Personnes âgées et maladie mentale: le rôle de l’entourage

Dernière mise à jour 10/01/12 | Article
Les maladies mentales à l’âge avancé poussent souvent la famille à assumer le rôle d’assistance avant que l’appui institutionnel ne prenne le relais. Ce qui risque de produire une très grande souffrance familiale.

Si vous êtes malade, vos proches ont un rôle à jouer. Non seulement pour vous soutenir, mais aussi pour  aider les soignants à mieux cerner vos problèmes, votre personnalité, votre histoire. Identifier la souffrance et comprendre la dynamique familiale, mieux comprendre vos ressources et besoins en tant que patient, ce sont des éléments essentiels de toute prise en charge.

La famille face à la fragilité psychique

Les changements de société et les brassages culturels ont transformé profondément le modèle familial. Il n’existe  plus aujourd’hui une configuration unique de la famille, mais de multiples déclinaisons. L’amélioration de la qualité de vie et l’accroissement de l’espérance de vie durant le siècle dernier ont conduit à une durée plus longue des relations intrafamiliales, créant des liens intergénérationnels de plus en plus complexes.

La vieillesse implique de multiples changements et demande de nombreux ajustements, tant pour la personne âgée que pour son entourage. La famille est progressivement amenée à tenir des rôles de remplacement et de protection, elle devient même le tissu social du parent âgé et la garante de la mémoire familiale. Le parent vieillissant devrait pouvoir compter sur un appui solide de sa famille, non seulement dans la réalité pratique et concrète, mais surtout sur le plan psychologique, pour lui permettre de conserver une certaine estime de soi alors qu’il est mis à rude épreuve à l’heure des deuils et de la perte d’autonomie.  

Dépendance et souffrance

Les situations de maladie mentale, qui impliquent une forte interdépendance, risquent de produire une très grande souffrance familiale. Elles demandent des aménagements du quotidien et déforment massivement le lien qui maintient chacun dans son rôle au sein de la famille. La grande dépendance provoque une charge physique importante, des modifications des habitudes avec, en particulier, une réduction des activités sociales et un isolement. Des difficultés de contact et de communication vont perturber les relations. Des conflits de loyauté ou d’intérêts peuvent apparaître, ainsi que des sentiments d’insuffisance, de culpabilité ou de honte. La santé physique et mentale du proche se dégrade, sa souffrance ressemble à un syndrome d’épuisement dû au stress physique et émotionnel prolongé. Sa vulnérabilité aux tendances dépressives est d’autant plus grande que le lien avec le malade est fort, qu’il cohabite avec lui, que le malade est dépressif ou s’il vit son rôle comme peu gratifiant. La situation de dépendance peut dépasser les capacités d’adaptation   de la famille dans son ensemble, épuiser les ressources des proches et produire des effets négatifs sur le comportement intrafamilial.   

Dépression et démence: risques pour le partenaire

Parmi les pathologies psychiques les plus courantes touchant la personne âgée figurent la dépression et la démence.

Que se passe-t-il au sein du couple âgé quand l’un des deux partenaires entre en dépression? Quel nouveau sens prend la vie de l’un dans la maladie de l’autre? Quelle interaction s’affiche dans l’équilibre matrimonial du couple âgé dans ces circonstances? Ce qui gravite autour de la pathologie, c’est le fait de s’apercevoir qu’au bout d’une longue histoire de vie commune, un partenaire change à cause de sa maladie et devient difficile à comprendre.

Ce qui peut  amener le partenaire déprimé devant une souffrance directe et le placer face à un creux psychique inexplicable qui, d’un côté, l’infantilise et, de l’autre côté, le rend coupable. C’est ici que prend naissance le sentiment d’inutilité et de repli sur soi. De fil en aiguille naissent l’agressivité et la colère face à une impuissance insurmontable. La fragilité psychique qui s’alourdit par une sensation douloureuse de vide intérieur peut aboutir au suicide.

Ou alors, le partenaire assiste aux transformations ininterrompues chez le conjoint, désormais méconnaissable. Ce qui le plonge dans un conflit de loyauté vis-à-vis de sa responsabilité et le promène sur un vaste champ de doutes. «Dois-je continuer à m’en occuper? Mais comment supporter une personne que je ne reconnais plus? Dois-je le/la confier à d’autres? Mais ne serait-ce pas un abandon?».

Face aux changements spectaculaires et aux symptômes néfastes, le partenaire en dépression devient comme une machine usée à la charge de l’autre. Il inspire pitié et compassion. Comme dans un circuit fermé, la souffrance de l’un crée un vide dans le système, entraîne le désarroi, occasionne la honte et le rejet de l’autre et, finalement, engendre la peur et l’angoisse de la mort proche. La dépression au sein d’un couple âgé représente une véritable lésion qui brise l’équilibre d’une dynamique ayant, depuis plusieurs années, formé un système de vie solide.

 Quant à la démence, pour faire face à l’altération progressive des fonctions cognitives, du comportement, des capacités fonctionnelles et relationnelles des patients déments, leurs familles sont contraintes de s’ajuster régulièrement. Les ressources tant individuelles que familiales sont ainsi mises à rude épreuve et cela sur de nombreuses années. Pour ces raisons, l’aide aux proches fait partie intégrante de la prise en charge liée à la démence, même si cette notion recouvre des pratiques diverses et parfois éclatées.  

 Référence

«Entourage des patients âgés avec une pathologie mentale», Dr Martine Desbaillets, Service de psychiatrie et psychothérapie de la personne âgée, CHC – Clinique St-Amé,  St-Maurice; Dr Karsten Ebbing, Unité de liaison de psychiatrie de l’âge avancé, Marie-Claude Kohler et Prof Armin von Gunten, Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé Département de psychiatrie, CHUV et Université de Lausanne; Dr Umberto Giardini, Service de psychiatrie gériatrique, HUG; Dr Isabella Justiniano, Service de psychiatrie et psychothérapie de la personne âgée – IPVR, Monthey; Dr Mbaki Mayemba, Clinique psychiatrique de Bellelay Services psychiatriques du Jura bernois,  Bienne,  in Revue médicale suisse 2010; 6:770-3.

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