Tristesse, émotivité à fleur de peau... Si c’était une dépression?

Dernière mise à jour 12/02/13 | Article
Tristesse, émotivité à fleur de peau...
Comment reconnaître un état dépressif, le caractériser et le soigner? Questions/réponses avec le Pr Guido Bondolfi, psychiatre-psychothérapeute responsable du programme Troubles anxieux du Département de santé mentale et psychiatrie aux HUG.

Quels sont les signes d’alerte d’un état dépressif?

La dépression est souvent mise au jour au décours d’une consultation avec le médecin généraliste. Pour diagnostiquer une dépression, les médecins s’appuient bien sûr sur les critères de classification de référence en psychiatrie. Mais les signes les plus typiques lors d’un entretien entre le médecin et son patient sont des plaintes concernant la fatigue, des maux de ventre ou de dos inexpliqués, et une faiblesse émotionnelle au cours de l’entretien. Tristesse et anhédonie, c’est-à-dire une incapacité à éprouver du plaisir dans les activités qui d’habitude en procurent, sont les deux symptômes que le médecin doit rechercher systématiquement, en s’informant également du contexte de vie.

Ces symptômes ressemblent beaucoup à ceux du burnout. Comment être sûr qu’il s’agit d’une dépression?

Les symptômes sont grossièrement similaires mais les conséquences sont très différentes. Le burnout n’est d’ailleurs pas officiellement reconnu, il s’est glissé dans les pratiques, comme le mobbing. Il est en relation avec des situations de surcharge professionnelle, de durcissement des contraintes auxquelles nous sommes tous soumis au travail. Certains signes sont, c’est vrai, caractéristiques du burnout - le cynisme par exemple. Mais la véritable différence est que les périodes de congé améliorent l’humeur du patient en burnout. Alors que, pour sa part, le patient déprimé se sent encore moins bien lors des congés: ils augmentent sa culpabilisation.

Existe-t-il un seul type de dépression?

C’est une question clé. Elle est liée au débat sans fin autour de la classification des troubles mentaux, pour lesquels manquent des signes biologiques ou neurobiogiques que l’on trouve dans plusieurs maladies comme le diabète ou la maladie de Parkinson par exemple. La dépression est une affection à plusieurs facettes souvent accompagnée par d’autres signes de souffrance psychique, comme l’anxiété par exemple: la considérer comme une entité étanche, selon les critères de classification actuels, me semble réductionniste.

En dehors du contexte de vie, connaît-on des facteurs favorisant la dépression?

La médecine psychiatrique a fondé beaucoup d’espoirs, à travers de larges études génomiques, sur la recherche d’une prédisposition génétique aux troubles mentaux, dont la dépression ; mais les seuls pour lesquels nous avons eu des résultats dans ce sens sont la schizophrénie, les troubles bipolaires et l’autisme. Concernant la dépression et de nombreuses autres maladies d’ailleurs, une nouvelle piste s’ouvre, bouleversant d’anciens dogmes énoncés il y a trente ans : l’épigénétique, c’est-à-dire l’influence de l’environnement et de l’histoire personnelle sur l’ADN. En d’autres termes, le discours tout génétique est désormais pondéré par celui sur l’impact de l’environnement.

Quels sont les traitements?

Pour les dépressions de sévérités légère et moyenne, les approches psychothérapeutiques sont tout aussi efficaces que les approches pharmacologiques. Pour les dépressions sévères par contre, le traitement médicamenteux s’avère nécessaire pour corriger un déséquilibre important sur le plan neurobiologique, combiné à un traitement psychothérapeutique pour avoir le meilleur effet sur l’humeur. Nous sommes très sensibles à cet aspect-là en Suisse, ce qui n’est pas le cas de pays limitrophes comme la France, où la prescription de psychotropes se fait trop facilement, sans toujours proposer cet accompagnement psychologique.

Y-a-t-il des risques de rechute?

La dépression est une maladie récidivante et après deux ou trois épisodes dépressifs, elle se déclenche presque automatiquement. Un facteur de stress majeur – comme la perte d’un emploi, un deuil, une séparation – n’est même plus nécessaire pour retomber en dépression. Un événement mineur peut suffire, parfois même une baisse légère et transitoire de l’humeur. Mais prévenir la rechute est possible. Nos données et celles provenant d’autres pays montrent qu’une approche de huit semaines de «méditation en pleine conscience», une thérapie dans laquelle le patient apprend à modifier sa propre attitude face aux symptômes de la dépression, qu’il a appris à reconnaître, réduit de moitié le risque de rechute, de résultats comparables à ceux obtenus avec les traitements médicamenteux seuls dans la prévention des rechutes.

Un état dépressif peut-il s’observer au niveau cérébral?

Aujourd’hui, grâce à la neuroimagerie, il est possible d’étudier  et observer les modifications cérébrales. Par exemple, on sait que la dépression est davantage une hyperactivité qu’une sous-activité cérébrale. Il existe typiquement dans la dépression une hyperactivité de la zone du cerveau dédiée aux émotions, comme un feu que l’on n’arriverait pas à éteindre. On peut soit baisser le feu, ce qui est le rôle des médicaments qui agissent à ce niveau-là pour réduire l’hyperactivité, soit le recouvrir, ce que font les psychothérapies. Dans la prévention de la rechute nous avons pu observer les effets de la méthode de méditation en pleine conscience. Chez les méditants novices ou ayant suivi uniquement notre formation de huit semaines, ce sont plutôt les mécanismes de «couverture» qui interviennent, correspondant à une réévaluation des émotions en cours. Chez les méditants expérimentés comme les moines, il s’agit carrément de mécanismes d’extinction.

Référence

Adapté de «Dépression: la méthode de «pleine conscience», une nouvelle approche de la rechute», M. Casselyn, B. Kiefer, G. Bondolfi, in Revue médicale suisse 2013;9:91-93, en collaboration avec les auteurs.

A LIRE AUSSI

Asthme
La toux sèche: un signal d’alarme émis par le corps

La toux sèche: un signal d’alarme émis par le corps

L’automne et l’hiver venant, nous allons à nouveau être secoués par des quintes de toux. Un rhume, une...
Lire la suite
Arthrose
Genou douloureux: ses causes et ses traitements

Genou douloureux: ses causes et ses traitements

Avoir mal aux genoux est fréquent. Cette articulation est en effet particulièrement sujette aux traumatismes,...
Lire la suite
Allergies (autres)
reactions_allergiques_localisees

Réactions allergiques: reconnaître les manifestations localisées

Dans la majorité des cas, les manifestations de l’allergie se limitent au site d’agression de l’allergène...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Le cabinet du praticien, refuge de la détresse existentielle?

Le cabinet du praticien, refuge de la détresse existentielle?

Il fixe le sol, son visage est sombre, il tremble, ses mains sont agitées d’un mouvement nerveux répétitif. Il parle peu, d’une voix monocorde et, par moments, je perçois un sanglot contenu. Parfois, rarement, son visage se relève, son regard s’éclaire et brille de fierté quand il parle de son fils aîné qui veut devenir médecin. Puis l’angoisse le reprend, avec le désespoir.
Soins psychiatriques pour les migrants

Soins psychiatriques pour les migrants

Les requérants d’asile, vulnérables aux problèmes de santé mentale, nécessitent des soins spécialisés et en réseau.

Des clés pour gérer son stress

Le stress fait partie de notre existence. Pour composer avec lui et éviter qu’il ne fasse des ravages, des stratégies existent.
Videos sur le meme sujet

L'électricité pour lutter contre la dépression

L'électroconvulsivothérapie, autrefois appelée électrochocs, véhicule aujourd’hui encore une image négative.

La privation de sommeil pour soigner la dépression

Lucia Sillig évoque une méthode assez contre-intuitive pour lutter contre la dépression: la privation de sommeil.

Des électrochocs contre la dépression

Les électrochocs font peur parce qu'ils ont été utilisés avec barbarie et brutalité.
Maladies sur le meme sujet
Personne seule

Dépression

La dépression peut se manifester par une tristesse, un manque de plaisir et d'énergie, mais aussi par des changements dans le sommeil, l'appétit ou le poids.

Symptômes sur le meme sujet
La tristesse

Dépression

Je pleure souvent / je n’ai pas le moral / je suis déprimé(e)