Cybersexe: quand faut-il s’inquiéter?

Dernière mise à jour 04/12/19 | Article
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Alors qu’un usage modéré du cybersexe peut avoir des effets positifs sur la vie sexuelle, une consommation peu contrôlée n’est pas sans risques. Où se situe la limite entre une utilisation saine et un comportement addictif? Explications.

Bien souvent bénéfiques, quelques fois néfastes, le cybersexe et ses implications sociales, médicales et psycho-pathologiques soulèvent encore de nombreuses questions. L’évolution des mœurs et des rapports sociaux favorise les recherches scientifiques sur ce sujet. Il en ressort l’importance, dans la prise en charge thérapeutique, de mettre l’accent sur le renforcement de l’estime de soi des patients concernés.

Qu’est-ce que le cybersexe?

La notion de cybersexe se définit par toute recherche ou activité à caractère sexuel sur internet. Cette définition très large du terme englobe les nombreux supports à disposition (sites pornographiques, applications de rencontre, recherche simple d’informations, etc.), ainsi qu’un nombre élevé de pratiques et de comportements qui y sont associés.

Quels sont les bénéfices liés à son utilisation?

Si la première utilité à laquelle on pense est la recherche d’excitation de soi ou de son partenaire, l’utilisation du cybersexe et son intérêt potentiel sont en réalité bien plus vastes. D’abord parce que cette pratique peut constituer une forme de «soupape» permettant de réguler émotions, humeur et frustrations. Elle peut également présenter un effet positif en améliorant l’image que l’on a de soi et la compréhension de son propre désir. Enfin, en mettant en contact des individus a priori inaccessibles hors internet (distance géographique, cercles sociaux différents, etc.), le cybersexe revêt un rôle social réel en favorisant les échanges interpersonnels.

Peut-on parler d’addiction au cybersexe?

Il est difficile d’établir un cadre précis qui définirait une addiction au cybersexe. D’une part car son application est très large, rassemblant un nombre élevé de pratiques différentes, via des supports variés (téléphones, ordinateurs, webcam, etc.). D’autre part, parce que les recherches sur ces pratiques sexuelles n’en sont encore qu’à leurs balbutiements. Le champ scientifique de la sexualité humaine et en particulier celui des addictions sexuelles a en effet longtemps pâti de considérations morales (par exemple, définir une norme pour la sexualité en termes de pratiques ou de fréquence), retardant l’émergence de mesures et de définitions adaptées. Aussi, il apparaît très complexe d’établir une évaluation de l’activité sexuelle de chacun qui permettrait de dire si les comportements sont adaptés ou non. Pour autant, les études concernant d’autres addictions sans substance (jeux d’argent, jeux vidéo, etc.) permettent d’entrevoir certains éléments de réponse (lire plus bas).

Quels signes doivent alerter?

Quelques traits communs aux addictions dites «sans substance»:

  • La consommation passe avant toute autre activité, qu’elle soit sociale ou professionnelle, l’individu se désintéressant progressivement de tout ce qui ne s’y rapporte pas.
  • La personne ressent un désir puissant, compulsif vis-à-vis de ce comportement.
  • Une sensation de manque important apparaît lorsque ce désir ne peut pas être assouvi.
  • La consommation est difficile, voire impossible à contrôler.
  • La consommation n’est pas diminuée malgré la survenue de conséquences manifestement nocives pour l’individu.

Dans un ouvrage sur l’hypersexualité**, le chercheur Michael T. Walton évoque également une perte totale ou partielle de la capacité de raisonnement logique lors de l’excitation sexuelle. Ainsi privée de capacité de réflexion, la personne affectée n’intègre plus les conséquences de son comportement. L’auteur met également en évidence un sentiment de malaise ressenti une fois le désir assouvi. Cette souffrance serait due à une sensation de décalage entre le comportement sexuel de l’individu et ses valeurs et croyances personnelles.

Qui est concerné?

Dans la plupart des cas, le contexte familial, social et économique de la personne concernée constituent des éléments importants dont il faut tenir compte pour comprendre les raisons du développement d’une addiction. Sans être toujours problématiques en soi, ces facteurs peuvent devenir des déterminants potentiels.

Sur le plan psychologique, les recherches sur l’addiction au cybersexe ont permis de définir certains traits de personnalité souvent présents chez les individus touchés. Parmi eux:

  • Une humeur dépressive ainsi qu’une mauvaise estime de soi.
  • Une tendance à l’impulsivité en réponse aux frustrations rencontrées.
  • L’intensité du désir sexuel ressenti (plus elle est élevée, plus les pensées fantasmatiques seront fréquentes).
  • Une peur de l’abandon et un attachement insécure, provoquant une tendance à éviter les relations trop intimes.

A noter que les hommes apparaissent surreprésentés dans l’addiction au cybersexe. Parmi les hypothèses avancées dans les études: le design des produits (par exemple, une pornographie plus orientée sur des besoins masculins), des disparités d’acceptabilité sociale de ces usages, des différences de genre dans le rapport aux stimuli sexuels (réactivité aux images, à la relation), au désir et à l’excitation sexuelle.

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Références:

* Adapté de «Cybersex entre usage et addiction: vers de nouveaux modèles conceptuels et thérapeutiques», Pr Yasser Khazaal, Dr Stéphane Rothen, Nektaria Varfi, Dr Sophia Achab, Dr Lorenzo Soldati, Mylène Bolmont et Pr Francesco Bianchi-Demicheli, Rev Med Suisse 2019;15:574-8.

** MT Walton, JM Cantor, N Bhullar, AD. Lykins. Hypersexuality: a critical review and introduction to the «Sexhavior cycle». Arch Sex Behav 2017. (10.1007/s10508-017-0991-8).

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Paru dans Planète Santé magazine N° 36 - Décembre 2019

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