Le «binge eating», manger de manière compulsive

Dernière mise à jour 17/09/15 | Article
Le «binge eating», manger de manière compulsive
Ce trouble du comportement alimentaire qui conduit à manger beaucoup, vite et de manière incontrôlée entraîne souvent de l’obésité. Un médicament destiné à lutter contre ce syndrome a récemment été autorisé aux Etats-Unis. Mais il y a de très faibles chances pour qu’il soit admis en Suisse.

On parle beaucoup de cette fâcheuse vogue du «binge drinking» qui pousse certains jeunes à boire de l’alcool rapidement et avec excès dans le seul but de devenir ivre. Le «binge eating» ou hyperphagie, qui concerne la nourriture, n’a en revanche rien d’un effet de mode. Cette attitude se manifeste par des «crises au cours desquelles une personne mange beaucoup, très vite et en ayant l’impression de perdre le contrôle de son comportement alimentaire», souligne Vittorio Giusti, médecin-chef au Centre cardio-métabolique de l’Hôpital intercantonal de la Broye (HIB). Lorsque ces crises se renouvellent plus de deux fois par semaine, on parle alors d’hyperphagie boulimique.

A tout âge

Ce trouble du comportement alimentaire toucherait quelque 10% de la population –sans doute plus, «car souvent les personnes concernées ne consultent pas», constate le médecin. Il affecte surtout les femmes, bien qu’il puisse aussi toucher certains hommes, et peut survenir à tout âge, contrairement à la boulimie qui frappe principalement les jeunes. Il se distingue aussi de ce dernier trouble par le fait que les individus ne cherchent pas à compenser le surplus de nourriture consommé en s’efforçant de vomir, en prenant des laxatifs ou en faisant du sport pour éviter de grossir. L’hyperphagie s’accompagne donc d’une importante prise de poids: «40% des personnes obèses présentent ce trouble», constate Vittorio Giusti. Avec tous les risques de diabète de type 2 et de maladies cardio-vasculaires que cela entraîne.

Dans la majorité des cas, l’hyperphagie boulimique est associée à des troubles psychologiques tels que «le manque d’estime et d’affirmation de soi, l’anxiété, la dépression ou des phobies», précise le médecin. Son traitement nécessite donc le recours à des psychologues spécialisés et vise essentiellement à «réduire les fréquences des crises et à les transformer en simples grignotages». Résultat d’autant plus difficile à atteindre que le syndrome est sévère et qu’il est installé depuis longtemps.

Orthorexie: vouloir manger trop sain peut devenir malsain

Etre attentif à la qualité de sa nourriture est une chose. Mais certaines personnes sont tellement préoccupées par le besoin de manger sainement que cela devient chez elles une véritable obsession. Elles ne cherchent pas à maigrir. Elles ne se soucient ni du goût des plats, ni du plaisir qu’ils procurent. Mais elles s’inquiètent sans cesse de la provenance des aliments qu’elles consomment, de leur composition –contiennent-ils des additifs, des colorants, de la graisse, du sucre?-, de leur préparation, de leur propreté. Bref, des effets néfastes qu’ils pourraient avoir sur leur santé. Cette attitude a un nom, l’orthorexie. C’est un trouble du comportement alimentaire qui «s’apparente aux troubles compulsifs obsessionnels, les TOC», précise Vittorio Giusti, médecin-chef du Centre cardio-métabolique de l’Hôpital intercantonal de la Broye (HIB).

Le phénomène n’a rien de nouveau, mais «sa prévalence est actuellement en augmentation et cela nous inquiète», ajoute-t-il. On ne sait pas quelle est la proportion de la population qui est concernée, mais une enquête menée par le spécialiste il y a quelques années à l’Université de Lausanne avait montré que «7% des étudiants étaient affectés par l’orthorexie». Ce trouble est très certainement favorisé à la fois par les scandales qui ont éclaté dans l’agroalimentaire (comme celui de la vache folle), par toutes les informations qui circulent sur les bienfaits et les méfaits de l’alimentation, ainsi que par les incitations permanentes à manger sainement et bio à tout prix. Dans ses formes les plus sévères, il peut avoir d’importantes conséquences. «Certaines personnes peuvent consacrer la moitié de leur temps à penser à leur nourriture», souligne Vittorio Giusti. Cela peut alors conduire «à des troubles psychologiques et psychiatriques et avoir des répercussions sur le comportement et le quotidien des individus concernés». Avec les impacts sociaux, et financiers, que l’on imagine.

Traitements médicamenteux

En Europe, et notamment en Suisse, les médecins prescrivent parfois à leurs patients de la fluoxetine (le fameux Prozac®), «un antidépresseur que l’on prescrit à des doses plus élevées pour traiter la boulimie et l’hyperphagie».

Récemment, un autre médicament, utilisé jusqu’ici dans le traitement des troubles de l’attention avec hyperactivité (TDA-H), a été approuvé par la FDA (l’agence américaine de régulation des médicaments) dans la prise en charge de la compulsion alimentaire: le lisdexamfetamine dimesylate (Vyvanse®). Celui-ci appartient à la famille des amphétamines et peut entraîner de nombreux effets secondaires: des insomnies, une accélération du rythme cardiaque, de l’anxiété et même des troubles psychiques, sans compter les risques de dépendance. Ce qui fait dire à Vittorio Giusti «qu’il ne sera sans doute jamais autorisé en Europe, ni en Suisse». D’autant, précise-t-il, que «ce médicament, qui est en fait destiné à lutter contre l’obésité, ne fait perdre que 6 à 7% du poids initial». Ses bénéfices paraissent donc bien minces par rapport aux complications potentielles.

Peu de chances de réussite

De leur côté, des chercheurs américains disent avoir trouvé une molécule active contre le binge eating chez la souris, en tirant parti du fait que la compulsion alimentaire est un phénomène similaire à la dépendance à l’alcool ou au tabac. «De nombreuses recherches sont menées sur le sujet», constate le médecin de l’HIB qui n’est pas très confiant dans leur réussite. «Il est possible de se passer d’alcool ou de cigarettes, dit-il, mais pas de nourriture. Notre organisme dispose d’ailleurs de toute une série de mécanismes pour contrôler la prise alimentaire. Si l’on bloque l’un d’entre eux, il en utilisera un autre.» C’est pour cette raison que Vittorio Giusti «ne croit pas qu’une solution médicamenteuse pourra permettre de lutter contre l’hyperphagie boulimique, ou même l’obésité, car c’est trop compliqué». Mieux vaut donc traiter le problème à sa racine et s’attaquer aux problèmes psychologiques qui favorisent le comportement compulsif.

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