Eczéma: les fibres à la rescousse

Dernière mise à jour 13/02/23 | Article
LMD_eczema_fibres_rescousse
En Suisse, une personne sur quatre souffre d’allergie, dont les causes d’apparition restent encore mal connues. Une récente étude menée par l’Université de Lausanne (UNIL) vient cependant d’apporter une piste de réponse: et si ce que nous mangeons pouvait nous protéger contre certains types d’allergies?

On le découvre peu à peu, le microbiote – ces milliards de micro-organismes qui tapissent nos intestins – joue un rôle déterminant dans notre santé. La présence ou non de certains éléments dans cet univers fascinant pourrait en effet expliquer l’apparition de nombreuses maladies ou au contraire leur prévention. Parmi elles, certaines allergies semblent entretenir un lien étroit avec la composition de la flore intestinale. 

Le microbiote est constitué d’une armée de bactéries permettant la dégradation des aliments et ainsi leur transformation en molécules indispensables au fonctionnement de l’organisme. Parmi ces molécules protectrices: les acides gras à chaîne courte, issus de la fermentation des fibres alimentaires que nous ingérons (lire encadré). Ceux-ci possèdent des propriétés immuno-modulatrices, autrement dit qui permettent de réguler le système immunitaire. «Traversant la barrière de l’intestin où elles sont produites, ces molécules sont transportées dans le sang et peuvent alors agir sur les organes périphériques, comme la moelle osseuse ou les poumons, détaille Aurélien Trompette, chargé de recherche au Service de pneumologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et principal auteur de l’étude menée à l’UNIL[1]. Par le passé, des travaux nous ont montré par exemple qu’un régime riche en fibres fermentables protégeait contre l’asthme.»

Pensez aux fibres!

Nutriments contenus dans les végétaux uniquement, les fibres alimentaires peuvent être solubles, c’est-à-dire dégradées par les bactéries de l’intestin, ou non solubles, qui sont rapidement évacuées par l’organisme. Les fonctions des fibres solubles (pectine, inuline, oligofructose…) sont nombreuses: baisse du cholestérol, régulation du taux de sucre, augmentation du nombre des bactéries intestinales saines, etc. Le butyrate, issu notamment de la dégradation de l’inuline (présente dans l’artichaut, la racine de chicorée, le pissenlit…), serait également impliqué dans la protection contre les allergies telles que l’asthme et l’eczéma (lire article principal). En Suisse, les recommandations journalières pour la consommation de fibres sont par exemple de 16 g pour un enfant de 7 à 10 ans et 30 g pour un adulte de 18 à 65 ans[2]. Pour comprendre ce que cela représente, on estime par exemple que les aliments suivants apportent environ 10 grammes de fibres: 45 g de haricots verts; 200 g d’endives; 2 artichauts; 1 avocat; 200 ml de légumineuses.

Avec son équipe, le chercheur est récemment arrivé à une conclusion similaire concernant une autre affection d’origine allergique: l’eczéma. «Des études épidémiologiques ont déjà démontré que les enfants enclins aux maladies atopiques, et notamment l’eczéma, possédaient un microbiote intestinal caractérisé par une réduction des bactéries capables de produire ces acides gras à chaîne courte, explique-t-il. Nous avons cherché à mieux comprendre cette corrélation.» 

Un voyage de l’intestin à la peau

Pour cela, les scientifiques ont utilisé sur des souris un modèle expérimental. La moitié d’entre elles ont été soumises à un régime riche en fibres (en particulier l’inuline, contenue notamment dans l’ail, l’oignon, l’artichaut, le poireau et surtout la racine de chicorée), l’autre, pauvre en fibres. Les souris ont ensuite été exposées à des allergènes d’acariens pour développer un eczéma. Résultat sans appel: celles qui avaient suivi une diète riche en fibres étaient moins susceptibles de développer la maladie. 

Les chercheurs ont en outre démontré que le rôle protecteur des acides gras à chaîne courte s’est ici exprimé non pas au niveau des cellules du système immunitaire mais de celles de la barrière cutanée. «La peau est composée de deux couches principales: l’épiderme, en surface, sous lequel se situe le derme, très vascularisé. Véhiculés par le sang, les acides gras à chaîne courte vont atteindre la peau via ces vaisseaux et stimuler les kératinocytes, cellules qui constituent l’épiderme ainsi que la couche cornée de ce dernier», explique Aurélien Trompette. Ainsi renforcée, cette barrière protectrice cutanée empêche davantage la pénétration d’allergènes, tels que ceux provenant des acariens. 

Des pistes pour prévenir l’eczéma

En confirmant le rôle bénéfique des fibres alimentaires sur la santé, cette étude abonde dans le sens des recommandations nutritionnelles en vigueur: favoriser, dès la petite enfance et à tous les âges de la vie, une alimentation saine, équilibrée et diversifiée. C’est en effet entre la naissance et l’âge de 2 à 6 ans que se constitue le microbiote, enrichi par tous les aliments que nous mangeons. Dans ses dernières recommandations pour l’alimentation des nourrissons, la Société Suisse de pédiatrie rappelle ainsi que les aliments de complément (fruits, légumes, céréales, viandes, matières grasses, etc.) doivent être introduits entre la fin du 4e mois (au plus tôt) et le début du 7e mois (au plus tard). «Le rôle de l’alimentation de la mère durant la grossesse et l’allaitement est également primordial, ajoute Aurélien Trompette. Les mères transmettent en effet leur microbiote aux nouveau-nés lors de l’accouchement mais également via le lait maternel. Plus le microbiote maternel est riche en bonnes bactéries, plus cela sera favorable à l’enfant.» 

Marche atopique: des allergies en cascade

Une maladie atopique (dermatite ou eczéma) survenant dans l’enfance est souvent annonciatrice de l’apparition d’autres maladies allergiques, comme une allergie alimentaire, un asthme ou un rhume des foins… Environ un enfant sur trois présentant une dermatite atopique sévère risque ainsi de souffrir d’asthme à l’âge adulte[3]. On nomme ce processus la «marche atopique», dont les contours sont de mieux en mieux connus. «Ces quatre affections allergiques se développent de façon séquentielle et ordonnée chronologiquement, constate Aurélien Trompette, chargé de recherche au Service de pneumologie du CHUV. L’eczéma favorise le contact – ou "sensibilisation" – avec un allergène (acariens, par exemple) dès le plus jeune âge. Le système immunitaire, encore immature, va alors être programmé pour répondre de façon inappropriée lorsqu’il rencontrera cet allergène dans le futur, ce qui provoquera la réaction allergique.» Comprendre comment diminuer le risque d’eczéma permettrait peut-être de bloquer cette cascade de réactions en chaîne.

________

Paru dans Le Matin Dimanche le 12/02/2023

[1] Trompette A, Pernot J, Perdijk O, et al. Gut-derived short-chain fatty acids modulate skin barrier integrity by promoting keratinocyte metabolism and differentiation. Mucosal Immunol.2022;15: 908-926.

[2] Valeurs nutritionnelles de référence suisses, OSAV, 2022.

[3] van der Hulst AE, Klip H, Brand PL. Risk of developing asthma in young children with atopic eczema: a systematic review. J Allergy Clin Immunol. 2007 Sep;120(3):565-9.

Maladies sur le meme sujet
Maladie_dermatite atopique

Dermatite atopique

Une peau sèche avec des plaques rouges, parfois suintantes, sur une ou plusieurs zones du corps, qui s’accompagne par de fortes démangeaisons. La dermatite atopique, plus connue sous le nom d’eczéma atopique, est une affection fréquente de la peau. En raison de l’inconfort qu’elle entraîne et de son impact sur l’image de soi, elle peut être vécue comme invalidante par ceux qui en souffrent. Environ 60% des patients développent la maladie au cours de leur première année de vie et 90% dans les cinq premières années. Si les symptômes ont tendance à s’atténuer, voire à disparaître avec l’âge, dans 10 à 30% des cas, ils persistent à l’âge adulte.

Symptômes sur le meme sujet

Rougeur

J’ai une ou des taches rouges / des rougeurs sur la peau
enfant qui se gratte

Démangeaisons

Mon enfant se gratte