Vacances : les clés pour vraiment décrocher du travail
Déconnecter : une nécessité, pas un luxe
Les vacances offrent une occasion précieuse de reconstituer ses ressources physiques et psychiques, comme le montrent les recherches sur la récupération du stress. Mais cette déconnexion ne va pas toujours de soi. Le principal obstacle ? Les fameuses « boucles mentales » : ces dossiers inachevés, ces e-mails auxquels il faudra répondre ou ces projets laissés en suspens qui continuent de mobiliser notre attention même en vacances. Car c’est ainsi, notre cerveau déteste les choses inachevées et ces tâches ouvertes continuent à monopoliser notre attention. « Il est important de clôturer ces boucles mentales avant le départ. Sinon, elles occupent de la bande passante et empêchent de profiter pleinement des vacances », souligne Julie Zumbuehl.
Les enfants ont aussi besoin de décrocher
Faut-il remplir les vacances de nos enfants avec des cahiers d’exercices, des stages linguistiques ou d’autres activités éducatives ? La question n’est pas tranchée, et tout est souvent question d’équilibre. « Un peu de révisions pendant la pause estivale peuvent limiter l’effet de la courbe de l’oubli, explique Julie Zumbuehl. Mais les vacances ne rechargent complètement que si elles permettent de reconstituer les ressources. Si l’enfant reste dans un mode performance, il ne récupère pas réellement. » L’essentiel est donc de trouver le bon dosage, sans oublier que le jeu libre, le temps passé dehors et même l’ennui participent aussi au bon développement de l'enfant.
De récents travaux[1] montrent d’ailleurs que si les vacances améliorent le bien-être, leurs effets s’estompent rapidement après la reprise. Plus la coupure a été incomplète, plus cet effet fade out – ou effet d’estompement – survient tôt. Certaines études suggèrent même qu’il apparaît dès la première semaine de retour. Les bénéfices des vacances dépendent donc largement de la qualité de la déconnexion.
Un sondage[2] réalisé en Suisse en 2025 illustre cette difficulté : 66 % des salariés déclarent consulter leurs e-mails professionnels pendant leurs congés, 55 % redoutent la montagne de messages qui les attend à leur retour et plus d’un sur deux ressent du stress à l’idée de reprendre le travail.
Certaines personnalités sont particulièrement concernées. « Les perfectionnistes, les profils très investis dans leur travail, les workaholics, mais aussi ceux qui ont du mal à déléguer ou craignent de manquer une information importante restent plus facilement en état d’alerte », constate Julie Zumbuehl. Le paradoxe est bien connu : consulter sa boîte mail « juste cinq minutes » rassure rarement. Cela réactive au contraire le mode vigilance du cerveau et freine la récupération.
Conseils pour vraiment couper
Avant le départ
- Faire le point sur les dossiers en cours et rédiger un mémo pour son retour
- Déléguer explicitement les urgences à une personne de confiance
- Éviter les grandes réunions dans les derniers jours avant les vacances et en profiter plutôt pour clôturer sa to-do list
- Mettre un message d’absence clair, avec personne de contact identifiée
- Retirer temporairement la messagerie professionnelle de son téléphone personnel ou désactiver les notifications
Pendant les vacances
- Laisser, si possible, ordinateur et téléphone professionnels à la maison
- Éviter de remplacer les e-mails par des heures passées sur les réseaux sociaux
- Privilégier les activités qui procurent du plaisir sans tomber dans une nouvelle logique de performance
- Passer du temps dans la nature, reconnue pour favoriser la récupération mentale
Si couper est vraiment trop difficile…
- Noter les pensées professionnelles dans un petit carnet plutôt que de les ruminer
- Prévoir un créneau très court (dix à quinze minutes) une fois par semaine pour faire le point sur une tâche, répondre à un e-mail, etc.
- Désigner un seul interlocuteur chargé de vous contacter uniquement en cas d’urgence
- Lorsque l’on est indépendant, formaliser ses propres règles de déconnexion et les communiquer à ses clients
Une reprise en douceur
- Rentrer de vacances un ou deux jours avant la reprise
- Si possible, reprendre en milieu de semaine
- Éviter de prévoir des réunions importantes les premiers jours
- Conserver certaines habitudes adoptées pendant les vacances : promenades, sport doux, lecture, moments en famille…
La loi impose une pause
Le droit suisse ne prévoit pas encore de véritable droit à la déconnexion[3], contrairement à certains pays européens. En revanche, les vacances ont légalement pour objectif le repos. En vertu de l’article 328 du Code des obligations, l’employeur doit protéger la santé de ses collaborateurs et collaboratrices. En pratique, une ou un salarié n’a donc pas à rester joignable pendant ses congés, sauf disposition contractuelle particulière, comme un service de piquet.
Dans l’idée de favoriser une bonne récupération, la loi prévoit également au minimum quatre semaines de vacances par an, dont deux devraient idéalement être prises de manière consécutive. « La première semaine sert surtout à décompresser : on quitte ce mode de vigilance progressivement, et ce n’est qu’à partir du huitième jour que le bien-être est maximal », souligne Julie Zumbuehl.
[1] https://doi.org/10.1027/1016-9040/a000518
[2] Robert Walters (2025). Étude sur le stress post-vacances des salariés suisses, https://www.robertwalters.ch/fr/eclairages/conseils-en-recrutement/blog/Plus-de-la-moitie-des-Suisses-ressentent-un-stress-eleve-apres-leurs-vacances-dete.html
[3] Qui garantit aux salariés le droit de ne pas répondre aux sollicitations professionnelles en dehors des heures de travail.