Dépression: quand l’humeur est en chute libre

Dernière mise à jour 10/03/15 | Article
Dépression: quand l’humeur est en chute libre
Symptôme classique de la dépression, l’humeur en chute libre est très difficile à comprendre par l’entourage. Moins attendue, l’irritabilité masque parfois le tableau.

Sentiment pénible, mais naturel, la tristesse fait partie des émotions fondamentales auxquelles l’être humain ne peut se soustraire. Au cours d’une dépression, ce sentiment devient excessif et prend des proportions qui n’ont plus rien de normal.

L’humeur est marquée par une tristesse profonde et par l’absence totale d’espoir. Le déprimé paraît inconsolable. Sa souffrance s’accompagne d’une résistance aux stimulations agréables (loisirs, sorties…), difficilement compréhensible pour l’entourage.

Rien n’y fait: le déprimé reste plongé dans sa douleur, insensible à ce qui pourrait l’en détourner. Pour les autres, il peut facilement passer pour un insatisfait perpétuel puisque «personne ne peut l’aider».

Certains malades vont manifester leur malaise en pleurant souvent. D’autres vont intérioriser leur souffrance et devenir mutiques, figés par l’angoisse. Cette humeur maussade peut toutefois varier au cours de la journée. Comme le manque d’énergie, la tristesse et le désespoir sont souvent plus marqués le matin.

La larme facile                     

La tristesse qui s’empare des déprimés va s’extérioriser chez une partie d’entre eux par des pleurs fréquents. Ce comportement contraste fortement avec ce qu’ils étaient auparavant et surprend, voire agace, leur entourage. Certains ont même constamment l’œil humide, pleurant sans motif, portant sur eux toute la misère du monde. Cette propension à se répandre en larmes doit mettre la puce à l’oreille des proches. Submergés par leurs émotions, les déprimés ont l’impression que tout tire leur humeur vers le bas. Et ce n’est pas qu’une impression…

Paul, 24 ans

«L’image que je garde de ma dépression est une masse noire qui vous envahit la tête et tous les recoins de votre être. Je ne voulais pas me réveiller tellement je souffrais.»

«Tout m’est égal»

La fatigue du déprimé envahit les moindres recoins de son être. Cette lassitude se traduit chez lui par une perte de l’intérêt. Le plus frappant, c’est que le déprimé abandonne une des caractéristiques humaines fondamentales: la recherche du plaisir. Du coup, il n’arrive même plus à se réjouir. Absence d’envies, disparition des préférences: il émane de lui une profonde indifférence parce que rien ne peut parvenir à le «remonter». Cette forme de détachement peut affecter les activités physiques (promenades, sport), sociales (invitations, sorties habituelles avec des amis), intellectuelles (lecture, cinéma, musique et même télévision) et professionnelles (baisse d’intérêt pour leur métier et leurs collègues).

La capacité à ressentir du plaisir semble éteinte. La nourriture a moins de goût, la lecture se fait automatique et le paysage le plus magnifique n’a aucun intérêt. Autre signe qui ne trompe pas: à l’étonnement général, le déprimé ne retire plus de plaisir des activités qui lui donnaient habituellement de la satisfaction. Ses amis et ses hobbies le laissent froid. Rien ne le tente. Tout lui est égal. Le déprimé est étanche aux sollicitations positives et autres propositions alléchantes. Ce manque d’enthousiasme et de répondant constitue d’ailleurs une frustration supplémentaire pour ses proches.

Les nerfs à vif

L’anxiété est très fréquemment associée au tableau de la dépression. Le sentiment d’être tendu, fébrile, oppressé, d’avoir la bougeotte, de ne plus tenir en place: autant de signes qui font passer le déprimé anxieux pour un paquet de nerfs incontrôlable. Son comportement agité traduit en réalité l’angoisse dans laquelle il est plongé.

L’hyperactivité de certains patients est un moyen de combattre l’angoisse d’être dépassé par les événements. Cette lutte par l’activité à tous crins peut d’ailleurs les mener à l’épuisement. Il faut aussi savoir que le malade ressent une inquiétude immense à l’égard de son état, qui demeure pour lui incompréhensible. Sans parler de la honte de ne plus être à la hauteur de la situation.

Vrai ou faux?

«On peut être irritable et déprimé en même temps»

VRAI L’irritabilité est une autre facette de la dépression. Tout contrarie le déprimé qui devient du coup hyper-réactif. La plus pacifique des personnes peut ainsi se mettre à élever la voix et à répondre de manière agressive.

«Tout m’énerve»

Paradoxalement, certains déprimés offrent une image contrastée, contredisant les clichés habituels sur la dépression (apathie, tristesse…). A l’inverse des patients ralentis, ceux-là réagissent trop fortement à leur environnement et se montrent irritables, voire franchement hostiles. S’emportant pour un rien, exaspérés par des broutilles, ils sont très tendus et ont du mal à supporter les autres. Cette attitude agressive n’est pas rare et a l’inconvénient de brouiller les pistes.

Hypercritique, défaitiste, colérique, voire parfois violent: l’insatisfaction permanente déroute et suscite rarement la compassion… Difficile, en effet, de percevoir, au premier abord, une dépression derrière autant d’agressivité et de mauvaise humeur. En revanche, les proches comme les collègues au travail ne peuvent que constater un changement de personnalité: «Il n’est plus comme avant, il s’énerve pour un rien, il ne supporte aucune remarque.» Cette situation va inévitablement créer, à plus ou moins long terme, des problèmes relationnels.

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Extrait de :

J’ai envie de comprendre… la dépression (éd. 2012), de Suzy Soumaille en collaboration avec Guido Bondolfi et Gilles Bertschy

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