Démences: l’espoir des greffes de neurones

Dernière mise à jour 10/11/16 | Article
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Pour lutter contre les ravages des démences, la recherche scientifique s’acharne. Parmi les pistes de recherche, les thérapies cellulaires, qui suscitent un réel espoir.

La maladie d’Alzheimer, les démences d’origine vasculaire ainsi que les formes de démences mixtes (Alzheimer et démences vasculaires) posent, aujourd’hui, de nombreux défis à la recherche, faute de traitements efficaces pour les patients. Les thérapies cellulaires, avec l’utilisation de cellules souches, seraient l’une des pistes thérapeutiques explorées. Pour l’heure, la recherche n’en est qu’au stade des études expérimentales chez l’animal –et non aux études cliniques chez l’homme–, mais les résultats sont encourageants.

A l’origine des troubles de la mémoire, de la maladie d’Alzheimer et de certaines démences, il y aurait des pertes cellulaires (c’est-à-dire la mort des neurones) dans certaines régions du cerveau. Ces lésions seraient dues, selon diverses hypothèses, à l’accumulation de fragments de protéines dans le cerveau, qui n’auraient pas été éliminés. Au début de la maladie, l’accumulation de ces agents pathogènes s’observe dans une zone précise du cerveau, à savoir dans la région interne du lobe temporal, siège de l’hippocampe, structure cruciale pour la mémoire. Au fur et à mesure que la maladie avance, il semblerait que le mécanisme pathogène se propage de neurones en neurones, jusqu’à toucher tous les réseaux connectés à la première région touchée.

Le recours aux cellules souches

Basée sur la culture de cellules souches pouvant être différenciées en neurones, la thérapie cellulaire pourrait être une réponse thérapeutique à ces pathologies, confirme le Dr Karl-Heinz Krause, professeur aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ainsi qu’à l’Université de Genève (Unige) et spécialiste des greffes de neurones et de cellules souches. L’injection de nouveaux neurones (les neurones étant un type de cellules) permettrait de remplacer ceux qui sont morts et, ainsi, de compenser les pertes cognitives liées à la maladie. De l’avis du professeur Krause, «d’un point de vue théorique, l’injection de cellules neurales pourrait fonctionner ».

Concrètement, deux types de cellules souches sont actuellement testés. Les premières sont des cellules souches appelées «mesenchymales», qui peuvent être prélevées dans la moelle et la graisse. Elles ont été choisies pour leurs propriétés intéressantes à l’égard d’autres cellules: «Elles sont en effet dotées de facteurs de croissance, capables de faciliter la survie de neurones endommagés ou de stimuler le développement de nouveaux vaisseaux, explique Karl-Heinz Krause. Sur la base d’une cinquantaine d’études, une amélioration globale des fonctions du cerveau a été constatée chez les souris testées. Une efficacité d’autant plus importante qu’aucun effet secondaire n’a été observé.» En revanche, ces cellules ne sont pas capables de remplacer les neurones morts.

L’autre piste explorée est l’injection, cette fois, de cellules souches neurales, soit des cellules capables de fabriquer des neurones. Cette approche semble la plus prometteuse, parce qu’un vrai remplacement des neurones morts peut être obtenu. Les résultats de ces études chez l’animal sont aussi intéressants, mais on manque encore de données pour dire si cette méthode est vraiment supérieure. Autre nuance qu’il convient d’apporter, selon le professeur Krause, est le «biais de publication». Il s’en explique: «Si une expérience fonctionne, les chercheurs publient leurs résultats dans les revues scientifiques. A l’inverse, s’ils ne sont pas significatifs, chercheurs et éditeurs sont moins motivés à faire état de leurs recherches, ce qui vient fausser la vision globale dans le domaine.» Un phénomène qui n’est pas propre a la thérapie cellulaire neurale, mais qu’il convient, selon le spécialiste, de relever.

Néanmoins, la greffe cellulaire comme traitement contre les démences reste une piste prometteuse. Un espoir d’autant plus fort que l’anatomie du cerveau est assez bien connue et que les techniques d’injection sont bien maîtrisées. Selon Karl-Heinz Krause toujours, les premières études chez l’homme se feront d’ici à une dizaine d’années.

L’exemple de Parkinson

Une étude publiée récemment décrit le destin de deux patients anglais atteints de la maladie de Parkinson. Ces derniers se sont vu transplanter des neurones dopaminergiques d’origine fœtale en Suède, il y a environ 20 ans. Les premiers effets –positifs– sont apparus six mois après l’injection, le temps que le neurone établisse de nouvelles connexions. L’amélioration s’est ensuite poursuivie durant quatre ans. Quinze ans plus tard, on conclut à une nette amélioration de l’état de santé de ces deux patients. «Vu que la maladie de Parkinson ne s’améliore pratiquement jamais de façon spontanée, cette étude suggère fortement qu’un traitement peut faire disparaître certains de ses symptômes. C’est le cas des chutes, qui ont complètement disparu grâce à la greffe, de même que le sentiment de "congélation", où le patient n’arrive pas à bouger», détaille le professeur Krause. Bien qu’il s’agisse d’une étude n’incluant que deux patients, le spécialiste est personnellement convaincu que ce genre de traitement peut fonctionner. «Le défi repose désormais sur la recherche d’autres types de cellules, pluripotentes, pour pouvoir reconduire de telles expériences», conclut-il. Les effets positifs de la greffe de neurones pour cette pathologie renforcent l’espoir de son efficacité sur les démences et la maladie d’Alzheimer.

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Paru dans Générations, Hors-série «Tout savoir sur notre mémoire», Novembre 2016.

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