Le manque de fer touche surtout les femmes

Dernière mise à jour 13/08/12 | Article
Femme fatiguée
Lors de grosses fatigues, on oublie souvent de chercher du côté d'une carence en fer. Or, ce phénomène est fréquent chez les femmes qui, en raison de leurs règles, perdent régulièrement quelques microgrammes de cet élément indispensable.

On a souvent tendance à incriminer le stress, le mode de vie contemporain et les tâches familiales lorsque s'installe une fatigue générale qui dure. Or, même en l'absence d'anémie proprement dite, des carences en fer peuvent provoquer toute une série de symptômes désagréables.

C'est que le fer joue un rôle essentiel dans notre organisme. Il contribue au transport de l'oxygène par l'hémoglobine et intervient dans les mécanismes liés aux neuro-transmetteurs. C'est ce qui explique qu'un manque de fer entraîne des difficultés de concentration et d'attention et des problèmes en matière de mémoire et d'apprentissage oral.

Mais cette carence n'affecte pas que les fonctions cognitives elle entraîne aussi une grande fatigue, un manque d'énergie et une diminution de la force musculaire. Elle peut aussi provoquer la chute des cheveux ou leur fragilité (cheveux cassants), augmenter les troubles émotionnels et aggraver les dépressions, surtout chez les femmes qui viennent d'accoucher. Chez les enfants et les adolescents, le manque de fer peut compromettre leur croissance.

Indépendamment de l'anémie proprement dite, la carence en fer est une condition très courante et peu diagnostiquée. En France, elle touche 25% de la population féminine.

Chercher la ferritine

Mais comment diagnostiquer un manque de fer sans anémie? Un taux d'hémoglobine normal ne permet pas d'exclure une carence en fer, explique le Dr Bernard Favrat, médecin-adjoint à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne. C'est au taux de ferritine qu'il faut s'intéresser, car c'est lui qui indiquera de manière incontestable l'existence d'une carence. La ferritine est une protéine dont la spécificité est de stocker le fer. Ce taux devrait être d'au moins 30 microgrammes par litre de sang (30 μg/l) mais, déjà au-dessous de 50 μg/l, une fatigue anormale peut apparaître. On observe parfois des taux très bas dans la population, à moins de 20 μg/l, voire 15 μg/l.

Trop de fer: cela existe aussi!

C'est un phénomène rare mais il existe: certaines personnes souffrent d'un excès de fer. Paradoxalement, ces personnes souffrent aussi d'une fatigue anormale, comme celles qui sont affectées de carences en fer! Les causes de cette surcharge en fer sont principalement des troubles du métabolisme, l'alcoolisme, la destruction du foie (cytolyse) et, plus rarement, une modification génétique.

La solution consiste en de classiques saignées – comme au temps de Molière! – qui ont pour but de diminuer le taux global de ferritine. Malheureusement, le sang de ces personnes n'est pas accepté par les organisations qui collectent du sang, malgré la pénurie qui règne dans ce domaine. En effet, par principe, aucun don de sang de provenance thérapeutique n'est accepté.

Pour un donneur de sang ordinaire, la perte de ferritine est significative: 250 μg/l. À titre de comparaison, une menstruation représente une perte moyenne de 25 μg/l.

Devant la suspicion d'un manque de ferritine, le médecin va commencer par faire des investigations de base, à la recherche d'inflammations, d’un problème thyroïdien, d'hémorragies gastro-intestinales, d'une maladie cœliaque ou de pathologies de malabsorption au niveau de l'estomac. Il s'agitd'exclure d'abord des causes somatiques et psycho-sociales à une fatigue anormale, ainsi que des causes liées au mode de vie (sommeil) et à la prise de substances telles que l'alcool, des drogues ou des médicaments.

Si l'on est bien en présence d'une carence en ferritine, alors peut commencer une substitution par des comprimés à prendre pendant les repas et non avant – même si c'est parfois ce qui est conseillé pour favoriser l’absorption ! En effet, selon le Dr Favrat, les effets secondaires digestifs des compléments en fer, lorsqu'ils sont pris à jeun, dissuadent parfois les patients de persévérer. En revanche, pris avec les repas, ces effets diminuent ou disparaissent. Et pour mieux absorber le fer, rien de tel que boire en même temps un verre de jus d’orange (effet de la vitamine C).

Les compléments médicamenteux ne sont pas la seule stratégie possible. Il existe des indications pour un apport de fer sous forme intraveineuse qui donne souvent des résultats immédiats et spectaculaires. Toutefois, selon le Dr Favrat, cet apport direct ne devrait pas être envisagé en première ligne, car il peut provoquer des effets secondaires et des réactions allergiques. Il faut le réserver pour des cas où les compléments ne donnent pas de résultats ou sont mal supportés. Les effets du fer intraveineux durent plusieurs mois, jusqu'à ce que la réserve de fer s'épuise. Quelle que soit la méthode utilisée, on vise un taux «idéal» de ferritine compris entre 50 et 100 μg/l.

Personnes âgées: carences fréquentes

Comme les femmes non-ménopausées et les sportifs, les personnes âgées peuvent aussi souffrir de carences en fer. C'est le cas notamment à cause de micro-saignements et surtout d'une alimentation déséquilibrée ou trop faible. Il est alors indiqué de leur apporter un complément en fer et des vitamines.

Veiller à l'alimentation

L'alimentation est évidemment la principale source de fer pour l'organisme et la viande en est le vecteur le plus riche, celui qui permet la meilleure absorption du fer. Or, les femmes, qui peinent déjà à compenser les pertes de fer dues aux règles, se mettent souvent elles-même en état de restriction calorique, soit parce qu'elles ont des besoins limités en raison d'activités sédentaires, soit parce qu'elles se soucient de leur ligne. Dans tous les cas, elles mangent trop peu de viande et de poisson, observe Nathalie Pasquier, diététicienne à Lausanne et à Fribourg.

Or, elles devraient en consommer de temps en temps, même s'il s'agit de petites quantités, conseille-t-elle. Et si l'on veut manger moins ou proscrire la viande, il faut alors jongler avec les bonnes sources de fer, légumes, céréales, levures, farineux, sachant que l'absorption du fer est moins bonne avec ces aliments. Mais ce n'est pas facile à piloter, ajoute Nathalie Pasquier, surtout sur la durée, tant les variables sont multiples!

Le fer dans l'alimentation

Il ne suffit pas d'absorber des aliments riches en fer, encore faut-il veiller à l'absorption du précieux élément, car elle peut être compromise par ce qui est pris en même temps.

Ainsi, le thé et le café inhibent l'absorption du fer en raison des tanins qu'ils contiennent. Il vaut donc mieux changer ses habitudes et les consommer en dehors des repas – ou passer à des thés sans tanins, comme le rooibos. Inversement, le son, les céréales complètes et la vitamine C favorisent l'absorption du fer.

Selon Nathalie Pasquier, les régimes végétariens et, plus encore, végétaliens impliquent des risques considérables de carences en fer. Ces régimes sont plutôt l'apanage des femmes qui, déjà naturellement plus exposées que les hommes, multiplient ainsi les risques. C'est particulièrement vrai pour les sportives et les sportifs et pour les femmes qui ont des règles abondantes: en ce cas, la compensation des pertes par la seule alimentation végétarienne est quasiment impossible.

D'une manière générale, la déstructuration des repas qui caractérise notre mode de vie favorise les carences : les snacks et autres en-cas pris sur le pouce sont bien moins profitables que les repas préparés et ceux à partir de produits frais.

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