Trop d’événements gravement stressants peuvent favoriser la démence

Dernière mise à jour 18/10/13 | Article
Trop d’événements gravement stressants peuvent favoriser la démence
Un divorce, une perte d’emploi, le veuvage, la maladie du conjoint… autant de situations qui, cumulées, augmentent le risque de souffrir ultérieurement de démence. C’est la conclusion d’une étude de chercheurs suédois et américains menée auprès d’une population exclusivement féminine. Un résultat qui incite à une prise en charge des épisodes de stress trop intense.

L’objectif de cette étude(1) était d’étudier les relations entre les facteurs de stress et l'incidence de la démence, et ce dans un groupe de femmes. Point important, il s’est agi d’une enquête prospective menée de l’âge de la quarantaine à la fin de vie des participantes.

Examen psychiatrique

Le groupe d’étude était composé de 800 femmes volontaires nées en 1914, 1918, 1922 et 1930. Toutes avaient été systématiquement sélectionnées pour un examen psychiatrique de départ réalisé en 1968. Une fois tous les dix ans pendant une période de 38 ans, elles ont été interrogées sur leurs sentiments de détresse, d’anxiété, d’irritabilité ou de stress. Parallèlement, une série d'examens psychiatriques était également pratiquée tous les dix ans.

Les chercheurs se sont plus particulièrement intéressés à dix-huit situations générant un stress important (divorce, veuvage, difficultés professionnelles et pathologies associées). La démence a été diagnostiquée à partir d’informations provenant d’examens neuropsychiatriques, d’entretiens avec des informateurs et des dossiers des hospitaliers.

La maladie mentale d’un proche

Au début de l'étude, une femme sur quatre signalait un facteur de stress psychosocial. Une sur cinq en signalait deux, la même proportion en signalait trois, et 16% en signalaient quatre. Le stress le plus fréquemment évoquée était une maladie mentale chez un parent proche.

Au cours des trente-sept années de suivi de l'étude, 153 femmes (19,1%) ont développé une démence, dont 104 avaient pour origine une maladie d'Alzheimer et 35 une démence vasculaire. L'âge moyen d'apparition de la démence a été de 78 ans. Après ajustement statistique, le nombre de facteurs de stress rapporté au début de l'étude se révèle régulièrement associé à une détresse. Ces résultats demeurent significatifs même en tenant compte des antécédents familiaux psychiatriques.

Relation de causalité

Au total, l’analyse conclut que le nombre de facteurs ou d’épisodes de stress est effectivement associé à une augmentation du risque de démence précoce (de type maladie d'Alzheimer). Ce lien n’est pas retrouvé pour les démences d’origine vasculaire. «Notre étude montre que les facteurs de stress communs peuvent avoir des conséquences physiologiques et psychologiques graves et sur de longues périodes», soulignent les chercheurs. Ces derniers sont prudents, estimant ne pas avoir démontré ici l’existence d’un lien de causalité. Selon eux, d'autres études sont nécessaires pour confirmer ces résultats et déterminer si la gestion du stress et la thérapie comportementale doivent être mises en œuvre chez les personnes qui ont subi des stress psychosociaux.

Il semble que la question de cette prise en charge ne nécessite pas d’atermoiements. Une étude publiée l’an dernier témoigne du bien fondé d’une approche précoce à visée thérapeutique préventive. Ces travaux avaient alors été publiés dans les Annals of Behavioral Medicine.(2) Les chercheurs ont travaillé par entretiens téléphoniques à partir des données de la Midlife in the United States study, une étude nationale longitudinale sur la santé de la population américaine.

Dix ans plus tard

L’équipe avait ainsi étudié les relations entre les événements stressants de la vie quotidienne, les réactions des participants à ces événements et leur santé et leur bien-être dix années plus tard. Un travail méthodique effectué auprès d’un peu plus de 400 personnes en 1995 et 2005.

Constat: les personnes considérablement bouleversées ou marquées par les facteurs de stress quotidiens sont, après dix ans, plus susceptibles que les autres de souffrir de problèmes chroniques de santé. C’est là un argument de poids pour ne pas tarder à mettre en œuvre des méthodes permettant de répondre de manière positive à la somme de la violence des stress, petits et grands.

(1) Publiée fin septembre dans le British Medical Journal cette longue étude a été menée par des chercheurs de l’Institut des neurosciences de l'Université de Göteborg et du département des neurosciences (section de psychiatrie) du Karolinska Institutet de Stockholm. Ces chercheurs ont travaillé en collaboration des collègues américains du département de psychologie de la Utah State University. Un résumé développé (en anglais) de ce travail est disponible ici.

(2) Un bref résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.

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