De futurs médicaments sont-ils cachés dans les vins rouges?

Dernière mise à jour 12/06/12 | Article
Grappe de raisin rouge
Le décryptage moléculaire commence à faire la lumière sur leurs bienfaits qui intéressent au plus haut point certaines entreprises pharmaceutiques.

Les vins rouges ont des réelles vertus. Ils peuvent aussi être dangereux comme le sont, potentiellement, toutes les boissons alcooliques. Voilà bien l’un des paradoxes sanitaires parmi les plus délicats à manier. Peut-on évoquer leurs bienfaits sans être aussitôt accusé de faire le lit de l’alcoolisme, fléau dont il n’est nullement nécessaire de rappeler ici l’ampleur et les ravages? Et pourquoi faudrait-il taire les enseignements fournis par la recherche dans ce domaine? Ces enseignements sont tout aussi nécessaires et indispensables que de parler régulièrement de la réalité de l’addiction à l’alcool et de la recherche en alcoologie.

Deux toutes récentes publications, recensées par le site sante log, aident à faire un peu plus la lumière sur les vertus potentiellement préventives de certains vins. Elles soulèvent aussi une question essentielle : les effets bénéfiques des vins rouges pourraient-ils être obtenus sans consommer ces derniers ? Une question qui passionne le monde de l’industrie pharmaceutique toujours soucieux d’innovations et de rentabilité.

Le resvératrol, est un un polyphénol présent notamment dans les vins rouges ; plus précisément dans la peau des raisins qui servent à élaborer ces vins. Il a déjà apporté la démonstration de ses capacités préventives contre le diabète, les maladies cardiovasculaires ainsi que certains cancers. C’est ainsi qu’il est d’ores et déjà largement consommé non pas en phase hydro-alcoolique mais comme supplément nutritionnel.

Comment agit-il? La question reste posée. Une étude des National Institutes of Health (NIH) américains, publiée dans l’édition du 3 février de la revue Cell, contribue à éclairer la nature des mécanismes sous-jacents. D’autre part un article publié dans l’édition du 2 février de Nature commente les mécanismes physiologiques induits par la consommation du resvératrol.

L’étude des NIH a été menée sous la direction du Pr Jay H. Chung, chef du Laboratoire de recherche sur l'obésité et le vieillissement du National Heart, Lung, and Blood Institute. « Avant que les chercheurs puissent parvenir à transformer le resvératrol en un médicament sûr et efficace, ils doivent comprendre exactement ce qu'il vise dans les cellules » explique-t-il. Parmi les différentes hypothèses avancées plusieurs études ont jusqu’ici suggéré que le resvératrol agirait au niveau des sirtuines, classe d’enzymes parfois tenues pour être associées au vieillissement.

Le Pr. Chung et ses collègues (américains, chinois et hollandais) ont écarté cette hypothèse sur la base de différentes observations moléculaires. Après avoir retracé l'activité métabolique cellulaire du resvératrol ils ont identifié une nouvelle cible. Il s’agit des des protéines phosphodiestérases (PDE) qui, inhibées par le resvératrol, activent indirectement des sirtuines. Démonstration in vivo : des souris qui reçoivent un inhibiteur de PDE bénéficient des effets protecteurs du resvératrol, qu’il s’agisse de la prévention de l’obésité, de l'amélioration de la tolérance au glucose ou encore de l'augmentation de l'endurance aux efforts physiques.

Tout serait-il aussi simple? Peut-être pas car le resvératrol interagit également avec de nombreuses protéines. Il pourrait ainsi, du moins à forte doses et sur de longues périodes, avoir des effets toxiques encore inconnus. Or ce composé chimique intéresse au plus haut point certains laboratoires pharmaceutiques qui se tournent tout naturellement vers les inhibiteurs de PDE qui, pensent-ils, pourraient présenter les mêmes avantages que le resvératrol, sans ses toxicités possibles. En toute hypothèse des études contrôlées sont nécessaires pour éclairer sur la manière dont des produits naturels peuvent agir dans l’organisme humain.

Ceci n’empêche pas certains de brûler les étapes. «Quelques-uns des chercheurs qui ont travaillé sur les effets bénéfiques du resvératrol a fondé la société de biotechnologies Sirtris avec l'objectif de combattre les maladies liées à l'âge comme le diabète, écrit Ewen Callaway dans Nature. En 2008 la maison mère GlaxoSmithKline a financé Sirtris à hauteur de 720 millions de dollars. Le nom de cette société est issu de celui des sirtuines et les fondateurs Sirtris postulent que l’action du resvératrol tient pour l’essentiel à l'activation de la Sirt1.»

L’article de Nature montre que les travaux qui viennent d’être publiés dans Cell commencent déjà à alimenter de nouvelles et vives controverses outre-Atlantique. Des controverses vis-à-vis desquelles les producteurs de vins rouges du Vieux Continent sont totalement imperméables.

A LIRE AUSSI

Addiction au travail
Qu’est-ce que la dopamine?

Qu’est-ce que la dopamine?

C’est le New York Times qui l’écrit: notre cerveau «regorge de substances chimiques», et l’une de ces...
Lire la suite
Tabac
Cigarette électronique: serait-elle dangereuse pour les artères?

Cigarette électronique: serait-elle dangereuse pour les artères?

On ne cesse de vanter les avantages de la e-cigarette en la comparant aux cigarettes normales à base...
Lire la suite
Tabac
Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?

Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?

La prise de poids associée à l’arrêt du tabac représente un obstacle chez les fumeurs qui envisagent...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Alcoolisme

Alcoolisme et efficacité du baclofène, la question reste ouverte

Les recherches en cours sur cet ancien médicament ne délivrent pas encore une réponse univoque.
Videos sur le meme sujet

Dépendances: les proches souffrent aussi

Partager le quotidien d'une personne dépendante, l'aimer, supporter sa maladie n'est pas toujours facile. De nombreux proches d'alcooliques, de consommateurs de drogues, mais aussi de joueurs excessifs souffrent gravement de l'addiction de leur conjoint ou ami. L'antidote fait le point.

Alcool festif: gérer les risques

Toutes les générations ressentent du plaisir à partager un verre. Mais derrière cette image sympathique se cache une réalité plus sombre. Cette vidéo s'intéresse particulièrement à la consommation des adultes qui parfois se révèle excessive.

Alcool: en sortir autrement

L'aide aux personnes souffrant de leurs consommations alcooliques a changé. Moins culpabilisante, elle est aujourd'hui plus axée sur la personne, sur son rapport au produit et à sa consommation. Reportage avec l'Antidote.
Maladies sur le meme sujet
Foie

Cirrhose

La cirrhose et une maladie chronique du foie. Les cellules normales sont progressivement remplacées par une grande quantité de tissu cicatriciel, ce qui conduit à une diminution du fonctionnement de cet organe.