Hantavirus, qu’en est-il de la Suisse?

Dernière mise à jour 08/09/12 | Questions/Réponses
Hantavirus, qu’en est-il de la Suisse?
Le hantavirus, virus mortel transmis à l’homme par des souris, qui a provoqué une alerte sanitaire aux Etats-Unis, pourrait-il sévir dans nos contrées?

Une souris sylvestre de la Sierra Nevada est donc responsable de l’alerte sanitaire lancée dans le parc de Yosemite, en Californie. Le petit rongeur, porteur d’un virus hautement pathogène pour l’homme (hantavirus), s’est invité dans certaines tentes du parc national. A ce jour, huit personnes ont été infectées par le virus qui peut provoquer une forme de pneumonie, mortelle dans 40% des cas, trois d’entre elles sont décédées. Mais quelque douze mille personnes sont susceptibles d’avoir été en contact avec le virus entre le 10 juin et le 24 août; soit les campeurs qui ont dormi dans les tentes du Curry Village, et ceux qui ont choisi le campement de High Sierra Camps. L’épisode rappelle que les rongeurs peuvent être des vecteurs de maladies. Qu’en est-il des souris de nos contrées? Réponses de Laurent Kaiser, chef du laboratoire de virologie des Hôpitaux universitaires genevois.

Les souris européennes peuvent-elles aussi être porteuses d’un hantavirus?

Laurent Kaiser: Il existe trois grandes familles d’hantavirus. Celui que l’on trouve aux Etats-Unis a été découvert il y a 20 ans. Il s’appelle «Sin nombre» («Sans nom»), pour signifier que l’on n’arrivait pas à l’identifier lors de la première épidémie. Il peut provoquer une atteinte pulmonaire grave, le syndrome pulmonaire à hantavirus, mortel dans 40% des cas. Des cousins de ce virus circulent en Asie et dans les plaines de Russie, certains sont connus sous le nom de «Séoul». Ils se manifestent par de la fièvre, une pneumonie et des troubles de la coagulation. Il y a probablement des milliers de cas, y compris dans les mégapoles. En Europe enfin, on a affaire au «Puumala». La maladie est moins grave qu’aux Etats-Unis ou en Asie. Elle peut toucher les reins, mais n’a pas de répercussions vitales en général. On se trouve vraiment dans un cas exemplaire d’adaptation du virus à son milieu.

Et en Suisse, y a-t-il des cas de maladies à hantavirus?

C’est très rare. L’hantavirus Puumala circule en particulier dans l’Europe du Nord. Il touche des personnes particulièrement exposées aux rongeurs, comme les agriculteurs, les campeurs.

Si mon chat me rapporte des quantités de souris, y a-t-il un risque de transmission?

Cela suppose qu’une forte proportion de rongeurs soient infectés, ce qui n’est a priori pas le cas dans nos contrées. Et le contact avec des souris porteuses du virus ne signifie pas nécessairement transmission à l’homme. Il faudrait par exemple être exposé à un nuage de virus en suspension dans l’air. Comme le serait un fermier qui secouerait du foin contenant un nid de rongeurs contaminés. Au camping de Curry Village, la transmission a probablement pu se faire si des nids de souris se sont installés dans les tentes. Cela aurait favorisé la production d’aérosols respirés ensuite par les campeurs. Par contre, dans la nature, il faudrait beaucoup de malchance pour se contaminer. C’est un peu ce que l’on a observé avec la grippe aviaire. Les victimes, souvent des enfants, vivaient très proches des poules.

Les touristes de retour du parc de Yosemite affluent-ils aux urgences par crainte du syndrome pulmonaire à hantavirus?

Non, mais nos téléphones n’arrêtent pas de sonner. C’est fou le nombre de gens qui sont passés par ce parc! Nous devons les rassurer en étant très précis. Le risque d’attraper la maladie en parcourant le parc de Yosemite à pied est ainsi quasi nul. Les seules personnes concernées sont celles qui ont dormi dans les tentes infestées par les souris. Et même pour celles-ci, il n’est pas sûr qu’elles tombent malades.

A quoi faut-il prêter attention?

Aux circonstances dans lesquelles la personne se trouvait dans le parc. Au temps d’incubation, de trois à six semaines. Si un état grippal apparaît pendant ce laps de temps, et s’il se dégrade dans la semaine qui suit les premiers symptômes, avec notamment de la toux et des difficultés respiratoires, il faut consulter. Il n’y a pas de transmission connue de personne à personne à ce jour.

_________

  

    

Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

A LIRE AUSSI

Altitude
bienfaits_l’altitude

Les bienfaits de l’altitude

Vivre ou séjourner à moyenne altitude est bénéfique, surtout si on y fait de l’exercice. Tout particulièrement...
Lire la suite
Bouger pour sa santé
Combien de calories pour une relation sexuelle?

Combien de calories pour une relation sexuelle?

Des chercheurs québécois ont voulu pouvoir répondre à cette question. Ils comparent l’activité sexuelle...
Lire la suite
Bouger pour sa santé
boissons_isotoniques_utiles

Les boissons isotoniques sont-elles utiles?

Objet de nombreuses campagnes publicitaires, les boissons isotoniques promettent performances et résistance...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Supp_La Côte_Dossier_sport_covid

Sport versus Covid: démêler le vrai du faux

Pour certains, l’épidémie de Covid a été – ou est toujours – l’occasion de glisser plus de sport au quotidien. Pour d’autres, frappés par la maladie ou anéantis par le phénomène, elle a marqué un arrêt brutal. Comment reprendre quand inquiétudes et interrogations se bousculent ? Le point avec le Pr Vincent Gremeaux, responsable du Centre de médecine du sport du CHUV.
Le virus NCoV est mortel mais peu contagieux

Le virus NCoV est mortel mais peu contagieux

Ce nouveau coronavirus a fait ses premiers malades en France. Découvert il y a un an, il a fait une vingtaine de morts dans le monde. Mais il est pour l’heure bien plus lent à se propager que celui qui avait tué 800 personnes en 2003.
hygiene_cuisine_reflexes

Hygiène en cuisine: avez-vous les bons réflexes?

Ce sont chaque année plus de 10’000 cas d’infections (liées à un germe) ou d’intoxications (liées à des toxines) alimentaires qui sont recensés en Suisse. Pour éviter que Campylobacter, Listeria, Salmonella, Taenia ou le virus de l’hépatite E ne colonisent votre assiette et votre organisme, voici un petit rappel des règles d’hygiène à respecter.
Videos sur le meme sujet

La contagiosité des asymptomatiques

Les cas asymptomatiques non testés au Covid-19 seraient aussi nombreux que les cas positifs annoncés chaque jour, selon le Conseil scientifique français.

Rencontre avec Antoine Flahaut, un spécialiste du suivi des épidémies

Tous les vendredis, "CQFD" reçoit un homme ou une femme de science pour parler de son travail et de ses recherches.