Simuler pour apprendre à soigner

Dernière mise à jour 21/01/16 | Article
Simuler pour apprendre à soigner
Pour s’exercer aux gestes médicaux techniques, les étudiants en médecine disposent de mannequins de toutes sortes. Certains, ultra-perfectionnés et bardés d’électronique, sont très réalistes.

Intuber, perfuser, ponctionner: pour apprendre à maîtriser ces actes, les futurs professionnels commencent par les pratiquer sans restriction, et surtout sans risque, sur différentes catégories de mannequins ou parties de mannequins. «Les dispositifs les plus simples représentent des bras sur lesquels on peut s’entraîner à faire des injections et des prises de sang, des dispositifs pour apprendre à placer une sonde urinaire ou encore des mannequins pour la réanimation cardio-pulmonaire que l’on peut défibriller», décrit la doctoresse Elisabeth Van Gessel, directrice du Centre interprofessionnel de simulation (CIS) à Genève.

Les mannequins sont pilotés par un technicien de simulation en santé qui peut faire varier les constantes vitales et l'état clinique.

Les mannequins sont pilotés par un technicien de simulation en santé qui peut faire varier les constantes vitales et l'état clinique.

© Romain Graf

Le nec plus ultra, en matière de mannequins, ce sont les simulateurs dits de haute-fidélité qui représentent un corps entier. Le Centre de simulation dispose d’une vingtaine de mannequins différents dont deux, une femme et un nourrisson, ressemblent en tout point au corps humain. Ils doivent être pilotés par un technicien de simulation en santé qui peut faire varier les constantes vitales, l’état clinique et interagir directement avec les participants: la poitrine des mannequins se soulève au rythme de leur respiration, leur pouls est sensible au cou, au pli du coude et à l’aine. Ils peuvent aussi parler, s’inquiéter, tousser, gémir, faire un arrêt cardiaque. Un mannequin d’obstétrique, une femme enceinte, permet de simuler des accouchements: contractions, expulsion, complications pour la mère avec une hémorragie ou pour l’enfant qui se présente mal.

Tout ou presque peut être simulé. «Les mannequins peuvent être adaptés à toutes les situations en fonction des besoins des étudiants et ils peuvent tous subir des gestes d’urgence tels que la mise en place d’un drain, un massage cardiaque ou encore une trachéotomie», explique la directrice. Les futurs médecins s’entraînent ainsi à pratiquer et peuvent apprendre de leurs erreurs sans risque de faire souffrir ou de tuer leur patient suite à une erreur de manipulation.

Optimiser le travail en équipe

Unique en Suisse, le centre de Genève est aussi l’un des rares centres interprofessionnels de simulation en Europe. En plus de permettre aux étudiants de répéter les protocoles opératoires et de s’entraîner techniquement à certains actes médicaux, c’est surtout l’apprentissage du travail en équipe et son optimisation que le CIS vise. Faire travailler en équipe les personnels médicaux et paramédicaux permet de mieux appréhender la gestion de situations de crise, d’acquérir des connaissances, des compétences et des comportements dans le but final d’améliorer la prise en charge des patients. «La communication entre les professionnels intervenants, et donc entre les métiers qu’ils représentent, est importante, de même que la coordination et la synchronisation entre eux. Il faut savoir en effet que les erreurs médicales lors d’une prise en charge médicale aiguë sont souvent dues à une mauvaise communication entre les professionnels», souligne Elisabeth Van Gessel, directrice du Centre de Genève.

Situations critiques

L’exercice peut sembler ludique mais il n’en est rien. «Travailler sur un mannequin n’a de sens que dans le cadre d’un scénario et d’un objectif à atteindre en matière d’enseignement. Il faut que cela entre dans un contexte de soins, de situations médicales critiques ou rares». Ainsi, les exercices se déroulent dans une salle d’urgence ou de soins et les situations cliniques vécues sont extrêmement proches de la réalité. «Ce qui est important, c’est d’accompagner les étudiants dans l’enchaînement des petits gestes et conduire à une pratique réflexive en leur donnant un feed-back». Dans ce cadre, les interventions sont donc filmées et suivies d’un débriefing.

S’il manque à ces mannequins l’essentiel, à savoir être de vrais patients avec une histoire et des émotions, reste que ces simulateurs sont incontournables dans la formation. «Ils sont là pour que les futurs professionnels se sentent à l’aise dans leur pratique. C’est une manière de mieux les préparer à une première rencontre avec un patient. Avec une meilleure expérience du déroulement de ce type d'actes, les jeunes médecins pourraient notamment éviter une bonne partie du stress qui accompagne les premiers contacts délicats avec des patients», conclut Elisabeth van Gessel.

Articles sur le meme sujet
PS60_recherche par hasard

PRE JOCELYNE BLOCH «JE SUIS ARRIVÉE À LA RECHERCHE UN PEU PAR HASARD»

Récemment nommée cheffe du Service de neurochirurgie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et professeure ordinaire à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne (UNIL), la neurochirurgienne Jocelyne Bloch s’est fait connaître du grand public par ses recherches pionnières sur les lésions de la moelle épinière, menées avec son collègue Grégoire Courtine, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Ensemble, ils ont fondé la start-up Onward Medical et codirigent le centre de recherche .NeuroRestore au sein duquel des projets sont également consacrés à la maladie de Parkinson et aux accidents vasculaires cérébraux.
PS59_IA

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, NOUVELLE ALLIÉE DES SOINS

Aide au diagnostic et à la lecture des examens d’imagerie, simulation et guidage des gestes chirurgicaux, élaboration de conseils personnalisés et d’outils de télémédecine fiables: les algorithmes font désormais partie intégrante du monde des soins. Faut-il s’en inquiéter? Si les questions soulevées sont nombreuses, tout porte à croire que, bien utilisés et encadrés, ils profitent tant aux équipes soignantes qu’aux patients.
BV_Microscope_blocOpé

LE MICROSCOPE OPÉRATOIRE OPHTALMIQUE

Le microscope ophtalmique du bloc opératoire est un instrument optique de haute précision. Utilisé dans toutes les interventions chirurgicales de l’œil, cet outil indispensable permet au chirurgien ou à la chirurgienne de voir en détail les structures de l’œil et d’opérer le plus précisément possible.
Videos sur le meme sujet

Mangrove GS: un outil pour anticiper le risque de métastases

Des chercheurs genevois ont créé Mangrove GS, un algorithme d’IA capable de prédire le risque de métastases à partir des cellules tumorales.

Des ordinateurs qui utilisent des neurones humains

Et si les ordinateurs devenaient biologiques?

Projet Smart Kitchen: une cuisine sous la loupe pour mieux comprendre le comportement humain

Couper, mélanger, ouvrir un frigo, surveiller une cuisson…