Les maladies de la mémoire sont rarement héréditaires

Dernière mise à jour 21/08/14 | Article
Les maladies de la mémoire sont rarement héréditaires
Lorsque les pertes de mémoire se répètent, il arrive souvent que la cause première de l’inquiétude soit le spectre d’un parent ou d’un grand-parent atteint de la maladie d’Alzheimer.

Or, comme le rappelle le Dr Gilles Allali, chef de clinique en neurologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), la maladie d’Alzheimer n’est que très rarement génétique.

C’est lorsque celle-ci a débuté avant l’âge de 60 ans que l’on peut se poser la question de sa dimension génétique. Dans ce cas, et en fonction de l’évaluation neurologique et des examens complémentaires, la famille pourra rencontrer un généticien si elle le souhaite, et procéder à des tests pour évaluer ses risques d’être un jour atteint. Des résultats qui pourront parfois la laisser relativement démunie vu l’absence de solutions pour arrêter la maladie.

Quand s’inquiéter?

De manière générale, s’il y a une inquiétude ou si l’on se plaint d’un problème qui se répète, mieux vaut en parler à son médecin. Car même s’il s’agit au final d’un problème sans gravité, un diagnostic précoce reste important. Dans le meilleur des cas, la consultation servira à se rassurer et comprendre d’où viennent les absences. Dans d’autres, elle permettra de mettre le doigt suffisamment tôt sur une maladie pouvant provoquer les mêmes symptômes que celle d’Alzheimer mais dont les conséquences peuvent être réversibles. C’est le cas de certaines maladies infectieuses ou immunologiques qui peuvent atteindre la mémoire et qui peuvent être soignées. Ou encore d’une attaque cérébrale ayant passé inaperçue, elle aussi aux conséquences pouvant être réversibles.

Plus que toute autre chose, le signe à ne pas ignorer est le changement. Selon le Dr Allali, avoir observé un changement chez un proche ou chez soi-même au cours des mois précédents doit pousser à consulter sans trop tarder. Car même si dans sa forme classique la maladie d’Alzheimer commence par un trouble de la mémoire, elle peut aussi débuter par d’autres symptômes, tel un trouble du langage ou de la vision, des problèmes pour réaliser certains gestes, etc. C’est particulièrement le cas chez les personnes qui en sont atteintes avant 60 ans.

Pour se rassurer, il peut toujours être utile de se dire que, paradoxalement, le fait de se demander si l’on est atteint de la maladie d’Alzheimer est plutôt bon signe. En effet, les personnes qui en souffrent peuvent être dans l’incapacité de prendre conscience de leurs absences. Ce sont donc les proches qui détectent le plus souvent la maladie. Leur présence lors de la consultation donne souvent un signal d’alarme supplémentaire aux médecins.

Les signes auxquels il faut faire attention

  • Des pertes de mémoire qui se répètent. Le fait de poser plusieurs fois la même question et d’oublier immédiatement la réponse, par exemple.
  • La difficulté à effectuer des tâches familières. Avoir de la peine à cuisiner, jardiner, alors que c’étaient auparavant des activités courantes.
  • La difficulté à s’exprimer, à trouver ses mots (même ceux d’objets familiers) ou à se souvenir du prénom d’une personne que l’on connaît bien.
  • La difficulté à s’orienter dans l’espace (se perdre dans sa rue, par exemple) et dans le temps (ne plus se souvenir de l’année que l’on vit).
  • Des comportements inadéquats que la personne tend à minimiser. S’habiller comme en été alors que c’est l’hiver, ou l’inverse.
  • La difficulté à gérer ses tâches administratives, ses papiers, alors que cela ne posait pas de problème auparavant.
  • Egarer des objets, ne plus savoir où on les a rangés, voire les ranger dans des endroits incongrus, comme mettre ses clés au frigo.
  • Des changements d’humeur brutaux et inexpliqués.
  • Des changements de personnalité marqués, comme par exemple le fait de se renfermer sur soi-même ou d’être déprimé.
  • La perte d’enthousiasme au quotidien, le manque d’intérêt pour ses activités.

Agir sur sa mémoire?

Même si les trous de mémoire ont tendance à se faire plus nombreux dès que l’on passe la cinquantaine, perdre la mémoire n’est pour autant pas une fatalité. On a en effet plus de pouvoir sur celle-ci que l’on peut le penser, même dans le cas de la prévention d’une maladie neuro-dégénérative comme celle d’Alzheimer. Car si les mécanismes de déclenchement de la maladie restent encore peu clairs, la médecine dispose de suffisamment de données pour prouver les liens entre certains facteurs de risque spécifiques et l’apparition des symptômes. Comme le rappelle le neurologue, le rôle du médecin est donc aussi de dépister et traiter ces facteurs qui aggravent la maladie.

Ainsi, on sait aujourd’hui qu’il existe un lien entre les maladies neuro-dégénératives et les facteurs de risque cardiovasculaires tels qu’une hypertension qui n’est pas traitée, ou le diabète, d’autant plus lorsqu’il est mal contrôlé. Certaines modifications du style de vie peuvent parfois suffire à faire la différence. Que ce soit pour préserver sa mémoire lorsque l’on est en bonne santé ou pour retarder l’apparition des symptômes d’une maladie telle que celle d’Alzheimer.

Les conseils à retenir? Continuer à pratiquer de l’exercice physique. Adopter une alimentation saine et équilibrée, riche en fruits, légumes, poissons et céréales. Et lutter contre le stress, qui non seulement est un facteur de risque cardiovasculaire, mais il empêche également de se concentrer complètement, et donc d’intégrer de manière juste les informations à retenir. Prendre soin de sa mémoire, c’est aussi soigner son sommeil, se réserver des temps de repos, mais rester actif socialement et intellectuellement, continuer à apprendre, à se lancer des défis, ou essayer de nouveaux hobbys.

Enfin, si l’on a tendance à oublier certaines choses par manque d’attention, mieux vaut éviter le «multitasking» et essayer de se concentrer sur une seule activité à la fois. Et ne pas hésiter à utiliser des astuces comme garer sa voiture toujours au même endroit, prévoir un vide-poches pour ranger ses clés en rentrant chez soi ou noter les rendez-vous dans un agenda au moment où on les prend.

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