De 6 à 18 ans la gymnastique dope les carnets de notes

Dernière mise à jour 12/06/12 | Article
Corps en mouvement
Pratiquer un exercice physique améliore les performances à l'école des enfants. Cet ancien aphorisme est aujourd'hui confirmé par une étude hollandaise.

Tout le monde connaît le célèbre Mens sana in corpore sano. Il y aura bientôt deux millénaires que Juvénal a sculpté cet aphorisme qui fait toujours florès. Le poète latin n’était sans doute guère rompu à la méta-analyse. Cet outil statistique qui vient de fêter son centenaire consiste à reprendre sous un même loupe un ensemble de travaux menés sur un thème donné afin d’en extraire de nouvelles lumières. Et c’est précisément une méta-analyse qui vient conforter tout le bien fondé de l’aphorisme de Juvénal, du moins dans son acception moderne.

Cette méta-analyse vient d’être publiée dans l’édition de janvier 2012 des Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine. Et elle confirme bel et bien bien une relation positive entre la pratique d'une activité physique et la «performance» scolaire des enfants scolarisés. On peut le dire autrement: la pratique d’une activité physique pourrait contribuer à améliorer les résultats scolaires d’un enfant. Derrière cette conclusion, de nombreux mécanismes biologiques mais d’ores et déjà une raison supplémentaire pour la pratique d’une activité physique chez l’enfant.

Le travail a été mené sous la direction du Pr Amika Singh (Vrije Universiteit University, Amsterdam). Les auteurs ont examiné de très nombreuses données sur les relations pouvant exister entre l'activité physique et les résultats scolaires. Ils avaient pour objectif de répondre à la – déjà vieille – question de savoir s’il est de bonne politique d’augmenter le temps d’enseignement et de travail scolaire pour permettre aux enfants d’obtenir de meilleurs résultats scolaires; étant entendu que cette modification des horaires diminuerait de facto le temps dévolu aux activités physiques.

Les auteurs ont, pour leur méta-analyse, retenu un vaste éventail: dix études «observationnelles» et quatre études «interventionnelles»; douze de ces études avait été menées aux États-Unis, une au Canada et une en Afrique du Sud. Les tailles des échantillons allaient de quelques dizaines jusqu’à douze mille enfants. Les participants étaient âgés de 6 à 18 ans et les durées de suivi allaient de huit semaines jusqu’à plus de cinq ans.

En pratique cette synthèse apporte de solides preuves d'une relation à la fois positive et significative entre la pratique d’une activité physique et les performances scolaires. Ainsi deux des études retenues, de très bonne qualité, suggèrent que le fait d’être physiquement plus actif est positivement lié à une amélioration des résultats scolaires chez les enfants. Pourquoi? Les pistes explicatives sont multiples. Selon les auteurs, l'exercice physique contribuerait au développement des capacités cognitives : en augmentant la circulation sanguine et l’apport en oxygène au cerveau; en augmentant les niveaux de noradrénaline et la production d’endorphines; en diminuant le stress; en améliorant l'humeur et en augmentant les facteurs de croissance qui eux-mêmes contribuent à créer de nouvelles cellules nerveuses et à maintenir la plasticité des connexions (synapses) entre neurones.

Mais à dire vrai point n’est besoin d’en savoir beaucoup plus pour en tirer les conclusions pratiques qui, raisonnablement s’imposent. Et ce d’autant que d’autres données convergent dans le même sens. Comme une étude réalisée par une équipe de chercheurs de l'Université de Göteborg et l'Institut Karolinska en Suède. Ce travail avait porté sur des données analysées sur plus de 1,2 millions de jeunes hommes nés en Suède entre 1950 et 1976. Les chercheurs avaient fondé leur travail sur des données de forme physique et de quotient intellectuel recueillies à l'âge de 18 ans au moment de l’appel au service militaire. Ils avaient ensuite comparé ces informations à des critères de réussite scolaire ultérieure et de statuts socio-économiques.

Ce travail avait notamment mis en lumière des liens entre fonction cardio-vasculaire et résultats de QI. «La santé cardiaque et la capacité pulmonaire indiquent aussi que votre cerveau reçoit beaucoup d'oxygène, avait expliqué Dr Michael Nilsson (Université de Göteborg), un des auteurs de l’étude. C’est une explication possible du lien formel de l’intelligence avec la forme physique, et non avec la force musculaire.» Les chercheurs avaient également constaté que les adolescents en bonne forme physique étaient plus susceptibles d'obtenir ultérieurement un diplôme universitaire, de meilleurs emplois (salaire plus élevé et/ou plus de responsabilités).

Ce qui est vrai en Suède pouvant ne pas être faux ailleurs il y a là suffisamment de données pour, au minimum, encourager l’exercice physique chez les enfants et la adolescent(e)s. Et plus généralement pour faire que l'éducation physique occupe une place importante dans la sphère éducative. En 2012 l’aphorisme n’a rien perdu de son éclat ni le latin de son charme. Mens sana in corpore sano.

A LIRE AUSSI

Natation
Natation

La natation est un sport doux mais très exigeant

Nager a de réels bénéfices pour la santé, mais il faut commencer sans forcer. Précisions.
Lire la suite
Bouger pour sa santé
Combien de calories pour une relation sexuelle?

Combien de calories pour une relation sexuelle?

Des chercheurs québécois ont voulu pouvoir répondre à cette question. Ils comparent l’activité sexuelle...
Lire la suite
Bouger pour sa santé
sport_seniors

Les bienfaits du sport chez les seniors

De plus en plus de retraités pratiquent une activité physique. Ils en retirent de nombreux bénéfices...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Skieur et snowboardeur

Enfant sportif, certes, mais attention aux lésions

L’activité physique et sportive chez les enfants et adolescents évolue. Certains sont extrêmement sportifs et côtoient des camarades très sédentaires, négligeant la plupart des activités physiques et leur préférant un mode de vie plus casanier.
Faut-il muscler les adolescents?

Faut-il muscler les adolescents?

Faut-il muscler les adolescents? Une bonne force musculaire à l’adolescence représente un atout pour la longévité. C’est ce que montre une large étude faite sur des jeunes de 16 à 19 ans, suivis pendant 24 ans.
L’activité physique pour les enfants: un juste équilibre aussi précieux que l’or

L’activité physique pour les enfants: un juste équilibre aussi précieux que l’or

L’information a fait le tour de la planète: une jeune Texane de six ans, Keelan Glass, a couru un semi-Marathon, soit 21 kilomètres en 2 heures, 47 minutes et 30 secondes, aux côtés de sa mère dans l’idée de soutenir le planning familial chrétien de sa ville. Elle a au passage fait exploser le record de la plus jeune marathonienne au monde, détenu jusqu’alors par une autre fillette de neuf ans.
Videos sur le meme sujet

Sport intensif: le revers de la médaille

De plus en plus de jeunes rêvent de devenir sportifs d'élite. Ils accumulent les heures d'entrainement et les compétitions. Mais quels sont les risques d'une pratique intensive? Comment faire pour trouver ses propres limites? Quel rôle les parents doivent-ils jouer? L'Antidote fait le point.