40 ans et en crise

Dernière mise à jour 10/03/14 | Article
40 ans et en crise
Un coup d’œil dans le rétroviseur, la conscience du temps qui passe, l’émergence de doutes, une envie de renouveau… L’entrée dans la quarantaine questionne, remue et secoue parfois jusqu’à la crise existentielle. Qu’est-ce qui se joue au mitan de la vie? Les réponses de Pasqualina Perrig-Chiello, professeure de psychologie à l'Université de Berne et cheffe de projet au Pôle de recherche national LIVES.

La crise de la quarantaine est-elle un mythe véhiculé par le cinéma et les médias, ou une réalité vécue par les hommes et les femmes? Selon Pasqualina Perrig-Chiello, professeure de psychologie à l'Université de Berne et cheffe de projet au Pôle de recherche national LIVES, «la crise du mitan de la vie est une notion encore très débattue en psychologie. Toutefois, il est reconnu qu’entre 45 et 55 ans, une part des individus vivent une période critique et propice à des bouleversements en raison des modifications hormonales, des différents changements dans la vie et de la multiplication des stress.»

Arrivé à ce stade, chacune et chacun prend en effet conscience du temps qui passe et réalise que le temps qui reste à vivre est moindre. On s’interroge alors sur son bonheur et son degré de satisfaction au travail, dans le couple et au sein de la famille. C’est l’heure du bilan. Les questionnements qui surgissent déstabilisent et peuvent parfois déboucher sur une crise. Seulement, dans la minorité des cas, celle-ci prend un visage pathologique et nécessite une aide clinique.

Mais hommes et femmes sont-ils égaux face à un tel événement? «Oui, répond la spécialiste. Les challenges sont les mêmes pour les deux sexes, mais ils les gèrent différemment. Les femmes ont plutôt tendance à exprimer leurs doutes, ce qui tend à diminuer la tension intérieure. Les hommes restent en revanche très souvent plus discrets et vivent les choses plus intérieurement, par peur de se sentir socialement affaiblis. Il en résulte, chez ces derniers, des ruptures souvent plus radicales».

Une génération «sandwich»

Durant cette période de vie, la personne expérimente un certain nombre de changements. D’abord, elle subit des modifications hormonales qui vont influencer son corps, son apparence et son humeur. L’homme se trouve confronté à une diminution du sentiment de pouvoir, de puissance et de dynamisme. Sur le plan familial, les enfants grandissent, quittent peu à peu le foyer, tandis que les parents vieillissent, voire entrent dans une période de dépendance.

«Pris entre deux générations, les 40 à 60 ans sont dans une position "sandwich" source de stress», explique Pasqualina Perrig-Chiello. Le couple existe souvent depuis longtemps, ce qui appelle à une redéfinition des rôles dans la relation. Sur le plan professionnel, c’est un âge où on a gagné en pouvoir et en responsabilités. L’individu est alors confronté à une surcharge de rôles à tenir et, simultanément, à un manque de temps pour se ressourcer. Combinés, tous ces facteurs peuvent favoriser l’émergence d’une crise.

Redéfinir son rôle

Comme l’adolescence, l’arrivée des enfants et, plus tard, la retraite, le mitan de la vie est un moment charnière où on est amené à redéfinir son identité. «Beaucoup en ont assez de remplir toujours le même rôle et ont l’impression de tourner en rond comme un hamster dans sa roue. La question se pose alors de savoir si on veut continuer à vivre de la même manière les vingt prochaines années ou si on lâche d’anciens rôles pour en investir de nouveaux. Les options deviennent de moins en moins nombreuses, et un sentiment d’urgence est ressenti», explique la psychologue. «Durant la première partie de la vie, poursuit-elle, on cherche à correspondre aux rôles qu’on nous impose et à s’ancrer dans la société. Dans la deuxième partie, on a gagné en assurance. On cherche désormais à se réaliser selon ses propres standards, à retourner vers soi.»

Comme toute remise en question, celle-ci suscite un nouvel élan et la promesse d’une vie plus épanouissante. Mais tout dépend de la capacité de chacun à en sortir grandi. «Pour la plupart, cette période est une grande chance. On explore de nouvelles dimensions de sa personnalité, on se découvre de nouvelles forces et de nouvelles ressources et on repart sur de nouvelles bases», rassure le professeur.

Pour bien gérer cette transition, il est toutefois essentiel, selon elle, de cultiver et prendre soin de soi-même et de ses amitiés. Ce qui aide à mieux comprendre ce processus, échanger avec les autres et ne pas se sentir isolé. Parler, et encore parler, à son partenaire, à sa famille, à ses amis, voire à un thérapeute, si besoin.

Aussi, dans le couple surtout, il ne faut pas oublier qu’on est seul responsable de sa vie, de ses choix et de son bonheur. Dès lors, il est vain, voire injuste, d’accuser l’autre de son malheur. Au lieu de ça, il vaut mieux privilégier le dialogue, prendre du temps pour soi ou des vacances en solo pour faire le point. En cas d’épuisement ou de retentissement sur le plan physique en revanche, il ne faut pas hésiter à consulter un médecin.

Quand ça casse

Tout ce processus peut s’avérer douloureux (inquiétude, tristesse, insomnie, troubles de l’humeur) et long. Son vécu va dépendre du contexte de vie, de la réaction de l’entourage (le conjoint en particulier) et des ressources personnelles. Le sentiment d’être pris au piège dans une dichotomie, ainsi que l’absence de porte de sortie, peuvent en effet mener à de la démotivation, à un épuisement, au désespoir, à la dépression et dans le pire des cas au suicide.

Les études montrent d’ailleurs que l’incidence de la dépression est particulièrement forte autour de 45 ans. «C’est une période sensible, où le taux de satisfaction de la vie est au plus bas, et qui connaît en plus un pic des divorces entre 46 et 48 ans», confirme la spécialiste. La crise du mitan de la vie peut balayer bien des choses sur son passage, conduisant à des ruptures amoureuses ou professionnelles, de façon plus ou moins abrupte.

La personnalité de l’individu joue également un rôle, non seulement dans la survenue d’une telle crise, mais aussi dans sa résolution. «Les personnes très consciencieuses, strictes avec elles-mêmes, aux principes étroits, désireuses d’avoir le contrôle sur tout, qui se sacrifient totalement pour leur famille, pour leur partenaire, leur travail, sont les plus sujettes à cette révolution intérieure. Une grande pression qui mène à l’explosion. A l’inverse, les personnes plus ouvertes, peu anxieuses face aux changements, qui se sont adaptées avec élégance tout au long de leur vie, sauront faire face de manière plus apaisée et sans trop de remous.

Rassurons-nous, seulement pour une minorité des personnes concernées la crise de la quarantaine est synonyme de grandes ruptures et d’une profonde souffrance. Pour une autre minorité, la remise en question est vécue sereinement. Pour le restant, la quarantaine est certes une période critique, mais surmontable. Elle est vécue aussi comme une chance et une ouverture vers des perspectives futures. Les chercheurs le constatent: après ce passage, la courbe de satisfaction de la vie remonte bel et bien!

Références

Perrig-Chiello, P. (2011). In der Lebensmitte. Die Entdeckung der mittleren Lebensjahre. Zürich: NZZ libro, Verlag Neue Zürcher Zeitung.

Blanchflower, D. G., & Oswald, A. J. (2008). Is well-being U-shaped over the life cycle?Social Science & Medicine,66(8), 1733-1749.

Stone, A.A., Schwartz, J.E., Broderick, J.E. & Deaton, a. (2010). A snapshot of the age distribution of psychological well-being in the United States.Proceedings National Academy Science USA,Jun 1;107(22):9985-90. doi: 10.1073/pnas.

Levinson, D. J., Darrow, D. N., Klein, E. B., Levinson, M. H., & McKee, B. (1978).The seasons of a man’s life. New York: AA Knopf.

Levinson, D.J. (1996).The seasons of a woman’s life.New York: Ballantine Books.

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