L’usage sain des jeux vidéo est possible

Dernière mise à jour 07/03/24 | Article
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Considérés comme nocifs, voire addictifs pour les enfants, jeux vidéo et applications ludiques peuvent aussi être bénéfiques, pour autant que leur pratique soit accompagnée par les parents.

Si, en 2024, les jeux vidéo n’étaient que l’équivalent du rock’n’roll dans les années 50, à savoir, un univers que les plus jeunes adorent et que la génération d’avant méprise?

La comparaison prête à sourire, mais est pourtant pertinente, d’autant que la polarisation entre le camp des «pro» et celui des «anti» jeux vidéo est vive. Les mentalités évoluent cependant et certains parents, tout comme certains professionnels de la santé, commencent à relativiser quant à la nocivité de ces jeux chez les plus jeunes. «La pratique du jeu vidéo, si elle s’intègre dans les autres activités de la vie quotidienne, ne pose pas de problème particulier et permet d’assouvir certains besoins fondamentaux, comme l’affiliation sociale, l’autonomie ou le sentiment de compétence», explique Joël Billieux, professeur de psychologie à l’Université de Lausanne (UNIL). 

Un avis partagé par la Dre Sophia Achab, médecin responsable du programme ReConnecte au Service d’addictologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG): «Les jeux vidéo sont un outil dont on peut faire un usage bénéfique ou délétère. On peut faire la comparaison avec un couteau de cuisine. Il est utile pour préparer un repas, mais il peut aussi être employé comme arme. Les risques liés à de telles applications ludiques dépendent de l’âge de l’enfant et de la façon dont il y a accès (lire encadré). Il y a une grande différence entre utiliser les jeux vidéo comme babysitter digitale ou comme un vecteur de loisir ponctuel.» 

Pratiqués raisonnablement, les jeux vidéo permettent de développer certaines capacités cognitives. «Ils entraînent la coordination entre l’œil et la main et développent la capacité à prendre des décisions judicieuses. Ils peuvent également aider les enfants qui souffrent d’un trouble de l’attention à la focaliser sur une partie de l’écran où il se passe quelque chose d’utile pour avancer dans l’univers ludique, entre autres», précise la Dre Achab. Et le Pr Billieux de compléter: «Les jeux vidéo sont tous différents et ne produisent pas tous les mêmes effets bénéfiques. Les jeux de stratégie développent le sens de la planification, par exemple. Ceux de tir agissent davantage sur la réactivité et l’attention.» 

À noter également que certains jeux, appelés serious games, ont été spécialement conçus pour accompagner les apprentissages en utilisant les mêmes codes que ceux du pur divertissement. 

Héroïne digitale?

Tous ces bénéfices disparaissent cependant lorsque la pratique du jeu vire à l’obsession. Depuis 2018[1], l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît le trouble du jeu vidéo comme un problème de santé publique. «Lorsque la pratique vidéoludique interfère avec le fonctionnement habituel de l’enfant, les parents doivent s’en inquiéter. Si le jeune s’isole, s’il cesse de participer aux autres activités, comme le sport, si ses notes scolaires baissent, il faut réagir», explique Joël Billieux. Le recours excessif aux jeux vidéo peut aussi être une stratégie pour surmonter d’autres types de difficultés, comme l’anxiété sociale. Il convient donc d’identifier le problème sous-jacent pour réussir à aider l’enfant. 

Pour Sophia Achab, il y a également lieu de s’alarmer lorsque l’usage de ces applications interfère avec le sommeil, la qualité des repas ou la gestion des émotions: «Un enfant qui passe trop de temps devant un écran se sédentarise, alors qu’il a besoin de bouger. Cela a aussi un impact sur sa vision. De plus, s’il joue en étant trop jeune, il risque de manquer l’apprentissage des interactions sociales et de la régulation émotionnelle. Un jeu vidéo n’est jamais anodin, c’est un terrain d’apprentissage pour le meilleur et pour le pire», conclut la spécialiste.

Conseils aux parents pour que le jeu vidéo reste un divertissement

  • Respecter les normes européennes PEGI qui fixent les âges pour chaque jeu.
  • S’intéresser au jeu qui plaît à l’enfant, jouer avec lui ou regarder une partie afin d’éviter le conflit intergénérationnel et de mieux comprendre son engouement.
  • Limiter le temps intelligemment en fonction de la durée de la partie, plutôt qu’arbitrairement (ce qui évitera bien des crises).
  • Désactiver les notifications et placer la console (ou le téléphone) dans une pièce ouverte et en aucun cas dans la chambre de l’enfant ou de l’ado.
  • Avoir un œil sur les achats intégrés. Attention: le jeu vidéo peut vite devenir un jeu d’argent, car il y a beaucoup de sollicitations à acheter des fonctionnalités virtuelles, mais avec de l’argent bien réel!
  • Imposer des pauses digitales régulières en demandant à l’enfant de se lever, de bouger, de sortir.
  • Éviter la pratique de jeu le soir afin de ne pas altérer le sommeil.
  • En cas de jeu en ligne, vérifier que les autres joueurs, qui peuvent être majeurs, ne réclament pas de photos ou d’autres informations privées à l’enfant ou adolescent.

La plateforme nationale www.jeunesetmedias.ch fournit des conseils sur l’utilisation des outils numériques, dont les jeux vidéo, en fonction de l’âge.

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[1]11e révision de la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM-11) de l’OMS.