Infertilité masculine: oser consulter

Dernière mise à jour 17/06/26 | Article
P61_Infertilité masculine
Un couple sur six est touché par l’infertilité et, dans près de la moitié des cas, un facteur masculin est en cause. Ce sujet reste souvent tabou.

L’infertilité touche environ 15% des couples en âge de procréer. Alors que dans près de la moitié des cas, elle est liée à un problème masculin, les hommes consultent plus tardivement que les femmes. Pourtant, grâce aux progrès réalisés en biologie de la reproduction et en procréation médicalement assistée (PMA), il est aujourd’hui possible d’identifier et de traiter de nombreuses formes d’infertilité.

Des causes très variées

L’infertilité masculine se classe en deux catégories: primaire, lorsque l’homme n’a conçu aucun enfant; secondaire, lorsqu’il présente des difficultés à concevoir de nouveau. Les causes sont diverses, mais la présence d’une varicocèle est la plus fréquente. Il s’agit d’une sorte de varice testiculaire qui se forme lorsque certaines veines des testicules sont anormalement dilatées. Elle perturbe la production des spermatozoïdes, ou spermatogenèse, notamment en augmentant la température localement. Cette atteinte veineuse toucherait environ 15% des hommes au sein de la population générale, mais se retrouve chez 35% de ceux qui présentent une infertilité primaire et chez 80% de ceux qui sont atteints d'une infertilité secondaire.

AGIR AU PLUS TÔT

«Face à une infertilité, plus le diagnostic est précoce, meilleures sont les chances de parentalité. Il est donc important que les médecins de premier recours adressent rapidement les hommes vers des spécialistes», souligne le Dr Nady Assayed-Leonardi, chef de clinique au Service d’urologie du Centre hospitalier universitaire vaudois et responsable de la consultation spécialisée pour les hommes ayant des difficultés de fertilité. Pour offrir les solutions les plus adaptées, la prise en charge de l’infertilité est multidisciplinaire et inclut souvent un accompagnement psychologique.

D’autres problèmes anatomiques, de naissance ou apparaissant plus tard, peuvent avoir un impact sur la fertilité. C’est le cas par exemple de la cryptorchidie, trouble survenant lorsque les testicules ne descendent pas spontanément dans le scrotum. Une obstruction des voies séminales peut quant à elle provoquer une concentration insuffisante de spermatozoïdes dans l’éjaculat, voire parfois même une absence totale. On parle alors d’«azoospermie». Autre cause possible: les mutations du gène CFTR (cystic fibrosis transmembrane conductance regulator) Responsables de la mucoviscidose, elles sont associées à une absence congénitale des canaux déférents, nécessaires à l’expulsion des spermatozoïdes dans le liquide séminal. De 5 à 10% des infertilités masculines seraient liées à des anomalies génétiques, dont la plus répandue est le syndrome de Klinefelter, caractérisé par la présence à la naissance d’un chromosome X supplémentaire.

Un dysfonctionnement de l’hypophyse ou de l’hypothalamus, deux petites glandes situées dans le cerveau qui régulent la sécrétion d’hormones essentielles à la spermatogenèse, peut entraîner une infertilité. Elle peut aussi être provoquée ou favorisée par des facteurs environnementaux, médicamenteux et infectieux. Il a été démontré que la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis peut altérer la qualité, la quantité ou la mobilité des spermatozoïdes. L’exposition aux pesticides, aux métaux lourds ou à certains perturbateurs endocriniens a sans doute aussi des répercussions sur la fertilité. C’est le cas également de certaines infections sexuellement transmissibles (IST) ainsi que des oreillons. Cette infection peut engendrer, chez les adultes et les adolescents non vaccinés, des complications, notamment une inflammation des testicules appelée «orchite ourlienne». Certains cancers peuvent affecter la qualité du sperme, indépendamment des traitements. Les agents alkylants utilisés en chimiothérapie et la radiothérapie des testicules –même à faible dose– sont susceptibles d’altérer la production de sperme, tout comme d’autres médicaments utilisés dans des indications variées.

Le temps du bilan

L’évaluation initiale de l’infertilité masculine repose sur un interrogatoire approfondi et un examen clinique ciblé. Le médecin interroge le patient sur divers aspects de sa vie: développement pubertaire, antécédents médicaux (infections, chirurgies, traitements), mode de vie (tabac, alcool, exposition à des toxiques), sexualité, etc. La présence d’éventuelles anomalies anatomiques sera détectée à l’auscultation. Un spermogramme est habituellement prescrit en première intention. Réalisé sur un échantillon de sperme, il détermine la quantité, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes ainsi que le volume et l’aspect du liquide séminal. Si les résultats sont anormaux, d’autres examens seront envisagés, notamment un bilan hormonal, une échographie testiculaire et/ou une analyse génétique.

Les traitements varient selon la cause de l’infertilité identifiée. De simples changements d’hygiène de vie (perte de poids, réduction de la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis, augmentation de l’activité physique, etc.) peuvent parfois être suffisants. En cas de troubles hormonaux, une stimulation de l’axe hypothalamus-hypophyse est possible. Des interventions chirurgicales peuvent être suggérées en cas d’anomalies. Certaines ne corrigent pas le défaut mais servent à récupérer des spermatozoïdes directement dans les testicules.

Enfin, un parcours de PMA peut être proposé au couple, en utilisant les spermatozoïdes de l’homme s’il en produit toujours ou via un don de gamètes. Les deux techniques les plus fréquentes sont l’insémination artificielle et la fécondation in vitro (FIV). En Suisse, seule l’insémination artificielle, qui consiste à introduire dans l’utérus de la femme des spermatozoïdes préparés, est remboursée par l’assurance maladie.

*Adapté de: Kanakaratnam, S., et al. Comprendre et traiter l’infertilité masculine: un enjeu médical de santé publique, Rev Med Suisse, Vol. 21, no.941, 2025, pp.2132-2136.

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