Pour vieillir sain de corps et d’esprit: ménager sa fourchette

Dernière mise à jour 12/06/12 | Article
Dame dégustant un hamburger
Va-t-on bientôt pouvoir, en restreignant et en modifiant son alimentation, vivre à la fois mieux et plus longtemps?

Ne mangerions-nous pas trop? Question fort opportune en cette période de nouvelle année, de meilleurs vœux et bonnes résolutions. On savait que moins manger permettait de vivre plus longtemps. On découvre qu’une réduction de la ration calorique quotidienne permettrait également de prévenir les effets de la sénescence sur les performances des cellules cérébrales. Telle est la conclusion d’une étude italienne conduite par une équipe de la faculté de médecine de l’Université catholique du Sacré Cœur de Rome ; une étude dirigée par Giovambattista Pani publiée dans les plus que sérieux Proceedings of the National Academy of Sciences. La lumière est mise ici sur une molécule (répondant au nom barbare de c AMP responsive-element binding 1 ou CREB 1) dont l’activité est augmentée sous l’effet de la restriction calorique. Or cette molécule semble jouer un rôle essentiel dans le bon fonctionnement et la longévité des cellules cérébrales. « Cette découverte comporte des implications importantes sur le développement futur des thérapies permettant de garder notre cerveau jeune et de prévenir le processus de vieillissement » assure Giovambattista Pani,

En avril 2010 des chercheurs américains avaient déjà montré des résultats proches. Le Pr Luigi Fontana et ses collègues de l'École de médecine de l'Université Washington avaient travaillé sur des rongeurs de laboratoire. Avant eux d’autres avaient établi sur des organismes moins complexes (une espèce de vers) qu’une limitation calorique pouvait doubler, voire tripler la durée de l’espérance moyenne de vie. L’équipe du Pr Fontana avait réduit l'apport calorique de souris de 10 à 50% et également observé une augmentation de la durée de vie des rongeurs et une réduction de leur susceptibilité aux maladies liées au vieillissement comme le cancer, les maladies cardiovasculaires et les problèmes cognitifs.

Plus précisément environ 30 % des rongeurs soumis à une restriction calorique meurent à un âge avancé sans développer de maladies normalement liées à l'âge. A l’inverse la grande majorité (94%) des animaux suivant un régime alimentaire normal développent des maladies telles que le cancer ou des maladies cardiaques et en meurent. Et environ 40% des animaux soumis à une restriction alimentaire présentent une espérance de vie en bonne santé similaire à la durée de vie. Le Pr Montana avait alors expliqué que les tendances alimentaires actuelles ne feront qu'augmenter, et non réduire le fossé de 30 ans existant entre l'espérance globale de vie et celle d'une vie en bonne santé.

Des observations similaires avaient aussi été faites sur des singes par une équipe de l'Université du Wisconsin (Pr Richard Weindruch) qui a étudié un groupe de soixante-seize singes macaques rhésus sur une période de 20 ans. Au départ, les animaux sélectionnés pour cette étude étaient des adultes âgés de sept à quatorze ans. Il en restait 33 en 2009 dont 13 qui étaient libres de manger sans limites et vingt soumis à un régime de réduction calorique. Chez ces derniers les chercheurs ont observé que l'incidence de tumeurs cancéreuses et de maladies cardiovasculaires était réduite de moitié comparativement au groupe témoin. Mieux: le diabète était totalement absent chez les animaux soumis à une réduction de calories, alors que cette maladie est courante chez les singes consommant la nourriture à volonté.

Pour sa part l'équipe italienne a calculé que les effets de la restriction calorique se produisent quand le rongeur ne consomme que 70% de la nourriture absorbée normalement. Ils démontrent également que, dans la majorité des cas, les souris soumises à ces expériences ne deviennent pas obèses et ne développent pas de diabète. Elles ont aussi de plus grandes capacités cognitives et de mémorisation, sont moins agressives et ne développent pas en vieillissant de symptômes de la maladie d'Alzheimer.

Différents travaux avaient par ailleurs montré l'importance de la molécule CREB1 dans la régulation des fonctions clé du cerveau comme la mémoire, l'apprentissage, et le contrôle de l'anxiété. D’ailleurs d'autres souris soumises à des réductions caloriques, mais génétiquement dépourvues de CREB1, ont subi les mêmes dégradations cérébrales typiques chez les animaux trop nourris ou âgés. «Nous espérons trouver un moyen d’activer la CREB1 avec de nouveaux médicaments de manière à maintenir le cerveau jeune sans avoir à réduire l’apport en calories», souligne encore Giovambattista Pani.

Il faut ici ajouter une autre et toute récente information qui vient d’être publiée dans le dernier numéro de Neurology, revue de l’Académie américaine de cette spécialité médicale. Résumons : les personnes âgées dont le sang contient des teneurs élevées en certaines vitamines et en acides gras oméga 3 ont de meilleures capacités mentales et de performances en matière de mémoire que celles consommant des aliments à faible valeur diététique. L'étude montre en outre que les personnes âgées consommant ces vitamines et acides gras oméga 3 ne connaissaient pas de réduction du volume cérébral.

Cette étude a été menée auprès de 104 personnes hommes et femmes volontaires âgées de 87 ans en moyenne avec des écarts de plus ou moins 10 ans. Il s’agissait ici de mesurer spécifiquement les niveaux sanguins d'une gamme étendue de nutriments (30 « bio-marqueurs ») et non d’extrapoler à partir des résultats de questionnaires portant sur le régime alimentaire, données moins précises, moins objectives et moins fiables. Les auteurs de ce travail ont déterminé que des hauts niveaux de vitamines B, C, D et E ainsi que d'oméga 3 (qu'on trouve surtout dans des chairs de poissons) avaient des effets positifs sur la santé mentale et le reste de l'organisme.

«Nous montrons clairement les effets neurologiques et biologiques bons et mauvais liés au niveau des différents nutriments dans le sang, explique Maret Traber, de l'Institut Linus Pauling de l'Université d'Oregon, co-auteur de cette recherche. Les vitamines et les nutriments qu'on obtient en mangeant une grande variété de fruits, de légumes et de poissons peuvent être mesurés à l'aide de bio-marqueurs sanguins. Je suis convaincue que ces nutriments ont un grand potentiel pour protéger le cerveau et le faire mieux fonctionner.»

Cette étude a aussi révélé que les participants (peu nombreux) dont le régime alimentaire était riche en certains acides gras (dits trans) abondants notamment dans des produits laitiers et des aliments frits, ont obtenu de moins bons résultats aux tests cognitifs: leur volume cérébral semble d’autre part se réduire davantage au vu des examens d’imagerie par résonance magnétique nucléaire. La plupart des participants avaient un bon régime nutritionnel; toutefois 7% avaient une carence de vitamine B12 et 25% de vitamine D.

Les auteurs soulignent que leurs résultats devront être confirmés par d'autres recherches mais a disent enthousiastes à l’idée qu'il est possible de freiner (voire d’arrêter) la réduction du volume cérébral et de rester intellectuellement performant simplement en corrigeant et en ajustant son alimentation. Qui ne serait pas enthousiaste à une telle perspective? Reste ici préciser les modalités pratiques.

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