La sieste, un atout pour mieux apprendre
C’est désormais prouvé : dormir n’est pas bienfaisant que pendant la nuit. « Nous savions que notre cerveau tirait des bénéfices du sommeil nocturne, mais nous venons de démontrer que celui de la journée a les mêmes vertus », résume le Pr Christoph Nissen, médecin-chef au Service des spécialités psychiatriques des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). L’expert a en effet dirigé une vaste étude, réalisée par les HUG en collaboration avec l’Université de Genève (UNIGE) et l’Hôpital universitaire de Freiburg, en Allemagne. Ces travaux ont été publiés en janvier dernier dans la revue NeuroImage*.
Qu’en est-il dans le détail ? Dès le matin, notre cerveau est sollicité en continu. « Chaque nouvelle information s’inscrit dans le cerveau en renforçant des connexions neuronales. Or, ce processus consomme de l’espace et de l’énergie, provoquant une saturation au fil du temps. Nous perdons alors notre capacité à intégrer de nouvelles données », résume le Pr Nissen. Pour illustrer ce phénomène, l’expert propose une analogie : « Imaginez un tableau noir. À mesure que la journée avance, il se couvre de plus en plus de craie. Il arrive alors un moment où il est presque totalement blanc. Il devient ainsi à peu près impossible d’y ajouter quoi que ce soit de lisible. Pour que cela soit à nouveau possible, il faut le nettoyer. » Dans le cas de ce tableau, on peut remédier aisément au problème en le frottant avec une éponge humide. Concernant le cerveau, c’est autre chose. Les spécialistes pensaient jusqu’à présent que pour obtenir le « nettoyage » requis, sorte de « redémarrage des neurones », une nuit de sommeil s’imposait. Or, il apparaît que trois quarts d’heure de sieste y parviennent aussi. « Après ce temps d’endormissement, nos neurones sont en effet à nouveau capables de stocker de nouvelles informations », détaille le Pr Nissen.
Test réalisé sur des siestes longues
Cette durée correspond à une longue sieste, puisqu’elle excède largement les quinze à vingt minutes généralement conseillées pour les adultes. « Nous avons délibérément choisi ce format afin d’en maximiser les effets potentiels », souligne le chercheur. Peut-on envisager que ce processus salvateur ait déjà lieu lors d’un repos plus court ? « Cela reste à démontrer, mais, en se basant sur d’autres études comportementales, on peut estimer que ce serait suffisant », estime le Pr Nissen.
Pour réaliser ses observations, l’équipe a suivi vingt jeunes adultes en bonne santé sur deux après-midi. Les participants sont restés éveillés pendant l’une de ces périodes et ont dormi 45 minutes durant l’autre. « Sachant que, pendant la journée, les synapses (zone de jonction entre les neurones, ndlr) qui encodent les informations se renforcent, nous avons étudié le mécanisme neuronal qui a lieu durant le sommeil. Pour cela, nous avons recouru à des méthodes indirectes, dont l’électroencéphalogramme (EEG) et la stimulation magnétique transcrânienne (TMS) », détaille l’expert. La force des synapses ayant diminué après la sieste, l’équipe a donc pu déduire que ce sommeil avait eu un effet réparateur sur le cerveau. Ce dernier était par conséquent davantage prêt à intégrer de nouvelles informations après cet épisode de repos.
Au péril de nos nuits ?
Mais faire la sieste pourrait-il nuire à la qualité du repos nocturne, voire favoriser l’insomnie ? « Cela introduit en effet une variabilité de la durée de sommeil », reconnaît le Pr Nissen. L’expert conseille donc d’aller se coucher plus tard le soir quand on s’est accordé une sieste et de s’assurer que la durée du sommeil pendant les vingt-quatre heures reste similaire. « L’élément déterminant réside dans le respect de l’augmentation d’un phénomène naturel appelé "pression homéostatique du sommeil", indispensable à l’endormissement », ajoute-t-il. Ainsi, mieux vaudrait se caler sur son propre ressenti de fatigue que sur une durée « standard ».
« Les besoins physiologiques varient entre cinq et dix heures chez l’adulte par nuit selon les individus », rappelle le Pr Nissen. Et d’ajouter qu’une mauvaise nuit ne va pas obligatoirement de pair avec une baisse de performance : « Les systèmes de régulation éveil-sommeil demeurent majoritairement intacts, même en cas d’insomnie chronique. Le principal problème vient généralement de la crainte de rester réveillé », souligne l’expert. Avant de rappeler que le traitement de choix de l’insomnie chronique est la thérapie cognitivo-comportementale d’insomnie (TCC-I).
À chacun sa sieste !
Le début d’après-midi, entre 13 et 15h, serait le meilleur moment pour s’octroyer une sieste. « C’est sur cette période que la pression naturelle du sommeil et les facteurs circadiens liés à notre horloge biologique le permettent », précise le Pr Christoph Nissen, médecin-chef au Service des spécialités psychiatriques des HUG. Et de relever que, en matière de repos, les besoins sont très personnels. « On affirme souvent qu’il serait mauvais de boire du café ou de faire du sport le soir. Or pour de nombreuses personnes, ce n’est pas du tout un problème », illustre l’expert. Il appartient donc à chacun d’inventer ses propres règles et sa façon d’intégrer ces périodes de sieste.
* Fehér K.D., et al. A nap can recalibrate homeostatic and associative synaptic plasticity in the human cortex. NeuroImage. 2026
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