Le TDAH à l’épreuve du diagnostic
Si les premières manifestations du TDAH ont habituellement lieu durant l’enfance, ce trouble neurodéveloppemental persiste le plus souvent à l’âge adulte. Il peut alors avoir un impact réel sur la vie professionnelle, relationnelle et émotionnelle. Sur le plan neurologique, le TDAH est lié à un trouble de l’activation de certaines régions du cerveau, notamment celles qui régulent les fonctions exécutives –pour s’organiser, planifier, s’adapter–, mais aussi les systèmes de la récompense et d’éveil, essentiels à l’attention et à la vigilance. Alors que la prévalence du trouble, mesurée sur des échantillons représentatifs de la population générale, est restée stable au cours des trois dernières décennies, le nombre de personnes diagnostiquées a nettement augmenté. Certains y voient la conséquence d’un surdiagnostic, tandis que d’autres se réjouissent d’une meilleure reconnaissance de la maladie. Une chose est sûre: ce trouble demeure mal compris et insuffisamment repéré, en particulier chez les adultes, les femmes et les personnes présentant une diversité de genre (transgenres ou non binaires notamment).
LES PERSONNES AVEC UNE DIVERSITÉ DE GENRE PASSENT SOUS LE RADAR
Les personnes présentant une diversité de genre –comme les personnes transgenres ou non binaires– sont particulièrement exposées à une sous-détection et à une prise en charge inadaptée du TDAH. Elles semblent moins enclines à solliciter de l’aide, notamment par crainte de discrimination, et développeraient des formes spécifiques du trouble, encore mal connues en raison du manque d’études. Pourtant, elles seraient deux à douze fois plus touchées par la maladie. Cette surreprésentation serait liée à des facteurs sociaux, tels que la pression normative, la stigmatisation et les difficultés d’accès aux soins, plutôt qu’à des causes biologiques.
Une multitude de symptômes
Chez l’adulte, les symptômes du TDAH sont nombreux et varient d’une personne à l’autre. Ils touchent principalement l’attention ou s’expriment par de l’hyperactivité et de l’impulsivité. Même si ces dernières sont moins prononcées que durant l’enfance, elles peuvent prendre la forme d’une agitation intérieure, d’une activité mentale ou verbale excessive, d’une quête de sensations fortes ou de satisfaction immédiate (achats compulsifs ou consommation de substances, par exemple). Les difficultés attentionnelles se traduisent, quant à elles, souvent par une tendance à se disperser et à procrastiner, une mauvaise gestion du temps et un fonctionnement dans l’urgence.
D’autres signes, tels qu’une mauvaise gestion de la colère, un manque de motivation, une faible estime de soi ou des symptômes anxieux et dépressifs, peuvent également évoquer un TDAH. Cette diversité de manifestations complique l’identification du trouble, en particulier chez les filles, les femmes et les personnes de genres divers (lire encadré). Longtemps considéré comme essentiellement masculin, le TDAH est en effet moins facilement repéré chez les femmes.
La variation des symptômes selon le genre accentue encore la sous-détection du trouble. Les femmes sont par exemple plus sujettes à des difficultés attentionnelles. Lorsque des symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité surviennent, ils sont généralement plus discrets, se révélant davantage de façon verbale ou par des comportements moins perturbateurs, comme des prises de risque sur les réseaux sociaux. Les femmes ont également tendance à intérioriser leurs difficultés.
L’impact des normes sociales
Comment expliquer ces différences? Le sexe biologique semble jouer un rôle limité, même si le manque d’études menées sur les femmes freine la compréhension du phénomène. Les normes sociales apparaissent toutefois comme des facteurs prédominants. En effet, dès l’enfance, les filles sont davantage encouragées que les garçons à être calmes, organisées et «sages», et leurs symptômes sont donc moins tolérés. Beaucoup apprennent ainsi à masquer leurs difficultés, en redoublant d’efforts ou en devenant perfectionnistes, ce qui rend le trouble moins visible et retarde le diagnostic, tout en péjorant leur qualité de vie.
C’est souvent en devenant adultes que les femmes prennent conscience de leurs symptômes et consultent. Les années d’errance diagnostique ne sont toutefois pas sans conséquence: un TDAH non repéré, combiné à la pression sociale, favorise notamment les troubles anxieux, dépressifs, ou du comportement alimentaire. Ces difficultés tendent à constituer le premier motif de consultation et peuvent masquer le TDAH sous-jacent. Une prise de conscience des biais de genre, ainsi que davantage d’études portant sur des populations non masculines sont donc nécessaires, tout comme une meilleure détection par les médecins généralistes, d’autant plus que des solutions existent pour réduire l’impact du trouble sur la qualité de vie. Elles reposent sur des prises en charge adaptées, associant approches médicamenteuses, psychothérapeutiques, éducatives et psychosociales.
*Adapté de: Brunetti, C., et al. TDAH à l’âge adulte et spécificités de genre: repérage chez le généraliste, Rev Med Suisse, Vol.21, n°938, 2025, pp.1970–1975.
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