après un épisode clinique évocateur d’infection à virus Zika (céphalées, arthralgies, fébricule). La recherche du Zika en PCR était positive dans le sperme et dans les urines (mais pas dans le sang). Au vu des cas publiés, la durée de la présence du virus dans le sperme varierait «d’au moins cinq jours avant l’apparition des signes cliniques à au moins dix-huit jours après». On ne connaît pas sa durée maximale.

A la lumière de la possibilité désormais démontrée d’une contamination sexuelle femme-homme, le HSCP va-t-il réviser et compléter sa copie? La ministre de la Santé va-t-elle traiter du sujet?

Les recommandations du HSCP

Quelles sont les recommandations pour les femmes enceintes, les femmes ayant un projet de grossesse ou en âge de procréer (vivant en zone indemne de virus Zika)?

«Éviter tout rapport sexuel non protégé avec un homme ayant pu être infecté par le virus Zika, au moins un mois après son retour de zone d’épidémie ou pour une plus longue durée (qui ne peut actuellement être précisée) s’il a présenté des signes cliniques évocateurs de Zika ou si l’infection Zika a été confirmée chez lui.», spécifie le HCSP.

Quelles sont les recommandations pour les autres femmes et les hommes?

«Éviter tout rapport sexuel non protégé avec un partenaire ayant pu être infecté par le virus Zika, au moins un mois après son retour de zone d’épidémie ou pour une plus longue durée (qui ne peut actuellement être précisée) s’il a présenté des signes cliniques évocateurs de Zika ou si l’infection Zika a été confirmée chez lui.»

Quelles sont les recommandations pour les personnes qui envisagent un voyage en zone d’endémie ou d’épidémie à virus Zika?

«Ces personnes doivent être informées sur les embryofoetopathies et autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika au cours de la grossesse. Pour les femmes enceintes [il est conseillé], quel que soit le terme de la grossesse, un report de leur voyage. Éviter tout rapport sexuel non protégé avec un homme ayant pu être infecté par le virus Zika pendant le voyage et au retour, pendant toute la durée de la grossesse. Pour les femmes en âge de procréer: éviter tout rapport sexuel non protégé avec un homme ayant pu être infecté par le virus Zika en cas de projet de grossesse et reporter le projet de grossesse à leur retour de voyageEnvisager une contraception pendant la durée de leur voyage.»

_________

1. Foy B.D., Kobylinski K.C., Foy J.L.C., Blitvich B.J., Travassos da Rosa A., Haddow A.D., et al. Probable nonvector-borne transmission of Zika virus, Colorado, USA. Emerging Infectious Diseases 2011;17(5):p.880-882: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3321795/pdf/10-1939_finalD

2.  Musso D., Roche C., Robin E., Nhan T., Teissier A., Cao-Lormeau V.M., et al. Potential sexual transmission of Zika virus. Emerging Infectious Diseases 2015;21(2):p.359-361.

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