Mon microbiote, mon âge et moi

Dernière mise à jour 30/09/20 | Article
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Objet de toutes les attentions, le microbiote reste empreint de mystère. Mais la recherche avance. Parmi les découvertes sous les projecteurs: l'évolution du microbiote au cours de notre vie et son impact potentiel sur la survenue de maladies dégénératives, comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson.

Le microbiote, c’est quoi?

Le microbiote, – anciennement appelé flore intestinale – définit la multitude de microorganismes (bactéries, virus, parasites, champignons non pathogènes, etc.) qui colonisent notre tube digestif.  Il est en relation étroite avec d’autres parties du corps, comme le cerveau, via un réseau complexe de connexions nerveuses qui intéresse les chercheurs. Son rôle dans la santé digestive, métabolique mais aussi neurologique fait l’objet de nombreuses études. Son déséquilibre s’appelle une «dysbiose».

Et si l’origine des maladies neurodégénératives était à chercher du côté… du ventre? De récentes études suggèrent en effet que l’intestin, notre «deuxième cerveau», jouerait un rôle déterminant. «Nous avons découvert que des personnes atteintes de certaines pathologies neurologiques présentaient un microbiote différent des personnes saines, raconte la Dre Vanessa Fleury, neurologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et spécialiste de la maladie de Parkinson. Cela suggère un lien étroit entre le tube digestif et le cerveau».

Chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, l’agrégation de protéines d’alpha-synucléine dans le cerveau est liée à la destruction des neurones dopaminergiques, destruction qui cause la maladie. Les dépôts d’alpha-synucléine sont aussi présents dans le système nerveux du tube digestif, et ce très tôt, voire même avant le développement des symptômes moteurs caractéristiques de la maladie. «L’augmentation de la perméabilité intestinale, récemment démontrée dans cette pathologie, favoriserait l’inflammation et l’agrégation de l’alpha-synucléine, explique la neurologue des HUG. Suite à un ou plusieurs évènements encore inconnus, cette protéine migrerait vers le cerveau le long du nerf vague, ce qui aboutirait à une maladie de Parkinson.» Or, le déséquilibre de la composition du microbiote intestinal favoriserait justement l’augmentation de la perméabilité et de l’inflammation intestinales. Il est donc fort probable qu’une association existe entre ce phénomène et la maladie de Parkinson.

Dans la recherche sur Alzheimer aussi, les connaissances se développent, et un lien entre déclin cognitif et microbiote intestinal est là encore avancé. La maladie se caractérise par la présence dans le cerveau d’un autre type de protéine, les plaques amyloïdes, autour et dans les neurones. Or, la présence de certaines bactéries inflammatoires dans l’intestin serait corrélée à l’agrégation de ces mêmes protéines dans le cerveau. «C’est une hypothèse qui reste à démontrer, et la recherche en est à ses prémices, prévient la Dre Fleury. Mais peut-être qu’un jour le microbiote pourra servir de biomarqueur et aider à diagnostiquer précocement, voire à traiter, les maladies neurodégénératives.»

Tout se joue-t-il dans les premières années de vie?

Si la cause des maladies neurodégénératives est encore inconnue, le vieillissement favorise  leur initiation et leur progression. Or, le microbiote intestinal subit des changements profonds avec l’âge. «Il est donc possible que ces changements contribuent aux processus d’inflammation chronique et au stress oxydatif liés à l’âge, notamment via le tryptophane, un acide aminé essentiel alimentaire, métabolisé par les bactéries intestinales », poursuit la spécialiste. Dès lors, prendre soin de son microbiote dès le plus jeune âge pour prévenir certaines pathologies serait une piste à creuser.

Sans compter qu’il évolue tout au long de notre vie sous l’influence de facteurs environnementaux. «Les bactéries intestinales ont de nombreux rôles, rappelle la Dre Sophie Restellini, médecin-cheffe de clinique au Service de gastroentérologie des HUG. Elles influencent entre autres la régulation des hormones, orientent la réponse immune et participent à la croissance des cellules.» A la naissance, notre système digestif est stérile, et la colonisation des microorganismes commence dans les 24-48 premières heures par certaines bactéries issues du contact avec la flore vaginale de la mère ou de l’environnement et de la peau en cas d’accouchement par césarienne. Au fil des mois, le catalogue bactérien s’étoffe et s’enrichit de nouvelles venues, lors de l’allaitement puis durant la diversification alimentaire. «C’est une période primordiale, explique la Dre Restellini. Les bactéries colonisent peu à peu notre intestin jusqu’à l’âge de 2 à 6 ans.» Vient ensuite une phase de « stabilisation » pendant l’âge adulte.

Une perte progressive de diversité

Chacun possède donc un microbiote unique, à la façon des empreintes digitales. Le facteur génétique de sa composition a été mis en avant après avoir observé les flores digestives de jumeaux, bien plus semblables qu’entre deux individus sans lien familial. Mais tout au long de la vie, de nombreux événements externes peuvent impacter la qualité et la quantité des microorganismes présents dans l’intestin, de façon temporaire ou non. La prise d’antibiotiques, par exemple, entraîne la destruction de certaines bactéries. «On retrouve souvent, dans l’histoire de patients atteints de maladies inflammatoires chroniques des intestins, une prise répétée d’antibiotiques durant l’enfance, pour traiter par exemple des otites ou angines à répétition», illustre Sophie Restellini. L’alimentation, les infections digestives, le niveau d’hygiène et, probablement, l’exposition à certains polluants, viennent s’ajouter à la longue liste des facteurs susceptibles de déstabiliser notre flore intestinale.

Mais le microbiote est un écosystème fascinant et, malgré les agressions, il possède une forte capacité à se régénérer pour retrouver son état de base. Ce phénomène s’appelle la «résilience», et son importance diffère d’un individu à l’autre. Lors d’attaques répétées sur le tube digestif, certaines personnes ne retrouveront pas tout à fait le même taux de diversité initial. Au fil des années, le microbiote finit par s’appauvrir, et dès lors, plusieurs pathologies peuvent survenir. «Une diminution de sa diversité semble être un élément pivot dans l’apparition de certains troubles digestifs ou des infections comme le Clostridium difficile, notamment chez les personnes âgées, explique la Dre Restellini. Mais aussi probablement dans la survenue de maladies neurodégénératives ou neurologiques comme la maladie de Parkinson ou la dépression.»

Le microbiote n’a, pour ainsi dire, pas fini de nous révéler tous ses secrets.

Préserver son microbiote

S’il est difficile de connaître la composition «idéale» du microbiote pour se prémunir de certaines maladies, on peut néanmoins en limiter les déséquilibres.

  • Manger varié

Une alimentation diversifiée augmente la diversité des organismes présents dans l’intestin. «On sait que les personnes qui ont un régime mono-dissocié (réduit à très peu d’aliments) ont un microbiote moins varié», confirme la Dre Sophie Restellini, médecin-cheffe de clinique au Service de gastroentérologie des HUG. Une alimentation pauvre en fibres, en particulier, semble corrélée à une baisse de la diversité microbienne et à une prolifération de «mauvaises» bactéries.

Quant aux probiotiques, qualifiés de «bonnes bactéries» et présents notamment dans certains yaourts, ils sont d’une efficacité limitée. «Les probiotiques semblent améliorer certaines pathologies chez certains patients. Mais, on ne sait pas encore avec précision quelles bactéries sont déficientes dans quelle pathologie et à quelle quantité il faudrait les donner, ajoutela spécialiste. Il est donc difficile de les recommander de façon universelle.»

  •  Eviter les aliments ultratransformés

Le microbiote est impacté par certains composants (additifs, édulcorants…) des aliments industriels modifiés, qualifiés de «ultratransformés».

  •  Limiter les antibiotiques

L’utilisation massive d’antibiotiques détruit certaines populations bactériennes et peut entraîner des pathologies digestives comme la colite à Clostridium difficile. «S’ils ne sont pas nécessaires, il faut éviter les antibiotiques, rappelle la Dre Restellini. Il y a là une vraie sensibilisation à faire auprès des patients et des soignants pour prévenir la surmédication.»

  •  Diminuer son stress

Certaines bactéries intestinales semblent sensibles aux signaux de stress transmis à travers la connexion cerveau-intestin. Être exposé à un stress chronique peut ainsi entraîner des changements dans le microbiote.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 28/06/2020.

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