Le fléau du protoxyde d’azote chez les jeunes
Depuis plusieurs semaines, Sarah**, 16 ans, ressent des fourmillements dans les jambes et dans les bras. Ces sensations la gênent parfois pour marcher. Prise d’inquiétude, une nuit, elle se rend aux urgences. À l’examen, les médecins ne trouvent rien d’inquiétant, d’autant que sa force, sa sensibilité, son équilibre et ses réflexes paraissent tout à fait normaux. Ce n’est que trois jours plus tard, lors d’une visite chez son généraliste, que le diagnostic tombe : les symptômes de Sarah sont liés à l’inhalation de protoxyde d’azote (N2O). Cette molécule, qui circule dans les milieux festifs depuis des dizaines d’années en raison de ses effets euphorisants, peut notamment léser certains nerfs.
Comme de nombreux jeunes, Sarah ignorait les risques inhérents à l’usage de ce produit facile à se procurer et bon marché. Les données épidémiologiques mondiales révèlent un usage en hausse chez les 16-30 ans, avec une prédominance masculine, bien que le N2O soit illégal dans de nombreux pays.
QUELLE PRISE EN CHARGE ?
Face à des symptômes neurologiques tels que fourmillements, troubles de la marche, difficultés de concentration, la consommation de protoxyde d’azote doit être envisagée, que ce soit en cabinet médical ou aux urgences, en particulier s’ils surviennent chez des personnes jeunes. Si l’hypothèse se confirme, et une fois les premiers traitements mis en place, une prise en charge thérapeutique est préconisée pour accompagner le patient dans une modification progressive et durable de ses comportements à risque. L’entourage proche, notamment les parents, peut, quant à lui, jouer un rôle essentiel en favorisant le dialogue et la communication au sujet des addictions.
Facilité d’accès
En l’absence de données statistiques sur la consommation de N2O à des fins récréatives en Suisse, il est impossible de cerner l’ampleur du phénomène actuel. Ce produit n’étant pas soumis à la loi fédérale sur les stupéfiants et les substances psychotropes, il est accessible et à moindre coût. La plupart des utilisateurs l’obtiennent à partir de gaz comprimé destiné à la préparation de crème fouettée. Surnommées « whippets », ces cartouches peuvent être achetées en magasin ou en ligne, souvent pour moins d’un franc suisse par cartouche de 8 grammes. Cette facilité d’accès favorise l’exposition précoce d’un public jeune, particulièrement vulnérable aux conduites addictives. Le gaz est aspiré par voie orale après avoir été libéré d’une cartouche à l’aide d’un siphon à crème fouettée ou d’un dispositif d’ouverture simple appelé « cracker ». Il est généralement recueilli dans un ballon de baudruche avant d’être inhalé.
Les effets – euphorie, antidouleur, effet dissociatif et désinhibition – se font immédiatement sentir. Ils ne durent que quelques secondes ou minutes. Le N2O n’est pas détectable dans le sang et est éliminé par l’organisme environ une heure après sa consommation.
Des répercussions potentiellement graves
Pour rappel, ce gaz est utilisé en médecine comme traitement d’appoint, notamment pour soulager la douleur lors de certains soins. Dans le cadre de pratiques festives et souvent collectives, sa consommation passe souvent, à tort, pour inoffensive. En effet, les dangers liés à son usage récréatif sont désormais reconnus avec des répercussions somatiques et psychosociales, potentiellement graves.
Dès le premier usage, le N2O peut avoir des conséquences sévères telles que la perte de connaissance, la modification du rythme cardiaque, des engelures et des brûlures. Une consommation fréquente peut, quant à elle, engendrer des réactions toxiques chroniques, surtout au niveau neurologique et hématologique. Elles peuvent alors prendre la forme de fourmillements, de troubles de la marche, de difficultés de concentration ou encore d’hyperpigmentation cutanée des doigts ou des orteils. Sur le plan métabolique, le N2O entraîne généralement une carence en vitamine B12, aussi appelée « cobalamine ».
Côté traitement, la prise en charge repose sur un suivi régulier pour sortir de la consommation de N2O accompagné d’une supplémentation en vitamine B12. Après le sevrage, la plupart des patients retrouvent un bilan sanguin normal et ne gardent aucune séquelle de cette addiction.
Mais l’usage chronique de ce gaz peut provoquer des atteintes neurologiques sévères, dont certains symptômes résiduels peuvent persister, même après des mois de traitement. D’où la nécessité d’agir pour prévenir la consommation auprès des plus jeunes grâce à des mesures législatives strictes et des campagnes d’information.
* Saur, A., et al. Protoxyde d’azote : consommation à haut risque chez les jeunes. Rev Med Suisse. 2026 ; 22 (958) : 695–698.
** Prénom d’emprunt.
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