Pourquoi prenez-vous (ou pas) plaisir à faire du sport? Voici la réponse

Dernière mise à jour 24/01/13 | Article
Pourquoi prenez-vous (ou pas) plaisir à faire du sport?
Des chercheurs français annoncent avoir découvert la clef moléculaire expliquant pourquoi nous ne sommes pas égaux face aux plaisirs musculaires. Les endorphines ne sont pas seules en jeu. Que va-t-on bien pouvoir faire de cette découverte qui explique pourquoi certains sont accros à l’exercice physique.

Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de vanter les mérites de l’exercice physique. Il reste en revanche à comprendre pourquoi certains y prennent un réel plaisir quand d’autres renâclent devant cet obstacle. Cruelle inégalité puisque l’inactivité est la source de bien des maux. Le mystère est sur le point d’être levé. Tout est connu ou presque dans ce domaine et les incitations à «se bouger» sont de plus en plus nombreuses. Pourtant, bien trop souvent, rien n’y fait. Notre mode de vie dans la société industrielle restreint cette activité. Existe-t-il, au-delà des origines sociales, des bases biologiques à l’inactivité physique plus ou moins importante? C’est hautement vraisemblable. L’incapacité à «ressentir du plaisir» lors de cette activité est bien souvent citée comme une cause de refus récurrent à des programmes d’exercice physique. La biologie du système nerveux semble en jeu. Mais de quelle manière?

Une affaire de protéine

C’est précisément ici qu’il faut replacer un travail original qui vient d’être publié dans Biological Psychiatry. Le mystère nicherait dans une protéine réceptrice elle-même localisée dans une aire cérébrale étroitement associée aux systèmes de motivation et de récompense, un «récepteur des cannabinoïdes». Les célèbres endorphines ne seraient pas les seules dans ce paysage cérébral.

De quoi retourne-t-il précisément? C’est une belle histoire scientifique de notre temps. On peut la résumer. Les travaux ont été menés par Francis Chaouloff (Institut national français de la santé et de la recherche médicale-Inserm; Université Bordeaux Ségalen). Leur entreprise de décryptage moléculaire des sources cérébrales des plaisirs et des souffrances les a conduits jusqu’au labyrinthe du système cannabinoïde endogène (ou système endocannabinoïde), et plus particulièrement à l’un de ses récepteurs cérébraux.

«Les données mettant en avant des interactions entre le système endocannabinoïde, la cible du delta 9-tétrahydrocannabinol (le principe actif du cannabis), et l’exercice physique, ne datent pas d’aujourd’hui, précise-t-on auprès de l’Inserm. Cela fait dix ans que l’on sait qu’une session d’exercice physique active le système endocannabinoïde chez le sportif entraîné. Le rôle exact de ce système lors de l’exercice physique est toutefois resté longtemps inconnu.» Il y a trois ans, les auteurs de la publication de Biological Psychiatry observaient non sans surprise que des souris mutantes n’ayant plus de récepteur aux cannabinoïdes du type CB1 (le principal récepteur du système endocannabinoïde dans le cerveau) couraient moins longtemps et sur de plus courtes distances que leurs congénères sains. Il suffisait pour cela d’une roue d’exercice dans chaque cage de ces rongeurs; et d’un peu d’imagination.

Depuis trois ans, l’effort de l’équipe bordelaise consistait à comprendre le «comment» et le «pourquoi». Pour quelles obscures raisons l’absence de ce récepteur CB1 diminue partiellement (de 20 à 30%) les performances d’exercice volontaire chez des souris à qui on offre gracieusement l’accès à une roue d’exercice et ce trois heures par jour? Pour répondre, ces chercheurs ont utilisé différentes lignées de souris mutantes pour le récepteur et plusieurs outils pharmacologiques. Ils ont tout d’abord identifié la localisation du récepteur contrôlant l’envie et les performances musculaires: sur des terminaisons de certains neurones (neurones dits GABAergiques). Ils sont ensuite allés plus loin: ce récepteur est localisé dans l’aire tegmentale ventrale. Il s’agit là d’une région cérébrale étonnante, impliquée dans «les processus motivationnels liés à la récompense», et que cette récompense  soit naturelle (repas, relations sexuelles) ou plus ou moins artificielle, plus ou moins illégale (consommation de substances psycho-actives parmi lesquelles le cannabis).

Un processus cérébral complexe

Pour les chercheurs bordelais, les choses sont désormais relativement claires, chez la souris et très vraisemblablement chez l’homme. Au début et pendant toute la durée de l’exercice physique, le récepteur CB1 est constamment stimulé par les endocannabinoïdes. Ce sont là des molécules lipidiques qui activent naturellement ce récepteur en réponse à de nombreux stimuli plaisants (récompenses) ou déplaisants (stress). Cette stimulation du récepteur CB1 par les endocannabinoïdes pendant l’exercice physique provoque une inhibition de la libération de GABA. Il s’agit ici d’un neurotransmetteur inhibiteur qui contrôle l’activité des neurones à dopamine associés aux processus de motivation et de récompense. Et c’est ainsi que cette stimulation du récepteur CB1 conduit à une «inhibition d’inhibition», c’est à-dire une activation des neurones dopaminergiques de la fameuse «aire tegmentale ventrale». En d’autres termes la stimulation du récepteur CB1 est nécessaire  pour que l’exercice se prolonge en procurant à l’organisme la motivation nécessaire. Bien loin de souffrir on prend progressivement plaisir. A l’inverse, sans ces récepteurs CB1, le plaisir n’est pas (ou moins) au rendez-vous. Avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

L’originalité de cette étude? Elle réside dans le fait que l’on peut ajouter l’exercice physique à la panoplie des récompenses naturelles régulées par le système endocannabinoïde. Pour les chercheurs, la validation de cette «hypothèse motivationnelle» verrait ce récepteur plus jouer un rôle dans «l’adhérence à l’exercice» que dans les «performances physiques». Etant bien entendu que la première n’est en rien étrangère aux secondes. «Au-delà des endorphines, il nous faut donc maintenant considérer les endocannabinoïdes comme un autre médiateur potentiel des effets positifs de l’exercice physique sur notre humeur» concluent les chercheurs.  

Plus encore ces travaux ouvrent aussi de nouvelles voies de recherche concernant les médiateurs du plaisir, voire celles de l’addiction, associés à la pratique régulière de l’exercice physique. On pourrait ainsi bientôt comprendre pourquoi il y a des « accros » au sport comme il y en a au tabac ou aux boissons alcoolisées. Sans oublier que les conséquences sur le corps ne sont pas les mêmes chez les sportifs et chez les alcooliques et/ou tabagiques.  

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